Une histoire de Philip H. Anselmo (deuxième partie)

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[Les fois où] j’ai jasé de films d’horreur avec le « redneck » en chef de Pantera (avant qu’il ne me tire littéralement sur scène avec mon Kodak)

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Mais qu’est-ce qui est plus brutal que de se faire brasser la cage par un frontman métal en jasant de films d’horreur dans le backstage d’un méga-festival? Patience, on y arrive, ô toi jeune hocheur de tête, le métallurgiste en herbe ou le vieux poil déplumé du crâne qui se fait pousser les fav’s ou la barbe pour compenser – je ne me sens pas du tout visé.

[Mais pourquoi ce con de Kristof G. n’adresse pas l’histoire déplacée de janvier 2016 mettant en vedette Anselmo ? T’avais qu’à lire la première partie, l’gros.]

Suite à cette première rencontre à l’été 2013, qui fut aussi brève qu’intense (un petit 13 minutes bien tassé), j’étais resté un brin sur ma faim. Surtout que finalement, je me suis aperçu que le métal extrême des Illegals, j’avais plutôt de la difficulté à l’apprécier, en particulier sur album (alors que pas du tout ça ne sonne)… ça manque de groove, d’unité, de fun… bref, peut-être trop nihiliste pour moi. Peu importe, une discussion approfondie sur notre passion commune – le cinéma d’horreur d’Amérique du Nord, d’antan et d’ailleurs – se devait d’avoir lieu. C’était aussi clair qu’une Budweiser en fût vendue trop cher en festival extérieur. Et quand ça doit arriver, on s’arrange pour créer ou saisir l’opportunité.

Et cette dernière, elle a surgi presqu’exactement deux ans plus tard. Soit via l’annonce d’une lugubre et Halloweenesque tournée, The Blackest of the Black tour 2015, qui verrait Danzig arpenter les USA tout le mois d’octobre en compagnie de plusieurs groupes métalliques, dont Prong et le Superjoint d’Anselmo (anciennement Superjoint Ritual). Qui plus est, je n’avais jamais vu ces deux excellents derniers en concert. La seule date canadienne au calendrier était le 18 octobre, alors que de nombreux bus de tournée et leurs artisans allaient s’arrêter dans la ruelle bien crade qui ceinture l’arrière du Métropolis et des Foufounes Électriques.

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Comme le Housecore Horror Film Festival (cette année-là, l’organisation laissa tomber le ‘film’ de l’appellation sans réelle raison) allait tenir sa troisième édition, je me suis dit qu’étant nouvellement pigiste pour Rue Morgue, j’allais pouvoir « pitcher » l’idée d’une entrevue avec Anselmo au magazine. À mon avis, ce dernier est le meilleur et plus grand mensuel dédié à l’art horrifique. Comme les dates entre présente tournée et festival (du 12 au 15 novembre) étaient plus que rapprochées, il serait impossible de figurer dans l’édition imprimée ; qu’à cela ne tienne, l’article devrait figurer sur le site web. Le rédacteur en chef en poste accepta aussitôt, ce qui facilita ma demande d’entrevue, qui fut assez simple, possédant déjà les contacts dénichés deux ans auparavant.

Afin de joindre l’utile à l’agréable et de maximiser notre présence, j’ai pu obtenir une passe de photographe pour shooter le show (à l’exception de la prestation de Glenn Danzig, dont la petitesse et la bedaine ne semblent pas aimer les photos), histoire de pouvoir publier une petite galerie de clichés sur mon blogue pour Voir.ca par la suite. Ambidextre de partout, comme qu’y disent dans Hochelaga.

J’écrivais plus haut que ça n’avait pas été trop complexe d’obtenir une confirmation, mais j’ai menti. Ça a été en effet moins difficile, mais le sentier qui me mena au bus de luxe d’Anselmo fut tout de même un tantinet tortueux. D’abord, après avoir écrit à mon contact principal de jadis, une réponse automatisée m’informa que cette personne n’était plus à l’emploi de la boite depuis 6 mois. Ensuite, quelqu’un de la boite de relations publiques du Housecore festival en 2013 m’annonça que ce dernier ne faisait plus parti de leurs clients. Or, on m’a tout de même gentiment refilé l’adresse courriel de son agente, à laquelle j’envoyai ma demande en copiant l’adresse générique du festival. Ma requête fut rapidement transférée à leur nouvelle boite de comm, qui me répondit aussitôt par l’affirmative. Yé. À peine une vingtaine de courriels suffit à sécuriser un moment avec Anselmo. De la petite bière, comme on dit au Saguenay.

