La légende de Gustafsson – FINALE

Par Pascal Doyon

Dans la deuxième partie, je vous racontais comment l’homme est devenu légende. Mais on peut devenir une légende et tomber de son trône assez rapidement. Parlez-en à César. Quoi vous ne pouvez pas? C’est ça mon point, il est mort trop vite.

Mais Gustafsson, il n’est pas tombé. Sa légende s’est au contraire accrue, au point que ce qui était au début une inside joke est devenu finalement une vraie légende.

Donc, après le spectacle de Heidevolk/Arkona, nous sommes allés à plusieurs spectacles différents, mais sans revoir Gustafsson. C’est là qu’on a compris que c’est vraiment Thor en chair et en os; il se pointe si c’est du viking metal, sinon il est trop occupé à nous défendre contre les géants qui veulent nous tuer.

Entre temps, mon ami et moi-même avions raconté sa légende à tout le monde qui voulait bien nous écouter. Si mes collègues de travail n’ont pas entendu 6 fois l’histoire au moins, ils ne l’ont jamais entendu. Au point qu’ils me demandaient le lendemain d’un spectacle si Gustafsson était là. En fait, c’était même la première question avant de savoir si le spectacle était bon.

Finalement, le moment tant attendu arriva. Thor version homme était présent, lors de la tournée de Amon Amarth en 2016. Fuck ça fait déjà bientôt 3 ans de ça? Le temps passe si vite. Ben pour nous, mortels. Pour Gustafsson je suppose que ça fait l’équivalent de 3 jours.

Quand tu t’élèves au-dessus des simples gueux

Alors on arrive là, moi, mon bon ami et compagnon d’armes, ainsi qu’un de ses amis, sa copine et un de mes amis/collègues de travail. Tous des gens qui avaient entendu parler de Gustafsson à de nombreuses reprises et qui étaient largement « huppés » par le spectacle, mais aussi par le fait de savoir s’ils allaient devenir témoins d’un phénomène divin.

Mes p’tits vikings, on n’a pas été déçus.

On attend que le spectacle commence au Métropolis, pas trop loin du bar quand tu entres. Et on le voit qui descend les escaliers à droite (quand tu regardes la scène). Accompagné de deux acolytes (Heimdall? Freyr? Des einherjar? Peu importe). Il descend les escaliers avec une démarche digne d’un gars qui s’en va piller une église dans le coin de Lindisfarne. Tu ne sais pas c’est quoi? Cherche mon ami(e), renseigne-toi.

Bref, je texte ma copine, full excité de lui dire que Gustafsson est là, mais ayant quand même une certaine crainte que sa puissance se transmette par mon mobile et qu’elle devienne enceinte de lui. Pas que je serais fâché d’avoir un enfant de Thor, mais je ne suis pas vraiment prêt à avoir des enfants mettons.

Et là, on le voit discuter avec une fille. La fille devait mesurer un bon 50 centimètres de moins que lui. Ils discutent ensemble. Un moment donné, les acolytes s’en vont faire autre chose (probablement boire de l’hydromel) et Gustafsson se retrouve seul avec la fille. Ben, seuls parmi des centaines de personnes autour, mais bon, vous comprenez ce que je veux dire. Nous sommes beaucoup trop loin pour entendre ce qui se dit, mais je suppose que la conversation se passe comme ceci :

Fille : Thor, je suis entièrement à toi, je veux être ta reine dévouée.
Gustafsson : Non.

Et c’est là que la fille s’assoit par terre et n’est visiblement pas de bonne humeur. Gustafsson tente de la réconforter du mieux qu’il peut, mais que veux-tu buddy, quand une fille (ou un gars) se fait dire non par un dieu nordique, c’est pas facile à accepter.

On observe le tout et on se demande ce qui va se produire. On discute pendant quelques secondes et quand on se retourne, la fille et Gustafsson sont disparus. C’est ce genre de phénomènes qui nous fait dire que ce gars-là est Thor. Tu peux pas disparaître aussi rapidement, ce n’est pas humainement possible.

