Une histoire de KISS

Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

 [La fois où] GENE $IMMON$ a souillé mes vinyles de KISS

Vous savez déjà que j’adore ça m’arranger pour que les items de ma collection artistique deviennent uniques. Eh bien, j’ai en effet pu avoir accès à cet icône de la pop culture qu’est Gene Simmons, lors d’une de ses visites dans la métropole, afin de pouvoir vous raconter cette petite histoire relativement anecdotique. Cependant, cette brève rencontre ne fut pas à l’occasion d’un tonitruant et spectaculaire concert de son groupe de musique, KISSTM, formé non pas à Detroit, ville du rock, mais bien à NYC en 1973. C’est donc sans les trois acolytes de son quartette, que « The Demon » passa en nos terres. Le 17 novembre de l’an de grâce deux mil dix, le célèbre bonhomme avait été invité par les gens derrière le « festival » M pour Montréal (un genre de showcase promo pour nos artistes locaux), afin de discuter ― devant public et démaquillé ― de branding. Son interlocuteur était nul autre que Bertrand Cesvet, cofondateur de Sid Lee, cette célèbre boite de pub montréalaise au rayonnement international.

Curieux de nature, je m’étais dit que cet homme d’affaire aurait certainement de quoi à dire sur le marketing, ayant su rapidement transformer KISS© en immortelle et supersonique marque, qui rime depuis longtemps avec argent sonnant. Comment déjà ? En commercialisant à outrance tout et n’importe quoi où il pouvait apposer le logo de son rockin’ combo. Évidemment, il y a la musique : en 2017, on comptait une vingtaine d’album studio, pour autant de disques additionnels (que ce soit des compilations ou des galettes enregistrées en concert), sans parler de leurs singles ou coffrets. Cependant, en plus des hits et autres hymnes de rock d’aréna, parurent d’innombrables produits dérivés à l’effigie du groupe. En vrac, on retrouve figurines, bandes dessinées, films (l’inoubliable car exécrable KISS Meets the Phantom of the Park), jeux (de société ou vidéo, machines à boules, cartes à collectionner…), briquets Zippo, condoms et même un cercueil. Le Démon et ses sbires ont effectivement beaucoup d’imagination.

Or, étonnamment, lors de cette conversationnelle conférence, $immon$ (pas le choix) ne fut pas du tout éloquent. À y repenser, il était plutôt ennuyant. Sérieux. Visiblement, il n’était là que pour vendre sa salade, soit ses nouveaux poulains (The Envy, une formation de corporate rock formatée, qui s’est dissoute en à peine quelques années) et sa nouvelle étiquette de disque, Simmons Records, qui ne fit subséquemment paraître qu’une poignées de disques avant de disparaître dans l’oubli. C’en était quasiment gênant. Une occasion ratée de prouver aux quelques chanceux qui avaient pu RSVP-er pour le singulier événement qu’il était un brillant et visionnaire businessman.

‘Faut croire qu’il doit son financier succès (une partie, du moins) autant à sa soif de copyrights qu’à son opportunisme crasse. Surtout quand on sait que ce sont les Alice Cooper et Arthur Brown de ce monde qui ont ouvert la voie du shock rock dans les années 60, soit un bon moment avant que KI$$ ne l’amène à un niveau certes inégalé de grandiloquence. Oh oui, les « Knights in Satan’s Service » ont quand même mis la barre très haute. Une barre que les Marilyn Manson, Rob Zombie et autre Slipknot ont toujours tenté (vainement?) de dépasser.

Pour s’en convaincre, on n’a qu’à penser à cet ortho de Tommy Lee et cette ultime et ô combien ridicule montagne russe rythmique qu’il s’était fait construire pour la tournée d’adieu de Mötley Crüe. D’ailleurs, durant ce même chant du cygne, on a pu une fois de plus constater qu’Alice Cooper ― qui ouvrait pour le Crüe ― c’est vraiment le meilleur. L’émérite golfeur (!) a su garder fraîche sa théâtralité d’une autre époque, en enchaînant ses fédérateurs hymnes au rythme de ses fantastiques numéros grand-guignolesques. Mais on s’égare; revenons à nos moutons, plus précisément, à celui qui est plaqué or et frisé noir.

Un ratage d’autant plus dommage, étant donné son quatuor inspiré du Fab Four ont quand même composé plusieurs bonnes chansons, bien tights, qui nous font inévitablement bouger le booty. Comme Calling Dr.Love, Deuce et Shout It Out Loud. Des fort usés lauriers certes, sur lesquels se reposent le Démon et l’Enfant étoile (l’autre moitié de $immon$, Paul « Starchild » Stanley) en enchaînant les tournées et en essayant de rester pertinents, entre deux obstinations médiatiques avec les deux autres fondateurs de KISSinc., soit l’as guitariste Ace Frehley et le félin batteur Peter Criss.

L’événement se déroulait à L’Astral, cette chic salle du Groupe Spectra, avec l’émérite critique Alain Brunet de La Presse comme modérateur. En arrivant sur place, je me souviens avoir été quand même pas pire excité de me retrouver dans la même pièce qu’une légende du rock, que dis-je, un monstre sacré de la musique électrique. Sans son groupe, le destin de l’un de mes guitaristes métal préférés, Darrell ‘Dimebag/Diamond’ Abbott (1966-2004) n’aurait clairement pas rocké autant. Tout fan de Pantera sait que KISSLTEE eut une influence considérable sur le maître ès six-cordes dans son jeune temps.

