EXCLUSIF! Un fan de black métal désillusionné par l’affiche du Rockfest de Montebello!

Le département des enquêtes chez Boulevard Brutal a reçu un message qui se voulait, étrange. Un amateur de black métal se disait lésé même trompé par l’affiche de l’édition 2017 du Rockfest de Montebello.  Question d’en avoir le cœur aussi net que les latrines du Centre Vidéotron car rarement visitées, notre correspondant s’est rendu à la rencontre du plaintif.  

« Sérieux? Tu me le demandes? Je capote, man! Je ne dors plus depuis des semaines. Sauf, qu’à la base, je dors pas beaucoup à cause de mon TDAH mais ça, c’est autre chose! »

Ce sont les paroles initiales que nous avons recueillies lors de notre entretien avec Patrice Gladu, 19 ans, de St-Constant, qui préfère se faire appeler par son nom de guerre, Lord Bonerstein. Chanteur pour le groupe Liars of the Black Dimension, Bonerstein (comme je dois absolument  l’appeler) semblait excessivement agité lors de mon arrivée au Starbucks de son patelin.

Visiblement irrité, ce jeune homme tentait de contenir sa colère lors de notre entretien. Affublé dans son attirail black métallique, son visage crispé par la rage ne laisse rien présager de bon. Commis au IGA et étudiant en fleuristerie, il raconte : « J’ai communiqué avec vous pour avoir le cœur net sur un sujet qui me gosse! Tsé, j’en ai emballé en estifie des sacs de commande de bonnes femmes pour me payer mon bracelet du Rockfest mais là, ça ne marche pas. Pas du tout! J’exige et je veux, je veux et j’exige un remboursement de la part du Rockfest, crisse! »

Ce que me raconte Lord Bonerstein est en relation avec son excitation face à la programmation du Rockfest de Montebello qui s’est rapidement transformée, en véritable cauchemar pour le jeune fanatique de black métal.

Chapitre 1 : Un café, deux laids

Attablés au Starbucks de St-Constant, notre envoyé-spécial a réussi à tirer les vers du nez à ce client visiblement insatisfait face à sa mésaventure avec le plus gros festival de rock-métal-punk de toute la Voie Lactée. « Tsé, Klim’. Euh, je peux t’appeler, Klim? »

Généralement, il n’y a que mes amis les plus proches qui me surnomment ainsi mais pour l’occasion, j’acquiesce avec Bonerstein. Je lui demande, gentiment : « Je peux donc t’appeler Patrice? »

Il continue avec ceci : « Non. C’est Lord Bonerstein, c’est clair? On se comprend? Je te raconte.  Moi, j’ai vu la programmation du Rockfest comme tout le monde. Et tous les groupes qui seront là? J’ m’en sacre! J’écoute pas de la musique de lopettes. Moi, j’aime le black, le vrai comme Cradle pis Dimmu. Je regardais la liste pis je riais parce que c’était juste de la musique de fillettes. Sauf qu’en bas de l’affiche, surprise! Une estie de belle surprise pour moi.»

Malgré le fait que je le regarde dans les yeux et tente de créer un véritable contact visuel avec lui, question de le mettre en confiance encore plus, je me rends compte qu’il ne cesse de regarder aux alentours, jetant son dévolu sur la bande de collégiennes commandant un soya latte ou sur le pied de la dame assise près de nous qui suit énergiquement la cadence de Despacito.

Je lui demande de garder le focus, il semble confus et excessivement énervé. Je le ramène sur le bon chemin.

« Donc, tu me disais, le bas de l’affiche? »

Lord Bonerstein continue son exposé vitriolique en ce qui concerne, ce qui semble être des déboires… insondables!

Il m’apprend qu’il a lu, probablement trop rapidement, le bas de l’affiche et il me fait une confession qui se veut, touchante et poignante.