Le moment qui change ma vie

Une petite parenthèse, mais qui va s’avérer fort importante pour la suite. Nous avons débattu en groupe pour savoir « Est-ce qu’on veut savoir c’est qui? »

Des fois on se fait croire que Gustafsson est en fait un simple homme qui doit travailler dans un dépanneur de nuit pour payer ses études en science de la gestion à l’ESG. Et qu’il doit avoir un nom banal comme «Alexandre» ou «Sébastien». J’ai rien contre vous messieurs avec ces prénoms, mais vous n’êtes pas Gustafsson. Même si vous me dites « Mais je m’appelle Sébastien Martinsson », non, ce n’est pas la même chose OK?

Bref, durant ce débat, on ne savait donc pas si on voulait parler à Gustafsson. D’un coup qu’il zozote? Ça détruirait son image. Et là encore, je n’ai rien contre ceux qui zozotent, mais un dieu du Nord, ça zozote juste pas. Impossible.

En tout cas, on hésitait beaucoup à lui parler pour ces raisons. Fin de la parenthèse. On retourne au spectacle là, suit l’histoire mon champion.

On discute de son improbable disparation quand on le revoit descendre les mêmes escaliers que tantôt et il va au bar qui se trouve juste à côté.

Je dis à mes amis: « Ok je me lance ». Je prends mon courage à deux mains et je vais vers lui. All in comme on dit. Je traverse la foule (qui n’était pas encore entrée au complet) et je vais derrière lui. Je ne suis pas du genre à accoster le monde random dans la rue, aucune chance que vous me voyez au métro Monk pour vous demander du change pour me rendre chez nous. Je vais marcher tout le long (j’habite à l’autre bout de la ligne verte) juste pour pas faire ça.

« Hey man ça va? » C’était ça mon brise-glace. Une chance que c’était pas une date, sinon j’aurais été « swipé » à gauche assez vite. Il se retourne la tête lentement. Un peu comme Denzel Washington le fait dans ses films quand il découvre « la Vérité ». Avoue que tu viens d’avoir un flash d’un film où il fait ça hein?

Pendant une fraction de seconde je me dis « Osti, c’est sûr qu’il me demande qu’est-ce que je lui veux ». Il se tourne finalement au complet vers moi et dit : « Ouais toi? » avec une voix digne de Johan Hegg. No joke.

On jase pendant une couple de minutes, je lui dis que je l’ai vu au spectacle de Heidevolk/Arkona et il dit en riant « Ouais le spectacle où j’ai démoli une table ». Il jalouse un peu mon hoodie de Tyr, un spectacle qu’il a manqué malheureusement. La conversation va bon train et je lui demande si je peux prendre un selfie avec lui, parce que je suis groupie de même. Il hésite.

« Je te paye une bière man, t’inquiètes pas tu vas pas te retrouver sur un site de marde ou whatever. » Il accepte ma bière et on prend le selfie ensemble. Il me demande mon nom, je lui dis et il répond « Ah ouais, mon frère s’appelle Pascal aussi, vous êtes des bons gars ». On jase encore un peu et finalement il me dit qu’il va aller s’installer pour le spectacle, il me sert la main viking style (les mains aux poignets) et on retourne chacun de notre bord.

Le punch? Il ne s’est jamais nommé. C’est-tu fucking nice ou non?

La finale

Le spectacle passa et ce fut la dernière fois que j’ai vu Gustafsson, ce qui renforce sa légende. On l’a cherché sur Facebook, j’ai demandé à du monde s’il savait qui il était, rien. Je dirais bien que c’est comme s’il était un fantôme, mais en réalité c’est sûr qu’il est Thor, je n’ai absolument aucun doute là-dessus.

Mais d’un coup que finalement Thor lit cet article-là :

Il faut que tu saches que ta légende, ce n’est absolument pas pour rire de toi, au contraire. On te trouve vraiment awesome, et on a juste extrapolé sur une situation qui, pour nous, sortait de l’ordinaire. Faque ne vient pas me smasher la face avec Mjöllnir hein?

Si jamais on se revoit, je te jure que je vais boire une bière avec toi cette fois-ci. J’étais réellement épuisé la fois du spectacle et en plus je conduisais, donc faut pas m’en vouloir d’être responsable!

Pis libre à toi de rester anonyme, c’est absolument ton droit. Ça ne fait que renforcer ta légende en fait, qui maintenant est écrite et publiée. Comme quoi on peut encore écrire des sagas au 21e siècle.

Fin

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