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Le jour J, en arrivant au Métropolis en fin d’après-midi, je fus accueilli par Kate, sa directrice de tournée (potin non-confirmé : la fille semblait être également la copine du chanteur), une fort sympathique jeune trentenaire, qui me fit entrer dans le bus, afin que je patiente dans l’espace salon, avec un couple de très relax techniciens du groupe qui regardaient un match sportif quelconque, avant que je puisse me rendre dans le fond du bus, dans les quartiers d’Anselmo. Lorsque le journaliste précédent eut terminé, Kate vint me chercher et me présenter. Rapidement, je pris mes aises sur la banquette, en rappelant au chanteur notre rencontre de 2013, dont le langage corporel confirmait qu’il n’en gardait qu’un vague souvenir. Assez normal, compte tenu de la quantité de gens (fans, journalistes, staff, etc.) qu’il doit rencontrer à chaque gig.

Le fait que ça sentait abondamment ― et assez peu subtilement ― la marijuana dans l’autocar n’était certainement pas étranger aux pertes de mémoire à court et moyen terme de la légende vivante… bien que relativement amorphe. Il semblait aussi fatigué (ou endormi) qu’enivré après avoir joyeusement fumé de l’herbe funny. Bien emmitouflé dans un gros hoodie, la théorie semblait vraisemblable, son phrasé au ralenti semblait pris dans un marécage embrumé, alors que son timbre de voix était autant graveleux qu’à l’accoutumé (non, ce gars-là ne chantera plus jamais de Heresy de Pantera).

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D’emblée, je me disais que j’allais devoir travailler fort dans les coins, afin de démontrer au colosse que je maîtrisais presque parfaitement le(s) sujet(s) ― autant sa tentaculaire œuvre musicale que son festival et le cinéma de genre au niveau global ― et que j’étais bien préparé. Je me disais que j’allais devoir faire preuve d’écoute et de répartie afin que cette rencontre passe de la simple entrevue en mode Q&A à une vraie conversation, toujours mon objectif premier. Car il y avait clairement un risque qu’il tombe endormi à tout moment (j’exagère quasiment pas).

D’emblée, lorsque je le questionnai sur l’absence du mot ‘film’ dans le nom du festival, à savoir si c’était un changement au niveau contenu (moins de films, plus de concerts), il soutint qu’il y était toujours. Lorsque j’insistai qu’il était bel et bien manquant sur les affiches promotionnelles ET le site web de l’événement, il eut l’air de penser que je le niaisais… ça partait mal. Fallait penser vite. Donc, rapidement, je plongeai dans le vif du sujet, la programmation. Comme une des affiches rendait hommage à celle du Dawn of the Dead originel et que le groupe Gobin allait performer sa trame sonore lors du festival, on jasa du groupe de prog italien. Il m’avoua que le premier score qu’il a vu joué live par Goblin fut celui d’un film « d’un réalisateur qui faisait de la porno cheap ». Il parlait de Buried Alive (alias Beyond the Darkness) de Joe D’Amato. Un film horrible selon Anselmo (« fuckin’ gruesome »). Il a raison.

On a jasé aussi d’Alan Ormsby, qui allait être l’un des invités du festival. Spontanément, je lui avouai adorer Deranged, sorti en 1974, et on était tous deux d’accord sur le fait que c’est l’un des meilleurs et plus fidèles films dérivés de l’histoire sordide d’Ed Gein (qui a également inspiré les Psycho, The Texas Chain Saw Massacre et Silence of the Lambs). On connectait… enfin! Je sautai ensuite sur l’œuvre du défunt réalisateur Bob Clark, un Canadien de surcroit. Anselmo avoua être un gros fan autant de Black Christmas que d’A Christmas Story, qu’il considère être « un excellent film ». Lorsqu’il a mentionné la fameuse lampe « jambe », je lui ai avoué que j’en avais besoin d’une chez moi, et Anselmo de rétorquer « tout le monde devrait en avoir une ! », avant qu’on éclate de rire. Du gros fun.

