Une histoire de Kvelertak (‘sont smattes en tabarnak)

kvelertak

Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’étant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[La fois où] j’ai enfilé quelques cocktails fancy avec les gars de Kvelertak sur le bras de Bugs Bunny

Une semaine avant l’arrêt montréalais de Kvelertak, je n’avais pas encore décidé si j’allais aller les revoir en show ou pas. Pour faire une histoire courte, le papa d’une formidable fillette de deux ans tergiversait à savoir s’il allait refaire garder sa puce après être allé voir en amoureux avec sa fiancée le show de Napalm Death, Melt Banana et Melvins (qui fut, soit dit en passant l’une des meilleurs performances jamais vues de ces derniers), qui aurait lieu trois jours avant. De plus, y faut dire que la pièce 1985 ― le premier extrait du troisième album de cet excellent groupe de black n’ roll norvégien ― semblait annoncer une inquiétante tangente de type adoucie au niveau des mélodies.

Je me disais donc « aussi bien garder comme souvenir leur épique car on-ne-peut-plus fortiche passage aux Katacömbes en 2013 ». Ceux et celles qui y étaient peuvent confirmer qu’avait alors spectaculairement grimpé au balcon leur bassiste fortement encré et qu’un de leurs trois guitaristes était également monté au deuxième nous jouer un solo à trois pieds du nez. Donc, on se questionnait sur notre intérêt et ce, même si Berzserkr, leur deuxième extrait du nouvel album qui venait d’apparaître sur la toile, rentre comme il faut au poste.

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BUGS BUNNY

C’est alors que mon cellulaire vibra, pour, en un instant, régler cet épineux cas. C’était un message d’Éric Lafontaine, une bonne connaissance bossant chez Warner Music (eh oui, la division mélodique de la patrie de Bugs Bunny), qu’on avait rencontré il y a plusieurs années dans le lounge média du festival Heavy Montréal. Sachez que le bonhomme tient également et efficacement une des six-cordes pour les lourds de chez Downtrodden (featuring aussi Carl Borman, batteur des tout puissants Dopethrone), ainsi que chez Black Sails for Red Seas. Toujours est-il que Lafontaine nous offrait une entrevue avec les gars de Kvelertak, lors du passage du groupe en nos terres, le 19 avril 2016 au très chic cabaret du groupe Spectra, L’Astral.

En effet, ce sextette de rock très sale allait se produire dans un lieu relativement surprenant, comme on n’y voit et entend normalement que des artistes jazz ou folk, quand ce n’est pas des chanteurs ou chanteuses des Francofolies. À son offre, on répondit évidemment pourquoi pas (papa verra sa poulette le lendemain, alors que maman resterait à la maison). Un fou dans une poche, comme on dit dans le fjord du Saguenay. ‘Fait que je proposai d’aller dans un pub avoisinant, comme au Bénélux sur Sherbrooke, ou encore au Nyk’s, situé à deux minutes de la venue.

C’est finalement au Balmoral – bistro ultra-classe annexé à l’Astral – que Lafontaine réserva une banquette pour notre entrevue, qui ne devait durer initialement qu’une quinzaine de minutes. Lafontaine et moi s’étions dit qu’on aurait ensuite suffisamment de temps pour aller rejoindre nos potes qui toujours rockent (comme ce bon Sebbrutal, comme de raison, ainsi que Luc, l’ami de Brent de Mastodon – voir « la chronique du châtiment », publiée précédemment), pour s’enfiler quelques broues pas chères aux Foufounes Électriques, avant de retourner à l’Astral pour le show.

Lorsque j’arrivai, peu avant 18h, Lafontaine me demanda aussitôt ce que je voulais boire — ça commençait bien. Je lui répondu « la même chose que toi », alors qu’il buvait un old fashion on the rocks. Nice. Vidar Landa et Maciek Ofstad, tous deux guitaristes d’expérience et très souriants gaillards dans le privé, se tapaient des drinks non-identifiés qui semblaient tout aussi satisfaisants. Entre gars ayant grandit près de fjords (escarpement rocheux formés par des glaciers il y a des milliers d’années, situés principalement en Scandinavie mais aussi dans le bout de Chicoutimi!), je m’étais dit que le courant allait passer, qu’on allait se comprendre, vraisemblablement.