Nonobstant cette piètre performance argumentée, j’en garde tout de même un cool souvenir, ayant pu faire gribouiller le Démon lui-même sur quelques uns de mes vinyles vintage. J’avais apporté avec moi l’album éponyme (1974), Love Gun (1976) et Rock and Roll Over (1976). Ainsi que ma copie de Destroyer, qu’il n’a même pas voulu essayer de signer. Il faut savoir que les pochettes de mes disques étaient vraisemblablement poussiéreuses et que mon feutre n’était pas de marque Sharpie. Grave erreur. Après m’avoir dit ― de façon très autoritaire merci ― d’attendre jusqu’après la conférence pour faire le fan-boy avec mon feutre, je me sentis comme un enfant trop excité qui s’était fait remettre à sa place par sa maman au centre d’achat. Ainsi, j’obtempérai rapidement, le visage écarlate, retournant penaud à ma table non loin de la petite scène de l’Astral patienter, presqu’humilié, jusqu’à après la présentation.

Une fois que fut terminée cette séance de marketing déguisée, je m’approchai, enfin, du monstre malgré ma timidité, agrémentée de cette touche de honte du garçon légèrement intimidé par un illustre bully. J’avais quand même dû piler un peu sur mon orgueil afin d’approcher le bonhomme dès son arrivée en salle. C’est que je suis toujours ambivalent lorsque je tente de faire transformer un objet en item de collection sans trop déranger l’artiste derrière quelques créations suscitant mon admiration.

Car je suis fan de l’œuvre d’abord, ensuite de l’artiste. Bien que ce soit parfois ardu de dissocier l’un de l’autre, surtout quand on a affaire à des assholes. Tel que Phil Anselmo, le balèze gueulard à l’humour aussi douteux que facho, James Brown, feu le roi du funk slash batteur de femme, ou encore ce fondu de Bobby Liebling, toxicomane notoire et chanteur de Pentagram (voir le documentaire Last Days Here, paru en 2011), qui aurait molesté sa propre mère au début 2017, alors âgée de 86 ans (vraiment? déprimant…). Ou encore, surtout, les assassins que sont Bertrand Cantat de Noir Désir (son épouse, à mains nues, pendant une engueulade), Varg Vikernes de Burzum (le guitariste de Mayhem, poignardé à 23 reprises) et cet alcolo de Vince Neil du Crüe qui n’a fait que 2 semaines de tôle, après avoir accidentellement tué ― sur le coup ― son chum Razzle (batteur de Hanoi Rocks) en crashant son char sport, ben saoul.

Même si $immon$ m’énerve au plus au point, et ce, pour moult raisons (de part sa prétention, sa suffisance et presque tout ce qu’il représente), j’affectionne tout de même pas mal KISS®. Parce que la mythologie, le spectacle, l’éternel Halloween. Et le rock, bien évidemment. Les riffs, toujours géants. Et parce que j’aime en maudit leur imagerie d’intergalactiques kabukis, qui alla influencer des légions de jeunes scandinaves dans un trip satanique, incidemment, peu après la sortie du film Farce ou Festin (Trick or Treat, 1986), incluant des caméos de Ozzy Osbourne et Simmons. J’avoue que le film n’a vraiment aucun lien avec le black métal, mais c’était impossible de ne pas le mentionner tellement il mériterait d’être non pas confidentiellement culte mais plutôt salement iconique (P.S. La trame sonore de Fastway est malade).

Finalement, après la « conférence », le bonhomme daigna descendre de scène pour rencontrer ses fans (dont un jeune garçon joyeusement maquillé, qui devait avoir à peine une dizaine d’année). Je m’empressai aussitôt de lui redemander, poliment, de signer mes 33 tours d’époque. ‘Faut croire que la basse qualité de mon faux-Sharpie conjugué à la poussière de mes records ont eu un impact néfaste sur l’encre, l’empêchant d’adhérer efficacement aux pochettes cartonnées. Ce qui mit étrangement et instantanément en rogne notre Démon qui, après quelques essais ratés, commença littéralement à grogner en cognant fermement la pointe feutrée du crayon contre mes pochettes, tout en griffonnant négligemment son nom plusieurs fois d’affilé au même endroit, résultant d’illisibles barbouillas digne de Damien, 2 ans, ou du bébé de Rosemary, genre. Mieux que rien, hein?

Après avoir pris un légèrement flou selfie, je constatai avec effroi les chiures noirâtres qui allaient dorénavant encrasser mes pochettes pour l’éternité. Le chanteur-bassiste de KISS venait de souiller mes vinyles en laissant un peu du noir de son âme, pour paraphraser le bon Trent Reznor. Quand même cocasse, pareil, surtout que je me suis vengé, indirectement, quelques années plus tard. Même si, il ne le saura probablement jamais de son vivant. Comment? En achetant une copie usagée de la bio de Simmons, édition autographiée de surcroit, qui devait bien se vendre assez cher merci initialement. Moi, je ne l’ai payée que 6 petites piasses, dont pas une traître cenne n’ira dans les poches de la star à la langue de serpent. Idem pour ma cartouche 8 pistes de Dynasty (ramassée pour une couple de bucks dans une brocante dans l’état de New York) et pour la VHS de leur hilarant susmentionné long métrage (un gros huard dans une vente débarras), qui figurent fièrement maintenant dans ma collection.

Dans tes dents, mon champion de l’empilage de pognon. Non, personne ne t’a pardonné d’avoir essayé de faire breveter le geste du démon, soit les fameux « horns » des métalleux, avec l’auriculaire et l’index pointant fièrement dans les airs. Tout le monde sait que c’est Ronnie James Dio (1942-2010; Rainbow, Black Sabbath, Dio, Heaven & Hell) qui l’a popularisé en premier, t’sais. ‘Fait qu’essaye pas l’gros. Mais je t’aime pareil, parce qu’anyway, le geste veut dire « I Love You » en langage des sourds-muets. ❤

Kristof G.

PHOTOS : KRISTOF G.

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.