« Je souffre de TDAH, tu as sans doute remarqué que j’ai de la difficulté à rester concentré. »

J’acquiesce alors qu’il est en train de faire de l’origami avec le carton protecteur de son verre de café. Je lui indique de continuer, face à sa cible principale.

« Fait que, je te disais que… ouais, le bas de l’affiche, c’est ça? Veux-tu un autre café? »

Je décline son offre. Il continue mais va tout de même m’en chercher un.

« En lisant l’affiche du Rockfest, crisse, surprise! Wow, y’avait Watain! St-Crème, enfin y’ont compris! De la vraie musique! Je capote ma vie parce que je n’ai jamais vu le groupe en show. En plus, mes chums me gossent depuis deux ans pour que j’y aille au Rockfest. Mais je n’ai jamais de cash ou je trouve ça trop lopette, tsé. Mais quand j’ai vu Watain, je me suis dit que cette année 2017, c’était l’année parfaite. Hail Satan, yo!»

Chapitre 2 : Torréfaction noire… comme ton âme!   

Je lui prends la main de droite pour qu’il arrête de taper sur mon verre avec sa paille à brasser et je lui demande, fort poliment : « Mais voyons, il n’y a pas de Watain sur le Rockfest?!? Voyons, que ce passe-t-il, Lord Bonerstein?»

J’ai claqué des doigts pour le ramener à la discussion car il ne cessait de dévisager le barista qui faisait mousser du lait à la vapeur. Il m’a raconté ceci: « Je t’ai dit que je souffrais de TDAH, right? Je souffre de TOC aussi, by the way. Donc, j’ai juste lu WAT sur l’affiche. WAT, estie, WAT!!!! Mon focus s’est ramassé ailleurs ensuite, probablement sur la chandelle noire qui brûlait, près de mon ordi. Tsé, ça devait absolument être Watain que je voyais! Voyons, quand tu y penses, y’en a pas beaucoup de groupes dont le nom commence par WAT. Donc pour moi, c’était Watain, stie! WATAIN!!! Chu pas le seul, c’est certain, à avoir pensé à ça!»

Il commençait à s’ouvrir face à moi et à entamer le sujet plus profondément. Si ce jeune homme m’avait invité, c’était pour du croustillant. Je sentais que je tenais un monument avec cette histoire. Je me commande un brownie aux peanuts alors que je demande à Lord Bonerstein de revenir s’assoir avec moi, étant donné qu’il était en train de compter les couvercles pour les cafés de format Venti.

« Fait que, Klim. J’en étais à ça. J’avise ma bande de chums que cette année, j’y serais au Rockfest. Attelez-vous les majorettes, Bonerstein et son corpse paint vont tout dominer! Soleil ou pas, je vais avoir tout mon kit de guerre, drette en face de Watain pis on va en prendre de la Bud, mon chum! Pas question que je manque Watain avec le sang pis les têtes de cochons, pis toute. Les zezons qui tripent su’ Good Charlotte pis Offspring, vous allez vous faire bouffer par l’esprit satanique de Watain! Même si c’est en plein jour, m’en sacre! Mais là. Oh… crisse, mais oh crisse!» me raconte le jouvenceau, visiblement dérangé par un item très précis.

Bonerstein me récite, calmement : « Je commande mon bracelet, je le reçois il y a quelques jours. Je dis à un de mes bons vieux chum, Pierre-Luc, justement. Un bon jack, trop smatte avec sa blonde par exemple. Je pense qu’elle  le niaise parce que… »

J’exige à Bonerstein de garder le cap sur son histoire.

Il reprend là où il le devait : « Lui, il tripe sur Killswitch I’m Gay. Fait que, je dis à PL : Aie, toé pis ta musique de fillettes, tu vas voir c’est quoi du vrai stock quand Watain va monter sur le stage, ha ha! Y vont toute détruire! Toute! »

Le visage de Bonerstein s’est meurtri. Aux commissures de ses lèvres, je pouvais encore voir un restant de corpse paint, écaillé. Malgré son bracelet de studs, Lord Bonerstein a essuyé la mousse qui se retrouvait dans son léger pinch qui semblait très dru, selon mon point de vue.

