La Persistence d’Anthrax, pilier heavy du ‘Big Four of Thrash’

Grosse année 1990, quand même, pour le thrash metal. Juste après la sortie du premier ‘vrai’ album de Pantera (Cowboys from Hell) et pendant que Metallica se préparait à se ramollir avec Bob Rock, on a reçu en pleine gueule, d’août à octobre, Persistence of Time d’Anthrax, Rust in Peace de Megadeth et Seasons in the Abyss de Slayer. Méchante claque.

D’emblée, je dois avouer qu’Anthrax est mon préféré du Big Four. Ben oui, Martin. D’ailleurs, les petits gars de NYC viennent de lancer une belle réédition dépoussiérée de leur susmentionné 2e meilleur album. Qui se trouve aussi à être le dernier album studio (non, la compile Attack of the Killer B’s, sortie l’année d’après, bien que sympa, ne compte pas) de l’alignement dit classique du groupe. On parle bien sûr de celui composé du guitariste et lyriciste Scott Ian (non officiel leader et membre fondateur du groupe), du batteur et mélodiste Charlie Benante, du guitariste soliste Dan Spitz, du bassiste Frank Bello et du vocaliste Joey Belladonna. Eh oui, déjà trois décennies depuis que ce petit bijou de PoT est sorti. Et je m’en souviens comme si c’était hier.

 

Back in time…

C’était mon cousin Olivier m’avait fait découvrir Anthrax quelques années auparavant, en cassette évidemment, principalement avec les albums sortis depuis l’arrivée du chanteur bouclé (je n’ai jamais tripé sur le premier). J’avais particulièrement adoré Among the Living (duh) et son fort sympathique petit EP à saveur rap titré I’m the Man (j’aimais déjà les Beastie Boys, Run DMC et Public Enemy), deux parutions sorties en 1987, que j’avais par ailleurs commandées au Club Columbia pour une poignée de change en format vinyle.

Or, ce n’est véritablement qu’avec PoT que je suis follement tombé en amour avec le quintette de la Grosse Pomme. Yessir madame. Si Among est sans contredit leur chef-d’œuvre, l’album de 1990 est à mon humble avis leur album le plus achevé, car sorti à leur apogée, alors que le groupe était à son meilleur, dans son prime time, comme y disent à Manhattan. Et tellement bienvenu après le juste correct State of Euphoria (qui contient peut-être d’excellentes pièces, mais plusieurs très oubliables).

Et sur ce disque, Belladonna chante comme s’il n’y avait pas de lendemain… ce qui arrivera hélas finalement lorsqu’il fut mis à la porte fin 1992 (avant d’être rappelé en 2005… et en 2010 LOL), non sans avoir tourné en malade partout dans le monde. Les boys ne se sont pas contentés de supporter le disque, de l’Australie au Japon, ils sont partis avec Iron Maiden sillonner l’Europe et l’Amérique du Nord (avec un gros ‘stage show’ à bord du No Prayer on the Road world tour), pour ensuite embarquer dans la portion US du Clash of the Titans à l’été 1991 (avec Slayer, Megadeth et Alice in Chains), pour finalement se farcir le trip éclectique que fut la tournée Bring the Noise (fin 1991 jusqu’en janvier 1992), avec Public Enemy, Primus et Young Black Teenagers. Quand même.

Pour moi, PoT, c’est leur …And Justice for All (mon préf’ de Metallica, mais si avec pas d’basse). « Ah ouin, comment ça, big », que certains fans finis de Cliff Burton (paix à son âme) se disent probablement en ce moment. Comme AJfA, PoT possède une magnifique pochette (avec également un portrait dessiné du groupe) conférant une aura de mystère à un album épique, mature, sérieux, sombre et introspectif, doté de denses et féroces pièces-fleuves à tendance prog’. La moitié des pièces de PoT durent plus de 6 minutes, fait assez inhabituel pour du thrash.

Cependant, contrairement à AJfA, la grosse basse bien grasse à Frank Bello est ici heureusement bien présente dans le mix, alors que tout sonne comme une tonne de brique. Merci à Mark Dodson, producteur ayant aussi bossé avec Suicidal Tendencies, Ozzy Osbourne, Prong et Judas Priest. Pour l’anecdote, impossible de ne pas mentionner que PoT fut clairement très important (voire prémonitoire) pour le petit Spitz, comme il est depuis devenu horloger… non, ça ne s’invente pas!

