Entrevue avec Ravn de 1349

entrevueRAVN1349

À moins d’être nouvellement initié à Boulevard Brutal, tu connais déjà ma passion pour le black métal. Pis cette semaine, je me suis payé toute une traite, une entrevue avec Ravn, chanteur du groupe norvégien 1349. Après deux albums qui ont plus ou moins passés avec les fans, 1349 est de retour avec Massive Cauldron Of Chaos, un disque furieux qui nous ramène directement à l’intensité de Hellfire, paru en 2005. Ravn est le genre d’artiste que j’aime interviewer. Un type articulé et intelligent, doté d’une franchise déconcertante. On a donc bien sûr parlé de MCOC, des deux albums précédents, de l’état actuel du black métal et bien d’autres trucs. On a même discuté de bière!!! Une chose que j’ai réalisé avec cet entretien, c’est que si tu veux faire carrière dans le black métal, tu te dois d’être passionné par ton art en baptême… Et Ravn l’est. Tu vas comprendre en lisant l’entrevue qui suit.

 

Boulevard Brutal : Première des choses, félicitations pour votre nouvel album, je l’adore et les critiques semblent aborder dans le même sens que moi. Pour ce disque, aviez-vous des intentions spécifiques avant d’entrer en studio ou l’agressivité est venue naturellement?

Ravn : Merci. Avant le début d’un enregistrement, on discute en général de l’approche que l’on veut obtenir. L’une des premières choses sur laquelle nous avons pris une décision était d’y aller avec la méthode « vieux Bathory » pour les guitares, soit d’enregistrer deux guitares en même temps avec des sonorités différentes, comme on retrouve sur le disque Under the sign of the Black Mark. Donc il y a une guitare au son gras et fuzzy, tandis que l’autre a un son mince et plus raffiné. On a décidé d’utiliser cette technique pour 1349 et d’en faire notre propre version. Nous avons adopté aussi un penchant plus thrashy qu’à l’habitude (du moins pour 1349). Avec ce plan en tête, l’album s’est fait de façon naturelle, tel un rituel.

 

Boulevard Brutal : Comment se déroule le processus créatif d’un disque de 1349?

Ravn : D’habitude, c’est Archaon (guitare) qui amène des idées au local de pratique ou qui nous les envoie numériquement. On travaille donc avec ça et on en fait de vraies chansons. Cette fois-ci, on a fait plus de préproduction avec des chansons toutes prêtes. Nous avons pu ainsi travailler ensuite chacun de notre côté et non pas seulement jouer les titres ensemble au local. Cela nous a permis de constater avec le temps la qualité du matériel. Cette façon de travailler nous a bien servi et nous allons procéder encore de cette manière à l’avenir.

 

Boulevard Brutal : Demonoir et Revelations Of The Black Flame allaient dans une direction plus expérimentale que vos albums précédents. J’ai personnellement bien aimé ces disques, mais il semble que certains fans n’aient pas embarqué dans cette approche. As-tu été choqué par cette réaction? Crois-tu que certains fans de black métal ont l’esprit plus étroit envers l’expérimentation musicale?

Ravn : Rarement je vais me choquer à propos de ce que pensent les humains en général, même chose concernant notre art. Je respecte le fait que les gens puissent ou non comprendre ce que l’on fait et je m’attendais à des réactions avec la sortie de Revelations Of The Black Flame. Mais en tant qu’artiste, et surtout en tant qu’artiste black métal, tu dois pouvoir faire ce que tu veux. Certaines personnes trouvent le confort dans le fait d’entendre un produit auquel ils sont habitués. Se défier soi-même permet d’ouvrir son esprit et ses horizons. Donc, si toi en tant que fan tient absolument à ce que l’on répète toujours ce que l’on a fait auparavant, bien tu seras déçu et je ne te considère pas comme un fan du groupe.

 

Boulevard Brutal : Il s’est passé quatre ans avant la sortie de Massive Cauldron Of Chaos. Est-ce que cette pause était nécessaire pour le groupe?

Ravn : Quelle pause? Nous avons sorti Revelations Of The Black Flame et Demonoir à onze mois d’intervalle et avons fait presque toutes les tournées de spectacles après ce dernier. Nous avons fait trois tournées à travers l’Amérique du Nord, sans compter les festivals et autres. Nous avons travaillé sans cesse et n’avons pas pris de pause. Nous n’avons arrêté vraiment qu’en 2013, on a fait tout de même quelques concerts ici et là, pour ensuite prendre le temps de composer le nouvel album.

 

Boulevard Brutal : Tu cites souvent Celtic Frost comme influence principale. Est-ce qu’il y a d’autres artistes qui t’inspirent autant au niveau musical que pour les textes?

Ravn : 1349 est composé de quatre membres aux goûts musicaux bien distincts, alors notre musique est inspirée de bien des trucs différents. C’est comme un chaudron dans lequel tu brasses des idées et ce qui en ressort est totalement nouveau et unique.

 

Boulevard Brutal : Que dirais-tu à ceux qui affirment que le satanisme n’est rien d’autre qu’une « gimmick » pour vendre des disques?

Ravn : Je préfère ne pas répondre aux gens ignorants, mais si c’était effectivement une « gimmick », ça voudrait dire que l’on ferait de l’argent et ainsi vivre de notre musique… Donc puisque ce n’est pas le cas, j’imagine que la « gimmick » ne marche pas fort fort…

 

Boulevard Brutal : Après 17 ans avec 1349, qu’est-ce qui te motive à créer du nouveau matériel?

Ravn : Personnellement, ma source de motivation est d’explorer le côté sombre de l’humanité et creuser dans cet aspect primitif qui le rend capable de fonctionner dans la vie de tous les jours, sans devenir complètement dingue… Il y a aussi ce désir de grandir en tant que musicien et approfondir mes connaissances en tant que réalisateur et ingénieur de son.