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En bon collectionneur, j’ai voulu évidemment en savoir plus sur sa collection. Il a bien quelques bobines de vieux classiques d’Universal (la version condensée de Frankenstein, entre autre), mais il possède principalement ses films en format DVD et VHS. Pour lui, avoir un VCR fonctionnel est important, « c’est comme avoir une table tournante », ajoutant que c’est son format préféré, qu’il adore le look, le grain du 35 mm sur lequel ont été la plupart de ses films favoris. Jusqu’à ce qu’il perde un cartable rempli de DVDs, il en apportait en tournée; il s’est depuis rabattu sur YouTube pour ses visionnements itinérants.

On parle ici de plus de 10 000 titres, en VHS pour la plupart. « À toutes les fois que je vais chez lui et que j’ouvre un garde-robe ou une penderie, il semble en avoir un millier de plus qui apparait; le plus épeurant est que malgré que rien ne soit classé en ordre alphabétique, il sait exactement où se trouve chacun de ses films… ça fait très Rainman », m’écrivait Mitchell en août 2013. Hélas, ce dernier allait quitter cette terre l’année suivante, à l’âge de 47 ans. Il fut  terrassé par une crise cardiaque au lendemain du dernier jour de la deuxième édition du festival qu’il a cofondé avec Anselmo. La biographie de ce dernier, sur laquelle le duo planchait depuis quelques années est maintenant chose du passé, Anselmo préférant attendre d’être (plus) vieux avant d’y repenser.

Sinon, parmi les moments inédits de l’entrevue, on a jasé de l’acteur derrière le Chop Top de Texas Chainsaw Massacre 2, qui a aussi joué le Otis de Rob Zombie (House of 1000 Corpses, The Devil’s Rejects). « J’ai vu Bill Moseley hier au Rock and Shock, où on a joué », avant d’ajouter qu’ils avaient enfin concrétisé leur projet musical, suite à trois ans d’insistance de Moseley. Il parlait de quatre pièces écrites et enregistrées en trois jours à peine. « C’est pas mal, assez différent, marrant et assez accrocheur, à sa manière… le gars sait chanter en plus ». Ça ressemble à quoi? Et ça n’a apparemment rien à voir avec Cornbugs, projet de Moseley et de ce guitariste plutôt cinglé appelé Buckethead. « Crois-le ou nom, mais ça rappelle Pentagram ». Donc, c’est plus tendance doom, avec des segments acoustiques, et Andrew Livingstone-Squires de King Parrot et Kevin Bond de Superjoint auraient également collaboré. Ça pourrait s’appeler Bill and Phil, Songs of Death and Despair. Mais ce n’est pas clair. On ignore quand ça sortira. Ou si ça sortira. On se croise les doigts.

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Au moment de notre rencontre, on venait d’annoncer Scour (le projet death/black incluant des membres de Pig Destroyer et Cattle Decapitation), bien qu’Anselmo n’avait même pas encore enregistré ses vocalises. « Man, c’est environ trois courriels échangés et là, c’est déjà cette grosse affaire (…) faut juste que je trouve une façon de sortir de ce que les gens s’attendent de moi, de trouver des sujets, le propos de ce groupe, trouver du temps aussi pour aller enregistrer, après la tournée… ». Il disait ne plus vouloir faire du black typique : « je l’ai déjà fait avec Necrophagia, Christ Inversion, Viking Crown… ». Lorsqu’interrogé sur ses bands black préférés, il cita « Deathspell Omega de France, un band incroyable; il y a aussi cet autre groupe qui fait de quoi de très innovateur, très différent, aussi de France, Glorior Belli, des bons gars, des potes ».

Évidemment, je n’allais pas me pointer là sans visionner LE film qu’il m’avait personnellement commandé de voir, deux ans auparavant, soit The House with Laughing Windows, de l’italien Pupi Avati (sorti en 1976). « Tu l’as vu finalement? », qu’Anselmo me demanda, lorsque je lui ai rappelé notre première rencontre. Je lui répondis par l’affirmative, que je l’avais beaucoup aimé, en particulier la trame sonore et le twist final, qui a dû en troubler plus d’un à l’époque, une dizaine d’année avant Sleepaway Camp (v.f. : Massacre au camp d’été), comme le climax semble en être inspiré. Et il était TOTALEMENT d’accord. Touché!

On a aussi jasé de feu-Lucio Fulci : « dans le débat entre qui est le meilleur entre Argento et Fulci, je suis plus Fulci (…) mon préféré c’est The House by the Cemetary ». En guise de retour de balancier, c’était à mon tour de lui suggérer un film, soit l’incroyable Conquest de Fulci, qu’il n’avait, à ma grande surprise, jamais vu. Il a été vendu lorsque je lui ai dit que c’était un film de capes et d’épée avec du gore, des serpents et des lasers. Je l’ai mis au défi de l’avoir vu si jamais on devait se revoir. Il accepta.

