Une histoire de Philip H. Anselmo

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[Les fois où] j’ai jasé de films d’horreur avec le « redneck » en chef de Pantera (avant qu’il ne me tire littéralement sur scène avec mon Kodak)

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Ouin. Ça a pris pas mal de temps avant de me décider à mettre en mots cette inoubliable histoire, celle relatant ma relation amour/haine avec Philip H. Anselmo. C’est que les frasques de ce géant du métal (qui ont hélas rimé à au moins deux reprises avec scandale racial) sont trop souvent, disons, discutables. Il m’a d’abord fallu digérer le dernier faux pas public en lice mettant en vedette le pourtant versatile et fort compétent vocaliste, qui fut longtemps l’iconique leader du groupe Pantera. Alors que j’étais encore dans les vapes de mon extraordinaire deuxième (!) rencontre avec le gueulard, un uppercut en forme de clip me jeta sur le cul. En fait, c’est toute la scène métal qui subit, en quelques clics, une onde de choc colossale.

Quelque part en janvier 2016, une vidéo publiée sur YouTube devint rapidement virale. On y voit un Anselmo, visiblement éméché, après une prestation du Dimebash 2016 (spectacle honorant la mémoire de « Dimebag » Darrell Abbott, en compagnie de Dave Grohl et des gars de Slayer, Machine Head et Metallica, notamment), faisant non seulement le déplorable salut nazi, en plus de gueuler subséquemment « white power » en riant. Vraiment gênant. Fâchant. Voire même humiliant.

Un couple de jours plus tard, il publia une risible justification dans les commentaires de la vidéo sur YouTube ; il y expliquait que la bourde était en lien avec l’« inside joke » de la soirée, alors qu’on buvait du vin blanc en coulisses, blablabla, en ajoutant un nihiliste « no apologies from me ». Sérieux ? Vraiment drôle, l’gros. Ha ha. Pas super crédible, big. De vraies de vraies excuses suivirent quelques jours plus tard, après qu’il fut mitraillé de partout sur le web, par les médias, ses fans et ses pairs, dont Robb Flynn de Machine Head, qui ne s’est pas gêné pour en beurrer bien épais, oh non. Même si Anselmo avait l’air sincèrement repentant en exprimant ses regrets, le doute subsistait. Était-il réellement une saloperie de raciste, un indécrottable sudiste, un hostie de redneck white trash ou, en deuxième option, simplement un parfait trou d’cul, avec un humour clairement aussi aride que douteux ET un putain de problème de consommation ?

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Assez troublant, surtout quand t’es fan de l’œuvre du monument, depuis plus de 25 ans. Et que t’as eu non pas un mais bien deux moments ultra mémorables avec le gars. Cela dit, je suis maintenant un peu moins fâché et plus nuancé, suite à la lecture de l’entrevue frontispice du numéro de décembre 2016 du magazine américain Decibel (mis en ligne en octobre), qui tente d’expliquer sans pour autant excuser le geste aussi disgracieux qu’inapproprié. Ainsi, je penche maintenant vers la deuxième option susmentionnée : Anselmo est un gros connard d’alcolo sans jugement, sans pour autant être un suprémaciste blanc. Dans l’entrevue, il reconnait ses tors, regrette ses gestes, s’en excuse platement, tout en rappelant que plusieurs de ses potes et collègues sont d’origines diverses.

Eh oui, Anselmo a un guitariste à moitié noir (Kevin Bond; Superjoint), un batteur mexicain (Jose ‘Blue’ Gonzalez ; Superjoint, The Illegals) et un ex-guitariste iranien (Marzi Montazeri; The Illegals), alors que plusieurs de ses héros sont noirs ou juifs (Mike Tyson, Mel Brooks, Rod Sterling…). De plus, il l’a déjà payé assez cher sa niaiserie (shows annulés, lynchage public, honte internationale, etc.). Soit, comme ce talentueux abruti – qui serait sobre depuis Mardi Gras – me semble maintenait moins pire que je ne le croyais (en février 2016, alors qu’il venait de trahir et souiller mes souvenirs de nos « moments »), je me suis dit qu’il était enfin temps de te raconter ça, mon gars.