 

 

Critique en différé

En réécoutant la version remastérisée du disque, j’ai réalisé à quel point ce disque est excellent. Direct en partant, on a la bien titrée pièce Time, qui ouvre parfaitement les hostilités, avec une précision métronomique, suivie efficacement par la furieuse Blood, pour nous faire saigner du nez.

Ensuite, Keep It in the Family embarque, avec son lent breakdown qui tranquillement s’intensifie (avec pas mal de bass drum) jusqu’au refrain et ses gang vocals. Mais lorsqu’arrive l’immense et lumineuse In My World, c’est réglé : le temps n’existe plus. Tant de puissance, avec un groove qui nous rentre dedans bien comme il faut, sur fond de textes personnels (lire sa biographie I’m the Man pour plus de détails) qui nous emmènent direct dans la tête du chauve mais bien barbu guitariste, aussi fana de films d’horreur qu’hyperactif. Une pièce très chère à mon cœur, comme Belladonna me l’a déjà dédié personnellement au micro pendant un show (je te raconterai un jour…).

Avec son refrain menaçant, Gridlock nous passe dessus, avec ses ultrarapides et incisives rythmiques, avant qu’on ne ralentisse la cadence pendant un petit moment. Soit pour Intro to Reality, (qui se veut un prélude à l’horrifique Belly of the Beast, robuste comme 10), avec les délicieuses harmonies de guitares d’Ian et Benante (ben oui, le batteur joue aussi très bien de la 6 cordes), qui suivent un dialogue échantillonné à même la série culte The Twilight Zone.

Après, vient Got the Time. Leur plus gros hit. Qui est hélas une reprise. Mais une sacrée bonne relecture thrash d’une enjouée tune de Joe Jackson estampillée 1979. Et ce, même si on doit avouer qu’on est un peu tanné qu’ils la jouent à CHAQUE MAUDIT SHOW (pis le fait que Bello ne refait jamais le même solo).

Si H8 Red est le genre de pièce qui annonçait la tournure que prendra le band avec Sound of White Noise, One Man Stand est comme le frère de sang crinqué de Keep, avec ses multi pistes de voix rappelant un instant la production d’Hysteria de Def Leppard (un mini-peu). Et on finit ça avec Discharge, garrochée à 100 miles à l’heure, avec des paroles d’Ian (qui était vraisemblablement en tabarnac’), mettant un méchant beau point final à cet excellent record en forme de coup de poing su’a yeule.

 

 

Réédition, quoi et pourquoi?

 On embarque dans la DeLorean pour arriver en 2020, COVID pis toute, avec une réédition toute fraîche de PoT, avec les pistes originales remastérisées (ça sonne en sacrament!) et tout plein d’extras, dont une pochette revisitée. Cette dernière a été un peu remaniée pour mieux refléter le concept original de Benante, pour faire plus Dali, comme l’aurait initialement souhaité le batteur. Bien que non nécessaire, le résultat est tout de même réussi. L’œuvre originelle avait été produite par Don Brautigam, à qui l’on doit notamment des pochettes d’albums de Metallica (Master of Puppets), Mötley Crüe (Dr. Feelgood), et, oui, Anthrax (Among the Living, State of Euphoria), en plus de plusieurs couvertures de romans d’une des idoles de ces derniers, le grand Stephen King.

Sachez que cette réédition se décline en deux formats : une version à 4 vinyles colorés, ainsi qu’une seconde qui inclut 2 CD et un DVD. Qu’est-ce qu’inclut ce dernier? En fait, on y retrouve un montage grossièrement édité de 40 minutes, composé d’images principalement filmées en coulisse (avec notamment un Joey fatigué et en chest) lors du show de Salt Lake City de la tournée avec Maiden, qui se termine avec Benante sur scène avec le groupe de Nicko McBrain, interprétant The Number of the Beast et Bring your Daughter… to the Slaughter, avant que Ian, Spitz et Bello ne monte sur scène à leur tour, pour jammer avec les légendes britanniques sur Sanctuary. Même si c’est fun de voir les gars jouer au ping-pong avec Steve Harris et autres niaiseries avec la mailloche d’Eddie la mascotte, reste que le montage approximatif (et le manque d’image d’Anthrax en concert) est environ 10 fois moins palpitant que les Vulgar Videos de Pantera. Au final, c’est le genre d’affaire qu’on ne visionne rarement plus d’une fois.