Afin de briser la glace et de mettre mes interlocuteurs en confiance, j’ai pris l’habitude de parler brièvement de mon parcours et de ce que je suis, histoire de transformer en conversation (mon objectif premier) le processus plutôt froid de l’entrevue en mode question-réponse. J’ai donc rapidement appris que Maciek n’est pas du tout un gamer, alors que Vidar connaissait Ubisoft (mon employeur principal), possède une PS3 et joue pas mal à FIFA, même s’il ne possède que deux jeux seulement (!).

En plus de discuter de leur plus récent album intitulé Nattesferd (on peut lire l’entrevue en deux parties ici et ), la conversation a bifurqué dans plusieurs directions, que ce soit les origines du groupe ou le cinéma de genre, en passant pour leurs trips avec leurs collaborateurs artistique ou encore avec les plus grands groupes du genre, et j’en passe. Du gros fun sale.

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ORIGINES

Les gars ont grandi à Stavanger, ville portuaire (la 4e en importance en Norvège), située dans une région regroupant plusieurs fjords, à quelques 8h de route d’Oslo. Ils se sont rencontrés au début du secondaire. Ils se voyaient dans les mêmes shows. Comme dans cet open house dans le sous sol de la maison d’un ami.

« Ils avaient fait des posters! », se souvient Maciek avant d’en rajouter : « on s’était fait mettre dehors, avant de se retrouver dans un autre show, dans un garage, et dans une autre maison, où les gens faisaient du stage diving depuis un piano! C’était fou, il y avait tellement de monde, mais rien n’a été brisé, sauf qu’il y avait des traces de pas sur le plafond! ». Ah, la jeunesse!

Sur les origines du groupe, Vidar me confirma qu’ils étaient « tous dans différents groupes avant de former Kvelertak; moi et Marvin [Nygaard, bassiste], on jouait ensemble dans un autre groupe, du genre death métal suédois, à la At the Gates, Erland [Hjelvik, chanteur] et BJ [Bjarte Lund Rolland, guitariste] étaient amis avant de déménager à Stavanger, et Marvin était un peu comme le fil conducteur pour le groupe, comme il a été à l’école avec Bjarte, en plus de faire partie de la scène punk hardcore.

Maciek, dont la mère est violoniste (bien meilleure que lui, selon le principal intéressé), disait passer ses dimanches à jouer de la guitare avec son stéréo par-dessus les albums du groupe punk rock NOFX. Ce sont ses expériences (les shows, les tournées, les gens, la communauté) au sein des groupes hardcore dont il a ensuite fait partie qui lui a donné la piqure.

 

TRAVAILLER (NON-STOP)

On a aussi parlé de leur récente tournée avec Slayer et Anthrax, avant que je ne leur demande s’il y avait d’autres groupes légendaires avec qui ils aimeraient jouer. C’était déjà fait, semble-t-il. « On a joué avec Metallica… c’était fou! », de laisser tomber Maciek; « on a fait cinq shows avec eux [en juillet 2014]; ils étaient super cool… on se saluait, on s’assoyait ensemble pour jaser… on n’a que de l’amour pour Metallica ».

Et que pense Vidar, fan ultime de Guns n’ Roses, du passage d’Axl au sein d’AC/DC? Pas d’objections. Il est même curieux. D’ailleurs, il disait rêver de jouer avec G n’ R. On leur souhaite, même si c’est tout de même assez improbable, vu le style du groupe et le caractère bouillant de Rose. Et si ça se produit, espérons qu’ils aient plus de chance que les Eagles of Death Metal (vous savez, l’histoire des Pigeons, là?).

