Le Best Ov 2017 de Jean-Simon

jean simon fabien boulevard brutal

On arrive à la fin de 2017, une année en dents de scie en musique pour ma part. Pourquoi? Parce que j’attendais des disques avec beaucoup d’expectatives pour finalement être déçu. Le point positif de ce constat c’est que j’ai fait de torrieux de belles découvertes. Un point intéressant à souligner, c’est que 2017 a été clairement l’année où une nouvelle génération de métalleux a pris le plancher en proposant des albums, influencés, mais réfléchis et surtout radicalement originaux. L’avenir est assuré les chums!

15. CRYSTAL FAIRY – Crystal Fairy

crystal fairy

Un album des Melvins avec une fille qui chante à la puissance mille et Omar Rodriguez-Lopez à la basse (!), c’est ça Crystal Fairy. Et c’est violemment efficace. On reconnait le swager sloppy – en drop-D – de Buzz Osbourne à la guitare, toujours jouxté à son complice Dale Crover, le métronome from hell. Avec au chant et à la guitare la transcendante Terri Gender Bender (Le Butcherettes) on peut dire que ce super groupe inattendu a tout pour faire décoller vos oeufs dans la poêle : c’est gras et ça jute le liquide corporel rare. C’est rare qu’un super groupe fait les tops de fin d’année parce que c’est rare les supergroupes qui font l’épreuve du temps. Ici on écoute Crystal Fairy quand on a besoin de se stuffer les pants de féminine virilité comme si Terri Bender Gender était une « Stoner Witch ». Les vrais comprendront.

14. MASTODON – Emperor Of Sand

My god quand cet album est sorti j’étais vraiment pas prêt à parier qu’il se retrouverait dans mon top de fin d’année. Je trouvais que c’était du Mastodon sur le pilote automatique, du Mastodon Light. Peut-être était-ce les déceptions de The Hunter et Once More Round The Sun qui m’ont fait rapidement regarder de haut ce nouvel opus, mais au final Emperor Of Sand renferme des bons moments et de nombreuses surprises pour le mélomane attentif. Le documentaire sur sa création a aidé à nous faire voir les subtilités dans l’enregistrement certes, mais Emperor Of Sand n’a pas besoin de tutoriel, c’est un album simple, mais raffiné, fait par gars qui n’ont plus rien à prouver. On a ri beaucoup de Show Yourself aussi, mais c’est la chanson que j’ai le plus écouté cette année. Sans joke. Pour moi, Emperor Of Sand est le Purple de Baroness de cette année et Show Yourself est meilleure que Shock Me.

13. ROYAL THUNDER – Wick

royal thunder

Royal Thunder fait dans le dark rock alternatif. Malgré la clarté de leur son et de la voix de Mlny Parsonz. Oui, l’univers de Royal Thunder est noir et ça fait de saprées bonnes chansons. Textes recherchés, profonds, attitude rock 90’s et production minimaliste sont l’apanage de ce Wick, qui aurait pu être le meilleur album de Queens Of The Stone Age si la bande à Josh Homme avait conservé ses racines alt et noires (avant de kicker des filles dans face… quel épais). Wick est un album riche, complexe, mais à la fois groovy et contagieux. Voilà une proposition qui mise à la fois sur la nostalgie et sur l’innovation et qui ne perd pas dans l’exercice.

12. BELL WITCH – Mirror Reaper

bell witch mirror

Quatre-vingt-trois fucking minutes de noire dépression doom, c’est ça Mirror Reaper, un album essai / statement / réflexion sur la condition humaine… name it. Il y a tout là-dedans sauf peut-être une conclusion à toutes les idées qui sont amenées ici par le groupe. Et c’est cet aspect anti-« climaxtique » qui rend l’album si riche et cohérent. Chaque descente devient détente, chaque montée amorce un nouveau mouvement, comme dans un concerto, mais métal. Un tour de force, pour vrai et une autre belle signature de Profound Lore.

11. BISON – You Are Not The Ocean You Are The Patient

bison metal

Bison a pris son temps pour faire You Are Not The Ocean You Are The Patient et ça paraît. Ici, tout est bien mesuré, calibré. Les riffs s’enchaînent harmonieusement malgré leur hargne et leur force de frappe, les voix s’assemblent jusqu’à les rendre indifférenciables et le groupe, collectivement, ralentit le tempo, ce qui lui permet de mieux enchaîner ses idées. Une fraîche nouveauté ici. Ça peut paraître gros à dire, mais que les tounes de Bison respirent un brin, c’est en soi une petite révolution quand on compare ce nouvel opus à son stoner carré des débuts.