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Avant de le quitter (il devait faire une petite sieste, afin d’être top shape pour le show), comme je lui avais encore (je sais) fait dédicacer plusieurs albums, j’avais décidé de lui apporter un petit cadeau : un désodorisant à voiture (ou « car freshner », en bon français) en forme du frais-chié pestilentiel de l’affiche du film Anthropophageous de Joe d’Amato. Pour ceux et celle qui n’ont pas l’iconique image colorée de cet étrange barbu s’auto-dégustant les intestins en tête, eh bien, vous l’avez maintenant. « Je connais quelqu’un qui tuerait pour avoir ça », de lancer Anselmo en me remerciant. Après le petit selfie d’usage (qu’on dut refaire, comme il la trouva trop sombre), je lui ai dit à plus tard, que je le verrais depuis le « pit » à photo, car j’allais shooter le concert avec ma Canon Rebel.

« Oh yeah? I’ll pull you up! »

Euh… OK? Mais que voulait-il donc dire, avec son « je te tirerai »? Avait-il compris que je parlais du mosh pit, que je ferais du body surfing et qu’il m’attraperait au vol? Comme ça ne faisait pas trop de sens, je fis fît de sa finale promesse et l’oubliai jusqu’à un peu plus tard (on y arrive). Je sortis du bus avec une sourire grand comme ça, en racontant à Kate à quel point j’avais apprécié notre conversation de presqu’une heure et que j’avais hâte de shooter le band lors du concert, quelques heures plus tard. En même temps, arrivait son guitariste, Jimmy Bower (aussi de Down et Eyehategod), que je saluai avec un enthousiasme démesuré. Même si son regard (ou ses touffus sourcils ?) criait « t’es donc ben crinqué, man, calme toi donc, crisse… », je m’en foutais éperdument. Eille, je venais de passer une heure à jaser de films d’horreur avec le chanteur de Pantera. ‘Faut croire qu’on avait du fun, car initialement, ça ne devait durer qu’une trentaine de minutes.

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J’allai me calmer aux Foufounes Électriques avec quelques frettes, en attendant ma douce et ma troupe. Dès leur arrivée, je m’empressai de leur raconter mon après-midi. Par la suite, une fois au Métropolis, on attrapa le set de Prong (depuis 1986), le power trio de Tommy Victor (aussi chez Ministry), qui n’est plus que le seul membre original à bord. Prestation correcte minée par l’attitude minable du bassiste, qui semble croire qu’on lui devait de quoi, s’offusquant qu’il n’y avait pas d’action dans le pit, même s’il était très de bonne heure. Il nous a même brandit un doigt d’honneur ce petit connard. Pas grave, on le savait qu’Anselmo allait livrer la marchandise, tout en étant loin de se douter que Danzig et ses sbires allait foutre le bordel en fin de soirée; mais ça, c’est une autre histoire (celle qui raconte qu’un fan n’ayant pas respecté l’interdiction de photographier l’ex-Misfits de loup-garou s’est fait tabasser par l’entourage de ce dernier).

Dès que ce fut le moment, on alla s’installer à l’avant avec les autres photographes, afin de pouvoir photographier Superjoint, durant les trois premières chansons, comme le veux la tradition. En fait, c’est plus un règlement qu’autre chose. Pour la majorité des moyennes et grandes salles de spectacle, les photographes ayant reçu l’autorisation d’accéder à l’espace situé entre la scène et la barricade séparant fans et artistes, ou « photo pit », ne peuvent y être que durant un maximum de trois pièces, dépendamment des artistes. Superjoint débuta son set avec, Oblivious Maximus, la première de son premier album (Use Once and destroy, 2002), suivie d’une autre du même disque, soit The Alcoholik.