Et les pièces en bonus? Une treizaine pile pour être précis. Il y a du bon, du brut et du marrant. Au niveau du bon, vous avez deux pièces enregistrées en concert, soit une très tight Time (Live at The Palace of Auburn Hills) tirée de la tournée avec Maiden en février 1991, ainsi qu’une version complètement déjantée d’I’m The Man (The Illest Version Ever), captée à Tokyo (vraisemblablement en septembre 1990) avec un couplet beat/voix de Bring the Noise en guise d’intro, yo. On retrouve aussi (surtout) des démos enregistrées lors de la préproduction de l’album, sans Belladonna ni Spitz. Donc, ce sont de très cool versions instrumentales sans solo de guit’ de titres comme Got the Time (Pre-Production) — avec de la cloche à vache et un solo de basse certes moins inspiré que celui qui s’est retrouvé sur le disque — et One Man Stands (Pre-Production). Vraiment très cool.

Au niveau du brut, dans le cru et croustillant, on retrouve des pistes enchaînant coup sur coup des enregistrements au local de pratique, des riffs tapés de Charlie et des démos en mode préproduction. Que ce soit la planante et acoustique Intro to Reality (Pre-Production) suivie de Belly of the Beast (Tracking), ou encore la version précoce et instrumentale de Blood (Rehearsal Room/Pre-Production), elles sont toutes aussi brouillonnes qu’intéressantes. C’est réellement du bonbon de pouvoir entendre l’évolution des chansons au courant de leurs compositions. Bref, on se sent vraiment dans le local avec les gars. Tu vas triper, et tous tes amis musiciens fans d’Anthrax aussi. La cassette de Charlie sur Discharge (Charlie’s Riff Tape/Rehearsal Room/Pre-Production) et H8 Red (Rehearsal Room/Charlie’s, Riff Tape/Pre-Production) sonne peut-être le cul en ta’, mais les riffs et les mélodies étaient déjà toutes là.

Et il y a les bouts marrants. Là où ça se gâte un petit peu. Comme sur Gridlock (Tracking), une curiosité avec le beat bien (trop) en avant… un peu (beaucoup) gossant… on ne sait pas trop qui à part les batteurs pourraient trouver ça plaisant. M’enfin. De plus, c’est tout à l’honneur d’Ian, un non-chanteur, d’avoir pilé sur son orgueil en incluant les versions qu’il a enregistré pour aiguiller Belladonna, avant que ce dernier n’entre en studio. Bien qu’on doive avouer que le tout a clairement été particulièrement utile au final, le résultat fait sourire (et je reste poli, car j’aurais pu écrire hilarant). Tu risques de ne faire jouer Time (Pre-Production, Scott Guide Vocal), In My World (Pre Production – Scott Guide Vocal) et Keep It in the Family (Rehearsal Room/Scott Guide Vocal) à nouveau qu’en fin de soirée, pour rigoler avec tes chums avec quelques verres de bonnes bières dans le nez. Juste t’assurer d’avoir avalé ta gorgée lorsqu’il tente de chanter « PAAAÄÄÄÄAAARÀÀAANOÖOOOOOÏÏÏÏAAAAAAÂÂÂÂAA! » dans In My World, sinon, tu pourrais le regretter.

 

From LEFT: Charlie Benante, Dan Spitz, Scott Ian, Frank Bello, Joey Belladonna

Bref, si t’es un gros fan d’Anthrax comme pas mal tout le monde au QG de BB (ce que t’es clairement, comme t’as lu cette longue diatribe en entier), t’as besoin de cette réédition, ne serait-ce que pour le remaster des pistes originales, qui est une coche au-dessus de la version de 1990. Cependant, n’achète la version CD que si c’est une question d’argent; crois-moi, t’as pas vraiment besoin du DVD… ouin, si seulement ils avaient aussi inclus tous les cool clips produits en confinement afin de promouvoir cette parution (tu peux les visionner sur leur chaîne YouTube). Car le tout va évidemment mieux sonner en vinyle, alors que tu pourras admirer la magnifique pochette en tournant régulièrement de bord chacune des quatre (4!!!!) galettes. Enweille, gâte-toé, YOLO, pas le temps de niaiser. NOT!

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About Kristof G.

Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.