10. ELDER – Reflections Of A Floating World

Avec Reflections Of A Floating World, Elder poursuit l’exploration qui avait donné Lore il y a deux ans. Avec un guitariste supplémentaire en renfort (il joue aussi des claviers), ça laissait présager que le désormais quatuor disposait maintenant de davantage de moyens pour atteindre un valhalla stoner / prog. On sent que le bon Nick DiSalvo a pensé davantage à ses paroles, livrant ici un album au concept intéressant. Musicalement, c’est fluide avec des solos dynamiques et des transitions raffinées, mais c’est néanmoins un album qui manque un brin de cohésion. Il faut plus d’une dizaine d’écoutes pour départager les chansons et, comme c’était le cas par moment sur Lore, on sent le groupe arpenter une idée en l’exécutant. Ça donne des moments de surplace qui ne contribuent pourtant pas à la montée d’intensité. Mais bref, il y a ici beaucoup de bonnes idées, parfois moins bien assemblées, mais suffisamment pour nous indiquer dans quelle direction s’en va Elder. Et ça, c’est intrigant.

9. OKTOPLUT – Le Démon normal

Sur son deuxième album, Oktoplut condense toute son essence pour créer des chansons énergiques, sensibles et épiques. Dans cet ordre. Du solide riffage, des grosses mélodies, de l’ambiance, des crescendos, du punk, des cris et un clin d’oeil toujours d’adon à Torche, voilà ce qui compose Le Démon normal. À deux, les Montréalais livrent un album qui rivalise avec la crème du genre « lourd » en intensité, en profondeur et en authenticité. Il n’y a pas à dire : l’exercice La Sorcière de roche et la tournée intensive de Pansements ont payé pour faire maturer le son et les idées d’Oktoplut. Cet album est à la fois touffu dans les genres qu’il fait succéder aux oreilles de l’auditeur, mais d’une grande cohérence sur le plan lyrique. Du joli travail des ptits chums Larry et Mathias.

8. CONVERGE – The Dusk In Us

Converge ne déçoit jamais. Mais Converge surprend moins depuis deux albums. Si l’exécution et la qualité lyrique des compositions se raffinent – ce qui est quand même étonnant considérant que le groupe est une classe à part depuis deux décennies – Jacob, Nate, Ben et Kurt opèrent maintenant en terrain connu. Avec leur discographie des plus irréprochables, il n’y a bien sûr pas de gêne à avoir à revisiter l’émotivité pure de You Fail Me, la brutalité déchaînée de Jane Doe et No Heroes ou encore les territoires plus diffus de Axe To Fall. Mais The Dusk In Us manque ne serait-ce qu’une touche de nouveauté pour gravir quelques échelons et atterrir au pied du top 3. Néanmoins, le groupe assure sa place dans le top 10 avec des compositions aux thèmes renouvelés, noires comme jamais, livrées avec urgence et énergie punk par Jacob Banon, appuyé des beuglements de l’excellent Nate Newton, qui prend le plancher davantage à chaque album. Ça on aime ça.

7. CRANIAL – Dark Rowers / Bright Lights

Le dernier Cranial c’est un peu le soundtrack d’une mort lente et brutale dans les entrailles du grand Sarlacc, vous savez, la bébitte dans le sable au début de Return of the Jedi? Bin c’est ça. Pour ceux qui auraient besoin de notions plus concrètes sur le son de Cranial, disons que le groupe explore les zones noires d’un métal où se côtoient doom, sludge, post et autres influences black. Pour les amateurs de notes de bas de page, notons aussi que le groupe a été fondé en 2014 par un membre de la défunte formation Omega Massif. Donc, c’est gras, c’est lourd, puis c’est lent, avant de devenir noise, drone et très très intense, et on recommence. C’est, pour le dire schématiquement, la manière dont sont construits les quatre morceaux de ce nouvel album, Dark, Towers, Bright et Lights. Voilà quatre tableaux qui explorent les contrastes d’une nuit sombre, le vacarme et la froideur mécanique de l’industrialisation ou encore la descente pénible dans les abysses d’un monde post-apocalyptique. C’est du moins ce que les pièces m’inspirent. On y décèle une intention similaire à celle qui était au coeur de l’exercice The Cavern de Inter Arma et ça, c’est vraiment très bien. Captivant album post-toute.

