Critique de Starmourner — Ghost Bath

Après un premier album aussi controversé que convaincant, le mystérieux groupe Ghost Bath, maintenant fort d’un contrat chez Nuclear Blast, revient avec le successeur de Moonlover, Starmourner.

Dès le dévoilement du du titre de l’album, les détracteurs et les amateurs se sont demandés respectivement si ce dernier effort était encore un pointe à l’endroit de Deafheaven, ou si plutôt le groupe persiste et signe avec un engagement stylistique de manière à faire taire les accusations de trollisme à son endroit.

Pour ceux qui se demandent de quoi on parle, c’est tout expliqué ici.

Et disons qu’à la première écoute, on est pris d’une solide frousse. Après tout, c’est une oeuvre de 72 minutes que l’on amorce et dont les huit premières, sur deux titres, laisse croire que Ghost Bath s’égare et s’éloigne de ce qui a rendu son blackgaze (ou post-black métal, c’est selon) intéressant sur Moonlover : le mélange des genres.

Astral est une mise en place pompeuse qui n’amène rien à la recette avec ses arragements classiques et son long «fade-in», tandis que Seraphic est trop dense pour construire, sur cette introduction, une atmosphère intéressante. À plus de 5:30 au compteur, force est de constater que l’attaque du début s’essouffle et que l’on est en présence d’un des titres des plus ennuyeux de Ghost Bath jusqu’ici.

Mais ça part pour de vrai avec Ambrosial, morceau au confluent entre un son black certes, mais avec la force percussive du sludge et les obligatoires transitions du post. On y reconnaît d’ailleurs une parenté avec la méthode Vattnet Viskar qui a fait de Settler l’un des meilleurs albums de 2015.

Ethereal est moins réussie en général – surtout au niveau des guitares en fait – mais sa conclusion aux claviers est intéressant pour le mélange des sonorités qu’elle amène. C’est aussi le cas pour la finale quasi-triphop de Celestial.

À mi-parcours, Angelic n’amène rien et on oserait même dire qu’il coupe un élan qui a déjà du plomb dans l’aile. Voilà un intermède en forme de power-balade mal ficelé qui émet même des doutes sur les talents de musiciens de Ghost Bath : certaines notes sonnent bizarrement incompatibles, voire fausses. Disons que c’est à se demander pour quelle raison ce titre a fait le «final cut».

Et comme c’était le cas avec Seraphic, l’ambiance de cet intermède clash avec les premières notes de Luminescence, un morceau qui, disons-le, se déploie somme toute convenablement jusqu’à son aussi incompréhensible qu’abrupte fin, totalement en rupture avec sa progression.

Thrones en contrepartie est une bonne chanson de Ghost Bath qui s’en tient ici à l’efficacité blackgaze de Moonlover. Même chose pour Elysian, premier titre d’ailleurs ici qui vous fera baisser d’un cran le volume de votre système de son, comme s’il avait été mixé séparément de l’ensemble. Étrange. Ici la ligne de guitare soliste est à point.

Globalement sur Starmourner, le vocal – sujet de moqueries des puristes black métal sur Moonlover – est moins présent. Il contribue plutôt à l’ambiance fantomatique qui plane ici et et la plupart du temps relégué à l’arrière plan par une guitare soliste pas toujours très originale et à propos. Oups. Par contre, le «lead» de Celestial démontre que ce recours stylistique, lorsque bien fait, peut avoir une certaine efficacité.

Conclusion ? Starmourner n’est pas un mauvais album, même si ses intro, intermède et conclusion gonflent inutilement le temps de lecture en plus de miner le rythme de l’album qui peine d’ailleurs à s’installer.

C’est cela dit un album décevant pour le recours systématique par le groupe aux mêmes procédés pour créer la tension, la relâche et la relance, en concluant trop souvent ses pièces par 50 secondes de piano qui n’ajoutent rien à la conclusion. Si vous avez besoin de souffler les boyz, faut aller au gym.

Au final, c’est juste un album qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

MA NOTE 5.5 / 10
Ghost Bath
Starmourner (2017)
Nuclear Blast
72 minutes

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About Jean-Simon Fabien

Journaliste, chroniqueur @CamuzMontreal, clé à molette, fan de stoner-rock et des Maple Leafs du Toronto (mettons...). J'ai mon bac brun dans #RosePatrie aussi