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D’ailleurs, comme le groupe ne remplit pas (encore) de grandes salles comme le Metropolis, je leur ai aussi demandé s’ils avaient toujours des emplois de type alimentaires à la maison, entre deux tournées.

Vidar : Quand on a sorti le premier album [Kvelertak, 2010], on a tous quittés nos emplois pour partir en tournée. Et on a comme pas arrêté depuis. On a pris une plus longue pause [pour enregistrer Nattesferd], mais on n’a juste pas vraiment eu le temps de travailler, en fait. Je te dirais qu’on a commencé à faire du bon argent qu’à partir du deuxième album [Meir, 2013]. Mais maintenant qu’on a un peu de répit, on a pu recommencer à reprendre des petits boulots. Mais [Kvelertak] est notre emploi principal.

J’imagine que lorsque ça a commencé à être plus sérieux et plus payant, et que vous avez réalisé que ça pourrait être votre job principale, ça a dû être incroyable.

Maciek : Oui! Je n’ai jamais cru me rendre au point où je pourrais vivre de la musique. C’est fantastique. On n’est pas millionnaires, du tout. Mais on s’arrange. J’ai un « day job » maintenant. Je travaille dans un bar. C’est plus pour avoir quelque chose à faire entre deux tournées, pour ne pas m’emmerder, tu sais… ne rien faire…

Parce qu’évidemment, contrairement à la croyance populaire, les musiciens n’écrivent pas tout le temps.

Maciek : On a besoin de pression pour produire.

Des dates de tombées! Comme tout le monde. (rires)

Maciek : Et on a aussi besoin de faire autre chose, afin de ne pas tout le temps penser au band. Ma job de bar, pour moi, ça me permet de faire le vide. Comme un hobby! (rires) Ça me permet d’aller à quelque part et de ne pas faire de musique. J’aime ben ça.

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VIDÉOCLIPS (ET SUGGESTIONS MUSICALES)

J’en ai profité pour leur mentionner que j’avais adoré leurs deux clips animés. Soit celui pour la pièce Blodtorst [tirée du premier album], clairement inspiré de l’univers de Lovecraft, mais en mode viking, avec des tentacules, du poil pis toute, alors que celui pour Evid Vandrar [tiré de Meir], est plus du genre trip de LSD chez les hommes des sables de La Guerre des étoiles.

Les deux clips ont été réalisés par le même gars, Torjus Forre Erfjord, un pote de Vidar : « il vient de mon quartier, il était dans un groupe punk quand j’étais jeune. » Selon Maciek, Humbug était « le meilleur groupe qu’on n’ait jamais eu à Stavanger! ». Et Vidar d’ajouter que maintenant, le nouveau groupe de Torjus s’appelle Ultra Sheriff et il donne dans l’électro – et du très cool.

Maciek : Dans Nova [le groupe après Humbug], Torjus joue de la guitare et chante. Le groupe n’a fait que deux chansons, pour le fun, sans même être un groupe. Et ils ont été bookés au Wacken [Open Air], le festival allemand, parce que c’est tellement bon. Et ils ont fait « non, on n’est pas un groupe, on ne faisait que déconner, ce n’est qu’un démo ».

Wow. Ils ont juste refusé?

Maciek : Ouep. Ces gars-là sont tellement de bons musiciens. Un des gars a déménagé à Manchester et il écrit des musicals.

Vidar : Et il écrit pour des artistes pop anglais.

 

Évidemment, quand je discute de musique avec des mélomanes, j’en profite toujours pour m’informer s’ils ont des groupes qui les font tripper en ce moment, à suggérer, qu’on se doit de découvrir. Maciek m’a parlé d’Aktor, de Finlande, qu’il adorait et que, selon lui, je devrais aimer. Quel genre? Maciek précisa que « c’est dans le genre Blue Oyster Cult, pop… weird… », avant que Vidar n’ajoute que ça fait très « années 70 ». Ça tombe bien, je ne haïs pas le rock classique, tendance psychédélique, et sachez qu’Aktor est très fun.