Critique de l’album ici

6. FULL OF HELL – Trumpeting Ecstasy

Probablement l’album le plus intense que j’ai écouté cette année. Violent, sadique, laid, boueux, gastrique sont les mots qui me viennent à l’esprit quand je pense à Full Of Hell, mais dans le genre ces mots sont gages de qualité. Trumpeting Ecstasy sonne comme une tornade qui crisserait l’enfer cul par-dessus tête. Tous les instruments et les voix sont up front dans le mix ce qui ne laisse ici aucune place à l’interprétation : on est directement au centre de la tempête avec le groupe en écoutant l’album et c’est parfait comme ça. Encore ici, le groupe allège nos souffrances avec un album efficacement court. Si vous avez aimé le Code Orange mais que vous aimeriez vivre l’album avec une bonne dose de WTF alliant Dillinger Escape Plan et Cannibal Corpse, vous avez ici l’album parfait.

5. POWER TRIP – Nightmare Logic

Un autre album de crossover dans ce top, mais ici, les buddés n’ont pas trop de temps à consacrer à la boisson et à la joke. Power Trip a une approche plus puriste trash qu’Iron Reagan, mais y insuffle une épaisse couche de noirceur métal qui les a formés comme musiciens. Voilà un album précis, glacial et intransigeant. Et comme si les gars étaient au courant de l’intensité qu’ils déploient, Nightmare Logic fait l’économie de fla fla et ne s’éternise pas. Efficace, le supplice ne dure même pas 40 minutes. Dans le genre, ce disque fera école.

4. IRON REAGAN – Crossover Ministry

Okay, ça c’est furieusement réjouissant dans la région. Du crossover nihiliste, joyeusement swingé dans ta face avec fiel et une attitude punk assumée. Sur Crossover Ministry on rit, on head bang, on beugle, et on se pète des bouteilles de Colt 45 sur la tête en s’enfonçant la constitution américaine et son deuxième amendement bien loin là où le dos perd son nom, sous la ceinture. Du gros fun.

3. PALLBEARER – Heartless

Après Foundations Of Burden on s’est demandé si Pallbearer pouvait continuer bien longtemps à produire du matériel original à l’intérieur des paramètres de son doom mélancolique. Heartless est une réponse sans équivoque à cette question : on n’a pas à s’inquiéter. Ce troisième album est plus lourd, plus émotif, plus épique et plus profond que tout ce que le quatuor a proposé jusqu’ici. C’est aussi l’album le plus difficile à assimiler de sa discographie tant il est – et je sais que peut paraître comme un oxymore pour un groupe doom – diversifié. Mais rassurez-vous c’est un grower. Voir le groupe sur scène aide aussi.

2. CODE ORANGE – Forever

Code Orange ne sont plus des «kids». Avec Forever ils livrent la même déferlante de rage que sur leurs précédents albums, mais en y intégrant cette fois-ci des couches de bordel noise et d’ambiances électro / industrielle, comme si les ptits chums avaient écouté beaucoup de vieux Nine Inch Nails. Malgré le jeune âge de ses membres, Code Orange a le talent pour devenir le prochain Converge, la locomotive de toute une scène de musique extrême. Le temps nous dira si Forever est leur Jane Doe, mais il apparaît déjà comme un album révolutionnaire.

1. CHELSEA WOLFE – Hiss Spun

CHELSEA WOLFE - Hiss Spun

Ça fait déjà un certain temps que Chelsea Wolfe flirt avec une approche plus noire et directe dans la livraison de ses compositions. Sur Hiss Spun elle s’abandonne à ce côté obscur en s’adjoignant des services de Kurt Ballou (Converge). Aaron Turner (ISIS, Old Man Gloom) fait même une apparition. Voilà un album riche, d’une grande profondeur et d’une puissance à la fois sauvage et contenue. Les paroles impressionnistes et contemplatives sont parfaitement livrées avec cette voix déchirante propre à la grande Chelsea. Voilà l’album de l’année.

 

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About Jean-Simon Fabien

Journaliste, chroniqueur @CamuzMontreal, clé à molette, fan de stoner-rock et des Maple Leafs du Toronto (mettons...). J'ai mon bac brun dans #RosePatrie aussi