Il a poursuivi avec une révélation… aucunement étonnante : « C’est là que j’ai appris et même compris qu’il n’y avait pas de Watain au Rockfest 2017. PL m’a dit qu’il n’y avait vraiment pas de Watain, qu’il était désolé pis toute! Au début, je ne le croyais pas, c’était une faute de sa part parce que je l’avais vu, en bas de l’affiche… dans un sens. » 

Et la brique qui lui est tombée sur la tête se voulait, lourde et remplie de conséquences. Il m’a expliqué : « C’est alors que j’étais comme bouche bée. J’avais des papillons qui vomissaient dans mon estomac, Klim. J’ai agrippé mon ami par le collet et lui ai dit, avec une voix de chacal black métallique, qu’il était mieux de me niaiser. Il chiait dans ses bobettes, je te jure parce que ça sentait les vidanges dans mon appartement!  Je l’ai lâché parce que je ne suis pas violent de nature. J’ai pris mon cell, pis j’ai checké sur l’affiche du Rockfest. Hail Satan? Not so, yo…  »

Ce long moment de silence se voulait bien involontaire, il m’a débité ceci : «Ben crisse, y’avait raison! C’était pas Watain qui était inscrit, c’était Watatatow! C’est quoi cet estie de band là? Vous devez m’aider les Boulevards Brutaux, vous êtes des connaisseurs du métal? C’est ça, hein? Vous vous targuez de THE BEST, prouvez-le et dites-moi c’est qui ou quoi Watatatow parce qu’ils ne sont pas sur Metal-Archives, pantoute! S’ils ne sont pas là, c’est louche! C’est pour ça que j’ai communiqué avec vous! »

Watain

Chapitre 3 : Surdose de caféine

Lord Bonerstein était en panique. Il ne savait plus où donner de la tête. Je me suis levé, l’ai pris par les épaules pour lui expliquer ceci… car la vérité peut-être difficile à gober.

« Tsé, je vais t’expliquer quelque chose. J’espère que tu as les reins solides… »

J’ai effectivement confirmé à Lord Bonerstein que Watatatow n’était pas un groupe de métal, ni de punk ou de hardcore. Même pas ska!

C’est bel et bien une émission de télé pour les ados qui jouait à Radio-Canada dans les années ’90. J’avais avec moi mon ordinateur-portable. J’ai ouvert une page Youtube pour lui montrer un épisode de Watatatow, pour qu’il se fasse à l’idée. C’était celui où Stéphanie Couillard apprend à Sophie Bonin-Jutras que si elle ne veut pas manger de sa crème Budwig, ce n’est pas parce que ça l’écœure mais plutôt parce qu’elle souffre du diabète et aussi, lorsque Raphael Thermidor termine premier au concours de sosies de Michael Jordan. Le visionnement se termine, je ferme l’ordinateur.

« Hein, quoi? Watatatow? Un fucking show de télé pour ados? C’est quoi l’estie de rapport avec un festival de musique métal et punk? Un show de télé de marde au Rockfest? Pis c’est qui ça Michael Jordan? Et de la crème Budwig, que c’est ça?» m’a-t-il demandé.

J’ai continué mes explications, comme ceci : « Tu ne dois pas essayer de comprendre. Ce programme a débuté en 1991 et il s’est terminé en 2005. C’était comme un téléroman qui jouait à tous les jours, en revenant de l’école. »

Il m’a répondu, derechef : « C’est quoi l’ESTIE de rapport? Euh… c’est parce qu’en 1991, je n’étais même pas né et qu’en 2005, j’avais comme 7 ans, genre. Pourquoi une affaire de même, voyons? Tout le monde doit s’en sacrer, right? Crisse de buzz poche de la Génération X! Aucun intérêt! Pis anyway, qui veut voir un hommage à ça?» me souffle-t-il, avec puissance et insistance.