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TROLLS

En plus de me suggérer de visionner les autres films du réalisateur du clip 1985 (soit Angst, Piss & Drid et Sister Hell, qui sont apparemment assez tordus), les gars en ont profité pour remettre les pendules à l’heure (et rigoler un brin).

Avec cette tendance qu’on les groupes lourds à moins gueuler, comme avec Kylesa et Mastodon… est-ce dans les plans pour Erlend?

Maciek : Je crois que ça n’arrivera jamais! (rires)

Ça me rassure!

Vidar : Il va couper ses cheveux aussi… et jouer des synthétiseurs (rires)

Maciek : Et de la keytar! (rires)

Vidar : Parle-moi de ça, une keytar! Ça va arriver! (rires)

[À Vidar] Tu joues du piano parfois, non?

Vidar : Je sais, c’est écrit quelque part…

Éric : C’est sur Wikipedia.

Vidar : Je peux jouer un peu de piano, mais je ne suis pas pianiste.

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OK, c’est noté. On a également discuté du film de genre Trollhunter [2010], un désopilant et excellent « documenteur » sur les légendaires trolls géants en Norvège, sur lequel on retrouve leur pièce Mjod [tirée de Kvelertak, 2010], lors du générique de fin.

Vidar : En fait, c’est un documentaire.

Évidemment (rires). Comment vous-êtes vous retrouvé sur la trame sonore?

Maciek : On a reçu un courriel nous demandant s’ils pouvaient utiliser la chanson pour le générique de fin. Au début, on pensait que c’était pour un projet étudiant. On a donc dit « oui, pas de problème ».

Gratuitement?

Maciek : Non, mais pour pas cher. Et ensuite, plus tard, je me promenais dans Oslo et j’ai vu un gros panneau d’affichage avec le nom de Otto Jespersen, qui est un comédien norvégien populaire, et en dessous et en gros Trollhunter. Et je me suis dit ‘WTF’! Très cool, sérieux. Et le documentaire très informatif. Le réalisateur nous a même envoyé un courriel pour nous remercier, tant ça fonctionne bien dans le film.

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Les gars m’ont aussi dit qu’à peu près en même temps que le long métrage sortait au cinéma, il y avait ces rumeurs en Norvège que des pylônes électriques nouvellement installés en montagne servaient de clôtures électrifiées pour empêcher les trolls d’envahir les villes. Wow. Ça ne s’invente pas.

 

PATTON (UNE ANECDOTE)

Lorsque je parlai de mon « fanatisme » pour tout ce qui touche à Mike Patton, Vidar m’a aussi raconté une superbe anecdote au sujet de sa sœur cadette, qui est également une méga-fan finie du vocaliste au CV bien rempli. Alors que Kvelertak se produisait au SXSW en 2011, Vidar rencontra par le plus grand des hasards Patton le jour de la fête de sa sœur.

Il lui demanda à brûle pour point s’il accepterait d’appeler cette dernière sur son cellulaire pour lui souhaiter joyeux anniversaire. Il accepta sans hésiter. D’ailleurs, une demi-décennie plus tard, elle en parle encore régulièrement. Clair que je ferais la même chose. Un jour je vous raconterai mon anecdote Patton-ienne, qui est assez « épique » (excusez-là!).

***

Quand on quitta le Balmoral après un peu plus de 75 minutes de jasette débordante d’hyperliens, les gars nous firent le genre d’accolade qu’on fait à de vieux potes, avant qu’ils n’aillent rejoindre leurs collègues en coulisse et qu’Éric et moi ne se dirigent le pas léger vers les Foufounes Électriques, avec des sourires dignes des personnages de 1985

P.S. Le show fut parfait et Kvelertak, aussi photogénique qu’énergique. Magique.

Kristof G.

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Kristof, Vidar, Maciek et Éric, et leurs drinks.

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PHOTOS : KRISTOF G.

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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