 

Boulevard Brutal : Vous avez tenu plusieurs sessions d’écoutes pour MCOC. As-tu eu l’opportunité d’assister à quelques-unes et si oui, comment fut la réaction du public face à l’album?

Ravn : Nous avons fait une soirée de lancement à Oslo où nous avons joué quatre nouvelles chansons « live ». La réaction des gens fut positive. Nous avons aussi joué Slaves, le premier extrait de l’album, pendant le Metal Alliance Tour avec Behemoth en avril/mai dernier, et il y a certains soirs où c’est cette chanson qui a le plus soulevé la foule. Donc nous sommes très heureux de l’accueil face au nouveau matériel, c’est le moins que l’on puisse dire.

 

 

Boulevard Brutal : Les concerts de 1349 sont très intenses. Comment te prépares-tu avant d’embarquer sur scène?

Ravn : La préparation peut varier, toutefois une fois le maquillage appliqué, mon état d’esprit change et le reste vient instinctivement. Je ne pense pas à ma montée sur scène et je suis incapable de réciter mes paroles de chansons, mais quand la musique commence, elles viennent toutes seules. C’est difficile à décrire, mais j’en suis venu à la conclusion que c’est mon instinct primitif qui prend le dessus.

 

Boulevard Brutal : Est-ce qu’il y a des plans pour une tournée nord-américaine et quel serait le groupe avec qui vous aimeriez partager la scène?

Ravn : Je suis heureux de dire que oui, nous allons bientôt annoncer une tournée qui se déroulera au début 2015 et nous avons déjà des plans pour une autre plus tard la même année. Donc nous prévoyons passer beaucoup de temps en Amérique du Nord dans l’année qui vient. Pour ce qui est du groupe invité, nous n’avons pas le plein pouvoir là-dessus, mais c’était vraiment agréable de jouer avec Triptykon, alors j’aimerais bien que ça puisse se reproduire bientôt.

 

Boulevard Brutal : Le black métal est plus populaire que jamais en ce moment… Que penses-tu de la scène actuelle?

Ravn : La raison pour laquelle 1349 a été créé était que je n’aimais pas la direction que prenait le mouvement black métal, alors j’ai cessé de lui porter attention et me suis concentré sur le groupe. J’ai suivi les vieilles formations norvégiennes qui m’ont influencé jadis, mais plus beaucoup maintenant. Je crois qu’il n’y a plus vraiment de groupes qui possèdent le son classique « norvégien » du black métal et c’est là que se situe, à mon avis, la force de 1349. Nous poursuivons la tradition.

 

Boulevard Brutal : 1349 a maintenant une bière portant son nom brassée par la Surly Brewering cie. À quoi ressemble cette bière et pourra-t-on s’en procurer pendant vos spectacles?

Ravn : Nous allons avoir deux bières en fait, la première étant une belle grosse noire qui nécessite du temps à fermenter et qui se doit d’être entreposée pendant un certain temps. Une « black ale » avec un pourcentage d’alcool de 13,49 %. Elle est très complexe et bien balancée, donc les saveurs ressortent beaucoup. Elle me donne le sentiment de marcher en forêt pendant une sombre soirée d’automne avec du café frais dans ton sac à dos… L’autre bière est une « pale ale » qui va être préparée tout juste avant sa sortie pour qu’elle puisse demeurer fraîche le plus possible. Elle possède un goût rafraichissant et facile à boire. Elle est aussi plus faible en alcool avec un taux de 6,66 %. Je souhaite que nous puissions en apporter, mais je sais qu’il y a certaines restrictions, mais on essaie de trouver un moyen pour que nos fans puissent déguster notre bière tout en écoutant notre musique.

 

Boulevard Brutal : Est-ce possible pour un artiste black métal de vivre décemment de sa musique?

Ravn : Non, malheureusement pas… Le coût de la vie en Norvège est tellement élevé qu’il faudrait pratiquement vivre sur la route, sans domicile, pour que ça fonctionne. Donc nous devons travailler deux fois plus fort et utiliser les nuits et les weekends pour accomplir le boulot. Mais tant qu’il y a de l’effort il y a de l’espoir, alors je me considère choyé que 1349 ait autant de fans à travers le monde et que nous soyons capables de diffuser notre musique tout en faisant ce que nous voulons faire.

 

Boulevard Brutal : As-tu déjà songé à faire un projet solo ou fonder un « supergroupe »? Et si c’était le cas, qui inviterais-tu et pourquoi?

Ravn : Quand j’écris de la musique, c’est pour 1349. Je laisse donc le soin aux autres membres du groupe de décider si ça cadre ou non avec 1349. Peut-être un jour si je réalise que j’ai du matériel de qualité, un projet solo pourrait devenir envisageable. Mais je suis tellement occupé avec le groupe en ce moment qu’il m’est impossible de penser à une carrière solo ou former un « supergroupe ».

 

Boulevard Brutal : De toutes les nombreuses tournées que tu as faites, quelle est la chose la plus étrange qui se soit produite?

Ravn : L’affaire avec les incidents de tournée est qu’il faut vraiment être là au moment où ça se passe et il y a un code d’éthique bien important : ce qui se passe en tournée reste en tournée… Ça peut paraître plate, mais crois-moi, c’est mieux ainsi…

 

Boulevard Brutal : Un mot pour vos fans de Montréal?

Ravn : Appréciez Massive Cauldron of Chaos et on se voit l’an prochain en tournée. En attendant, essayez la combinaison d’écouter du 1349 tout en buvant notre bière. C’est un agencement sublime…

 

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