Critique vapotée du nouveau Tool

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Moé : Hey à soir je me vaporise du gros Highland Tweed (3 petite vaguelettes Indica sur 3 à l’échelle SQDC) pis je me tape le nouveau Tool. Je suis pas un poteux très régulier alors ça va fesser!

Sebbrutal : je serais preneur pour une critique!

Moé : ok, je vais m’essayer.

Vous vous apprêtez donc à lire les commentaires d’un adepte qui a Tool tatoué su’l coeur. Hey pis c’est la première fois de ma vie que j’écris une critique d’album!

Pour vraiment comprendre ce que représente la venue de Fear Inoculum dans ma vie, on va voyager dans le temps un peu!

Marqué au fer dès l’enfance par Sober et Prison Sex, des chansons noires et dures, dont les clips tout aussi torturés passaient comme dans du beurre à Musique Plus, c’est avec l’album Ænima que la formation musicale m’a définitivement charmé. Le vidéoclip Stinkfist était délicieusement repoussant, et Claude Rajotte, ma référence en critique de musique de l’époque, avait donné un bon 8 sur 10 à l’album.

C’était en 1996, dans le temps qu’on allait sur Internet pour « voir » si quelque chose s’y trouvait, et oui, quelqu’un avait mis les paroles en ligne, la chance toé! Abordant des thèmes candidates comme le spiritualisme, la drogue, le sexe et la violence, je les avais imprimées et j’avais appris par coeur les chansons Hooker with a Penis, H, Forty Six & 2 et évidemment Ænema . Je les chantais à voix haute en cueillant du maïs, ma première vraie job, payée 4 piasses de l’heure. J’étais ben fier de me montrer si trash du haut de mes 15 ans, à hurler des affaires violentes remplies de fuck pis de fucking, en essayant d’imiter la voix tantôt douce, plaignarde ou carrément agressive du chanteur Maynard. Tool était taillé sur mesure pour un p’tit gars sensible de classe moyenne qui a poussé sans anicroche dans le confort de la banlieue éloignée de Montréal.

Au Cégep, j’ai appris quelques notions musicales de base, dont le chiffrage métrique, ce qui m’a permis de comprendre à quel point l’album Lateralus, sorti en 2001, est un chef-d’oeuvre de métal technique progressif. Poignant, hypnotique, un classique incontournable.

10 000 Days est arrivé cinq ans plus tard. On a reconnu certains sentiers déjà empruntés, mais il contient son lot de mélodies mémorables, dont la chanson The Pot et la grande et belle Wings for Marie, que j’écoute quand mon coeur a besoin d’un petit réconfort, mettons quand quelqu’un que j’aime meurt, ou après avoir raté un dessert.

J’en ai mangé et remangé souvent du Tool.

J’avais hâte d’entendre du neuf!

Parce que ça fait treize ans depuis 10 000 Days.

T’as le temps de naître, de commencer ton secondaire pis d’embarquer su’a puberté.

Tsé on évolue beaucoup de ta naissance jusqu’à l’adolescence.

Est-ce que le nouvel album de Tool, Fear Inoculum, a autant évolué par rapport à 10 000 Days?

Non, pantoute. Et pourtant, Tool avait toujours su innover.

Dès les premières notes, on se plonge exactement dans le même son qu’on connaît. On est heureux de les retrouver enfin, comme un vieil ami avec qui la discussion ne fait que continuer, sans s’empêtrer dans les formules de politesse! C’est pas toutes les formations musicales rock qui peuvent se targuer d’avoir un son aussi distinctif.

C’est donc avec une sensation persistante de déjà-vu qu’on entreprend l’écoute de Fear Inoculum. Mais l’affaire c’est que ce déjà-vu nous accompagne pas mal pendant toutes les six chansons de plus de dix minutes et les quatre pièces ambiantes, pour un total d’une heure vingt-six de musique.

Je vais être raide: à la première écoute, on a l’impression que le band a improvisé à partir d’anciens riffs. Ça sent le pilote automatique. Maynard hausse rarement la voix, plus lyrique qu’énergique. On dirait que quelqu’un a dompé toutes les anciennes tounes de Tool dans un logiciel d’intelligence artificielle de création de musique par algorithmes et qu’à partir de ça l’ordinateur a généré du nouveau stock en ayant la consigne de ne jamais dépasser un certain seuil d’agressivité.

Mais la vapote fait son effet, je me surprends à danser, à me faire aller la tête, à essayer de saisir quand la batterie va rattraper la basse, qui elle a du retard sur la guitare, qui se met à changer de rythme soudainement… ok tout le monde joue ensemble, le rythme se décompose de nouveau, la valse saccadée recommence! Woooaaaaaah!!!

Fear Innoculum ne contient pas de formats pour faire un hit « radio ». Si ce n’était de la production très propre, on croirait se retrouver en plein dans les années 1990. Mon verdict après une écoute: ça manque de conviction. On a, à mon avis, entre les mains, le moins bon album de Tool. Après treize ans d’attente, on se serait attendu à un gemme taillé d’une main de maître, une grosse garnotte qui nous aurait crissé sul plancher, mais ça saute aux yeux que la formation n’a pas passé treize ans de taponnage en studio. On a appris récemment que c’était dû entre autres à la peur de ne pas pouvoir créer quelque chose à la hauteur des attentes de leurs fans si fidèles.

