Critique de RIITIIR – Enslaved

Envie d’être « challengé » musicalement parlant? Le tout récent (et 12e) effort studio d’Enslaved devrait répondre à ce besoin. Contrairement au précédent Axioma Ethica Odini – que je considère comme étant l’un des plus grands albums métal de tous le temps – RIITIIR exige de multiples écoutes avant de saisir toute la richesse et l’ampleur de l’ambitieuse entreprise.

Constitué de huit morceaux totalisant un peu plus de 67 minutes de musique, RIITIIR mérite également qu’on s’y attarde en discutant de l’oeuvre piste par piste.

Thoughts Like Hammers

Après une introduction aussi frénétique que cacophonique, on est convié à un martèlement pesant, doté d’un sombre riff. Par la suite, les guitares syncopées et accompagnées par le clavier nous plongent dans un métal progressif qu’on jurerait sortit tout droit d’une pièce de Dream Theater. Enfin, la voix entonne une mélodie nous ramenant assez rapidement à l’univers d’Axioma. Le groupe s’aventure ensuite vers de nombreuses progressions (notez celle qui arrive à 6 min 42… Solide!) pour retomber sur la mélodie vocale entendue plus tôt. Thoughts Like Hammers donne ainsi une idée globale de ce que nous réserve l’album.

Death In The Eyes Of Dawn

Le folklore nordique imprègne la phrase musicale amorçant cette superbe pièce, alors que guitares acoustiques et électriques, enrobées d’une couche de claviers atmosphériques, vibrent à l’unisson. Le premier changement, assez intéressant, nous amène peu à peu vers une montée en intensité qui nous transporte vers une hymne sentie. Reprenant certains éléments précédemment entendus, le morceau enchaîne sur un moment plus agressif et l’ensemble se conclut par un joli passage exécuté par les guitares acoustiques, faisant légèrement penser à l’introduction de Battery de Metallica.

Veilburner

Démarrant sur une ouverture dont la structure fait appel à des mesures irrégulières, on décèle la sonorité de l’orgue qui lui confère une similitude avec le rock progressif des années 70. La référence au genre n’est cependant pas omniprésente, puisqu’on revient rapidement à une facture caractérisant bien la signature du groupe. À mi-chemin, Enslaved nous scie les jambes avec un refrain mélodique et éthéré d’une puissance redoutable.

Roots Of The Mountain

Suite à l’entrée matière aussi rapide que brutale, on a l’impression que Roots of the Mountain est la continuité du morceau précédent, puis, après une pause instrumentale un peu moins habile où le mellotron prédomine, on revient avec avec le thème, suivi d’un solo de guitare notable. Portez une attention particulière aux secondes qui suivent la section enchaînant ce solo. Si cette marche harmonique aux guitares vous laisse de glace… tant pis pour vous!

RIITIIR
Bien qu’il s’agisse de la pièce titre, RIITIIR m’apparaît comme étant la moins stimulante de l’album. Sauf peut-être pour la section finale, aucun riff ne parvient à nous captiver. Pas mauvais, mais pas à la hauteur du reste.

Materal

Materal est le second titre le moins emballant de cet opus. Encore une fois, rien de mauvais, et bien que  l’approche monocorde tel un psaume crée certes une atmosphère froide et sombre, l’absence de passages plus éclatants nous laisse sur notre appétit.

Storm Of Memories

Hypnotique, le riff d’ouverture est une des meilleures trouvailles du groupe, nous faisant oublier les faiblesses des deux pièces précédentes. La séquence, qui fait au-delà de trois minutes, nous plonge dans une transe obscure alors que s’ajoute une planante, mais inquiétante mélodie de guitare. Une fois l’hallucinante boucle terminée, le band nous catapulte une rythmique rapide exécutée par une batterie qui nous rappelle que le black métal fait quand même partie des racines d’Enslaved.

Forsaken

Ouvrant sur une atmosphère angoissante – gracieuseté d’accords plaqués sur un piano dont le traitement sonore laisse l’impression d’un vieux piano abandonné dans une pièce glauque – Enslaved se lance dans un groove qui n’est pas sans rappeler certains passages de leurs excellents Isa et Ruun. Après un segment plus heavy, Forsaken tombe dans une section où le synthé évoque Zombi. Puis arrive au loin une pulsation militaire appuyée par la caisse claire, pour aboutir sur un air de fin du monde épique. Tout cela se termine par une ligne aussi calme que vaporeuse à la guitare, avec le retour d’un piano un peu plus lumineux. Grandiose.

Bref, je crois que pour appécier ce disque à sa juste valeur, il est essentiel d’en faire l’écoute dans les meilleurs conditions possibles. Sinon, vous risquez de trouver l’ensemble plutôt lourd. Autrement, en ce qui me concerne, ce band norvégien fait sans aucun doute figure de proue au sein de la grande famille du métal. À mon sens, depuis leur solide Below The Light (2003), Enslaved a trouvé sa voie et la formation ne cesse d’évoluer, tout en conservant une esthétique musicale qui leur est propre. Sans être aussi accessible, ni aussi puissant que son prédécesseur, RIITIIR démontre que ces musiciens ont encore quelque chose à dire. Ça impose le respect.

Le CD et l’album en téléchargement sont offerts dès le 9 octobre, mais pour l’édition vinyle double, il faudra patienter jusqu’au 20 novembre.  

8.5 / 10

Par Alexandre Duguay

About Alexandre Duguay

Rédacteur, intégrateur et développeur web. Autrefois musicien (violoniste et guitariste). Toujours mélomane, cinévore et audiophile. Collectionneur de vinyles, cassettes et VHS.

There is one comment

  1. Les albums de l’année – Best Ov 2012 (Alex) « Boulevard Brutal

    […] Envie d’être « challengé » musicalement parlant? Le tout récent (et 12e) effort studio d’Enslaved devrait répondre à ce besoin. Mais pour appécier ce disque à sa juste valeur, il est essentiel d’en faire l’écoute dans les meilleures conditions possibles. Sinon, vous risquez de trouver l’ensemble plutôt lourd. Autrement, en ce qui me concerne, ce band norvégien fait sans aucun doute figure de proue au sein de la grande famille du métal. À mon sens, depuis leur solide Below The Light (2003), Enslaved a trouvé sa voie et la formation ne cesse d’évoluer, tout en conservant une esthétique musicale qui leur est propre. Sans être aussi accessible, ni aussi puissant que son prédécesseur, RIITIIR démontre que ces musiciens ont encore quelque chose à dire. Ça impose le respect. Lien vers la critique pièce par pièce […]

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