C’est justement pendant cette pièce qu’Anselmo se rendit compte que j’étais là, avec mon appareil, à quelques pieds de la scène. Aussitôt, c’était comme s’il avait verrouillé sa cible sur moi. Et il n’allait pas lâcher le morceau avant d’avoir tenu sa parole. Je vus à travers ma lentille qu’il m’avait reconnu, lorsqu’il me pointa son gros doigt direct dans l’obturateur en me faisant signe de me ramener. Ça s’est passé assez vite. Ça devait être entre deux couplets, comme il n’y avait pas de solo de guit’. Comme j’étais cinq pieds plus bas, il me tendit l’un de ses balèze bras, que je saisis de ma main droite, avant qu’il tente de me tirer sur la scène. En vain. Comme je tenais toujours mon appareil de la gauche, je n’avais pas de main libre pour m’aider à monter, ni de points d’appui pour y mettre les pieds. Lorsqu’il lâcha ma main, je déposai donc mon appareil sur la scène, agrippai de la gauche le rebord de la scène, pour ensuite rattraper de la droite la robuste paluche du gueulard, qui me tira avec l’aisance d’un portier des Fouf’s maitrisant un frêle soulon en fin de soirée.

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Et hop, j’étais sur la scène! Je ramassai rapidement mon appareil, alors qu’Anselmo me regardait, souriant de toutes ses dents, visiblement assez content de son coup. Me voyant visiblement un brin surpris et sonné de me retrouver à ses côtés, il lança dans ma direction un « come on shoot! », afin que je reprenne mes esprits. Ce que je fis, avant de me rendre du côté gauche de la scène, où étaient Kate (qui me souriait elle aussi) et l’un des techniciens avec qui j’avais brièvement jasé en après-midi. En voyant que je semblais peu à l’aise d’être là (je me contentais de shooter à distance, depuis mon nouvel emplacement, plus en marge), ce dernier m’assura qu’étant donné qu’Anselmo m’avait personnellement mis ici, je pouvais shooter de n’importe où. « Go! », qu’il me somma, ce qui me donna l’impulsion de profiter pleinement du moment. Ce n’est pas tous les jours qu’on a le droit d’être sur la scène du Métropolis, oh non.

Après la troisième chanson, comme ma présence sur scène ne semblait déranger personne, je me suis dit que continuerai de capter un paquet de moments normalement inaccessibles, en gros et moyen plan avec mon zoom (mes autres objectifs étant restés dans le pit), et ce, jusqu’à ce qu’on ne vienne me dire d’arrêter. Ce qui n’est pas arrivé. J’ai pu arpenter la scène de gauche à droite, en passant devant la batterie au pas de course et le dos voûté, pour ne pas trop déranger ceux qui avaient payé leur ticket pour la soirée. J’ai également eu accès à des points de vues inédits pour le fan moyen, qui doit normalement se contenter, au mieux, d’une vue depuis le devant de la scène. Il va sans dire que j’ai tiré de cette session d’excellentes photos.

Non, je n’ai jamais eu autant de fichiers JPEG à trier. Lorsque le concert fut terminé, j’attendis qu’Anselmo finisse ses salutations à la foule et qu’il passe près de moi, afin de pouvoir le remercier chaleureusement de m’avoir donné ce moment privilégié. Il me répondit par le large sourire teinté de fatigue du gars qui venait de livrer une performance toute en puissance.

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Or, j’ai bien peur que je ne saurai jamais si Anselmo a finalement visionné Conquest. Il est fort peu probable que je le rencontre à nouveau. Depuis cette journée, il a commis quelque chose de con et gros, le faisant hélas assez baisser dans mon estime, ce grand coco limite facho. Cet ortho qui aime trop la booze et le vino, et les jokes pas drôles qui blessent trop. Même si nous partageons plusieurs intérêts communs, je n’ai comme plus du tout le goût de le revoir. Peut-être seulement en show, je ne sais trop.

À la rédaction de ces lignes (à la fin octobre 2016), je n’avais même pas encore écouté l’album de Scour ni le nouveau Superjoint. Or, on a recommencé à écouter du Pantera, merci à Decibel, qui mis un peu de lumière sur cet épisode teinté de malsaine noirceur. On verra bien ce que l’avenir nous réservera.

D’ici là, ce que je souhaite à Anselmo, c’est qu’il fasse un vrai de vrai examen de conscience. Et qu’il réussisse à arrêter de consommer ; ça ne lui fait clairement pas et en plus, ce n’est pas trop bon pour la voix. Qui plus est, il devrait écouter le conseil de Scott Ian (guitariste d’Anthrax qui se trouve à être juif) : aller faire du bénévolat dans des organismes œuvrant contre le racisme, histoire de prouver qu’il est réellement de bonne foi. Car à force de s’excuser, on n’y croit plus trop, gars. Assumer, repentir, agir, faire de quoi.

Kristof G.

PHOTOS : KRISTOF G. (Superjoint live au Métropolis, 2015) 

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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