Permettez-moi une « intermission » (vous pouvez partir leur toune du même nom pendant que vous lisez ce paragraphe). Cette histoire m’en rappelle une autre. Un album qui aurait changé le visage de la musique et qu’on a pu enfin entendre dans sa presqu’intégralité quarante ans après sa création. Je parle ici de Smile. Les Beach Boys avaient atteint une créativité musicale inédite avec Pet Sounds et voulaient pousser la note encore plus loin, à un point tel que Brian Wilson, qui voulait un véritable « orchestre de poche », peaufinait les pièces à l’extrême, jamais satisfait, obsédé par un idéal inatteignable. En raison de cette pression, sa santé mentale a pris une débarque de laquelle il ne s’est jamais complètement rétabli. Finalement c’est une version épurée, dénudée, à laquelle les fans de l’époque ont eu droit. Tout de même excellent, c’est sur cet album, intitulé Smily Smile, que figure la très connue Good Vibrations, dont la structure et les mélodies sont riches et surprenantes pour un hit radio… tout comme Sober, que j’entendais à 99,9 The Buzz à l’époque! Quelques autres chansons de Smile, dont la magique Surf’s Up, ont été publiées sur des albums subséquents et ce n’est qu’en 2011 que le projet dans son intégralité a été assemblé à partir des anciens enregistrements inédits pour tenter de recréer la volonté initiale de Brian Wilson.

On est entre métalleux ici, mais Smile est un album que tout mélomane se doit d’écouter au moins une fois dans sa vie.

Je fais ce rapprochement entre les Beach Boys et Tool, parce que les deux formations ont contemplé l’abîme qui les appelait à se rendre au-delà de leur virtuosité. Brian Wilson a plongé dedans, Tool l’a effleuré, contourné. Et pour reprendre l’expression de Wilson, je pense que je m’attendais aussi à un « orchestre de poche » de la part de Tool, d’où ma déception initiale.

Deuxième et troisième écoute le lendemain, sans vapeur verte et printanière cette fois-ci. Je reconnais certains passages plus marquants: quelques airs de voix catchy sur Pneuma, le passage sec, plutôt atonal à la fin de Invincible, la finale de Descending, les riffs nerveux du milieu de 7empest. Ça colle à la mémoire, c’est bon! Soyons honnêtes: si on met le passé de côté, on doit admettre que Fear Inoculum offre une musique de grand calibre livrée impeccablement. Les chansons se développement longuement, envoûtantes, se fondent les unes dans les autres. L’album est plaisant à écouter, j’ai l’envie pressante d’y revenir. Il y a moins de relief que sur leurs anciens opus, mais c’est peut-être là son charme. Il coule bien. Si j’avais à choisir entre tous leurs disques, c’est Fear Innoculum que je mettrais comme ambiance pour accompagner une belle grande relation sexuelle passionnée et féroce, à condition d’enlever de la playlist les quatre intermèdes, facultatifs, en particulier Chocolate Chip Trip, qui est simplement dérangeante. Je ne me suis pas attardé longuement à comprendre le sens des paroles, mais on y jase de vieillissement, de doute… de peur qui s’installe et campe dans tout notre corps. Avec ces notions, je comprends un peu mieux l’intention derrière cet album plus timide.

Je m’attendais à un 9 sur 10. Après la première écoute j’avais en tête de leur donner un 5, mais le plaisir croît avec l’usage, je vais y aller d’un honnête 7 sur 10.

Une question persiste: est-ce qu’il y a un sens caché à cet album, quelque chose qu’on comprendra à la septième, cinquantième écoute, ou qui nous sera révélé dans l’avenir? Ça ne me surprendrait pas, on se rappellera la découverte de la séquence de Fibonacci utilisée sur la chanson Lateralus, ou la superposition de Wings for Marie part I et Vigniti Tres sur Wings for Marie part 2.

Ok on met Tool de côté, mais je vais continuer dans le sillon de la musique prog, mais un prog qui verse dans l’électro-psychédélique! Oh oui, j’ai le nouveau Legendary Pink Dots à découvrir. Quarante ans de carrière, mais jamais de grands silences musicaux comme Tool: ils ont produit en moyenne plus d’un album par année, toujours en doutant d’eux-mêmes, en se questionnant et en transformant leur approche musicale. Je veux bien admettre que ces deux formations cultes n’ont pas la même renommée, mais force est de constater que, dans certains cas, le doute secoue et pousse à l’action, alors qu’en d’autres occasions, il s’inocule, nous rend craintif et nous paralyse.

J’espère que vous avez aimé ma première critique sur la crème des blogues, Boulevard Brutal.
Je voulais juste finir en soulignant que Ghost est le meilleur band de l’histoire du métal après Led Zep et Elvis.
Bye!

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