J’ai bien tenté d’expliquer à Lord Bonerstein que c’était un hommage à l’émission, une émission marquante pour plusieurs. Je lui ai dit (sans véritable conviction) que les artistes sur scène vont probablement chanter la chanson-thème de Watatatow pendant 30 minutes et que son calvaire se terminera après.

« C’est donc ça? T’es sérieux? Le monde qui devait regarder Watatatow dans le temps doive plutôt être chez eux pendant le Rockfest, non? À l’âge qu’ils doivent avoir, ce sont probablement des adultes qui travaillent, qui possèdent des maisons pis toute? Ils doivent probablement avoir eux-mêmes des enfants, non? »

J’ai acquiescé, faisant un signe de la tête pour confirmer mon approbation face à ses affirmations.

Bonerstein a continué : « Pourquoi d’abord? C’est poche en tabarnak! Et tout ce temps-là, je croyais que c’était Watain pour me faire annoncer qu’en plus, Watatatow n’est pas un groupe métal… Si au moins! Haaarrrggghhhh…. TDAH, lâche-moi un peu, regarde le résultat!!!! Tu me fais débander solide!»

Je lui ai fait le constat suivant : « Oui, mais pendant ce temps-là, tu pourras aller voir et entendre autre chose. Le choix est vaste! »

Lord Bonerstein m’a répondu ceci : « C’est sûr et certain. Que veux-tu que moi, et les gens de ma génération qui ne connaissent pas cette émission, foutions-là? Hein? Ce qui m’enrage le plus mon Klim, je vais te le dire, vrai comme chu là! »

J’attendais sa réponse. Lord Bonerstein était debout, les poings bien serrés. Il semblait colérique et agissait tel un forcené.

Il a dit : « Ce qui m’horripile là-dedans, c’est de savoir que de 1, je n’aurai pas de remboursement car ma raison n’est pas valable pour que l’on me redonne mes bidous. De 2, qu’on engage un truc qui rend hommage à un programme de télévision dont tout le monde s’en contre-crisse au lieu de booker un autre bon groupe, ça me fait suer. Il manque de bons groupes au Québec ou quoi? Déjà qu’il va y avoir le p’tit dude qui a poursuivi Mike Ward, c’est quoi son nom déjà? »

« On n’embarquera pas là-dedans, veux-tu? » dis-je.

Chapitre final : La tasse, déborde…

Il se lève, prend son verre de café. Il termine sa dernière gorgée et lâche un cri de guerre ravageur dans le restaurant. C’était digne d’un guerrier qui serait aussi un vampire, assoiffé de sang!

Le Starbucks cesse de parler, le calme plat. Tous sont stupéfaits par ce cri morbide.

Il veut quitter, je l’arrête avec aplomb.

En guise de conclusion, je lui dis : « Fait que. Bon Rockfest? »

Il se déprend de ma poigne facilement. Il continue sa marche. Juste avant de pousser la porte avec vigueur, il se retourne et me lance : « Mange de la marde, mon câlisse!»

Il enfourche son vélo avec maladresse, visiblement secoué, et se met à pédaler comme un forcené.

Haussement des épaules de ma part, je croque dans le muffin au chocolat que Bonerstein a laissé, à peine entamé. Je me dis que, d’ici au Rockfest, il pourra visionner la série Watatatow au complet, sur Prise 2

Épilogue, sur ce bogue…

Depuis jeudi, journée de ma rencontre avec Bonerstein, j’ai ça de pogné dans tête:

« C’est cool, carrément buzzant et pis c’est même trippant!

C’t’écoeurant c’que j’entends, capoté?

Déraper dans l’mille, c’est complètement débile!

Pas rapport, faites du vent!

Franchement, c’que j’veux dire, c’est l’fun au boute et pis c’est sharp à l’os!

Wo wo Max, well quelqu’un d’autre peu prendre ma place!

C’est Watata-TAIN! »

***

« A posse ad esse non valet consequentia »

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