Débutons donc au commencement. Soit en 1992, lorsque j’ai reçu Vulgar Display of Power comme un coup de poing dans’ face, pareil comme sur sa pochette, après avoir vu le clip de la pièce This Love lors de l’émission SolidRok, diffusée à Musique Plus (une référence jadis). Un gars de ma classe m’avait bien fait écouter Cowboys from Hell quelques années auparavant mais le petit côté power metal à la Judas Priest m’était resté en travers de la gorge. Évidemment, Far Beyond Driven (que j’ai acheté le jour de sa sortie, soit le 22 mars 1994, au Archambault de Chicoutimi) a été ― et est toujours à l’écriture de ses lignes en 2016 ― l’album le plus heavy a avoir atterri au numéro 1 du Billboard direct en partant. La pole position. Assez incroyable. Fou malade. Et lâche moi avec le Black Album de Metallica, le soi-disant plus populaire album métal de l’univers, c’est du hard rock, gars.

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Toujours est-il que, depuis bien longtemps, malgré son magnétisme évident et son immense talent, on savait Anselmo autant cave et marrant que sanguin et (souvent) ignorant, alors que ses démons le menaient par le bout du nez pas mal en tout temps. On n’a rien qu’à visionner n’importe lequel des trois désopilants vidéos maison de ceux qu’on appelait les « Cowboys from Hell » pour s’en convaincre. Une bonne partie de la planète métal se souvient aussi de l’épisode fort médiatisé de l’Auditorium de Verdun, alors qu’en mars 1995, Anselmo s’est lancé, entre deux chansons, dans une longue diatribe très limite à saveur d’intolérance à l’endroit d’un agent de sécurité à la peau basanée. Pas très reluisant, non.

Néanmoins, il s’était alors excusé rapidement, en admettant ses tors publiquement (The Gazette en avait même fait mention). Au moins. Avec ma gang, on avait fait la veille l’aller-retour en autobus jaune pour monter voir Pantera au Colisée (avec Type O Negative qui ouvrait la tournée Far Beyond Driven) et on n’avait pas trop saisi quelles niaiseries il déblatérait lorsque point il ne chantait. On se souvient avoir cheeré lorsqu’il mit un drapeau du Québec (avec des fleurs de lys comme à New Orleans !) sur la batterie de Vinnie, après qu’un fan le lui ait lancé, mais c’est à peu près tout, étant les Saguenéens relativement unilingues et joyeusement imbibés qu’on était. En tous cas.

On pensait tous qu’Anselmo avait appris de ses erreurs, comme il le chantait si bien avec Down sur l’album II (2002) de son groupe de southern/stoner/classic rock, qui a inclut à un moment ou un autre, des membres de Pantera, Corrosion of Conformity, Crowbar et Eyehategod. Savez-vous pourquoi le 31 juillet 2002, Down n’a pas joué au Parc Jean Drapeau tel qu’annoncé, en compagnie d’entre autres Meshuggah et System of a Down? Au moment où ils devaient débuter leur set, une couple de membres de Down (Jimmy Bower et Pepper Keenan) sont montés sur scène pour annoncer qu’Anselmo s’était déchiré la cornée la veille en show avec son micro… Mon œil: des amis bien informés soutenaient qu’il avait été vu backstage et semblait assez intoxiqué merci. Mmmmm… OK? Sérieux. Heureusement que Down s’est repris en novembre, lors d’un on-ne-peut-plus épique passage au défunt Spectrum, avec une très fun compilation vidéo de leurs artistes préférés en guise de première partie.

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Toujours en 2002, dans une longue entrevue pour le mensuel américain Revolver, Anselmo avouait avoir été déclaré cliniquement mort à trois reprises (dont une overdose, backstage avec Pantera à Dallas en juillet 1996), tout en soutenant avoir stoppé depuis les drogues dures. « Never trust a junkie », comme le disait  jadis dans Just One Fix le très fiable (HAHA) Alien Jourgensen de Ministry. Surtout pas un qui a déjà dit avoir commencé à consommer de l’héroïne pour soulager ses maux de dos chroniques. On n’ira pas dans la psychanalyse, mais Anselmo (né d’une mère très jeune et d’un père pas trop présent) tentait fort probablement d’endormir une douleur beaucoup plus profonde. Une chose est claire, c’est que le dude n’avait pas arrêté la broue ni la boucane, lors de nos deux subséquentes rencontres. Car à jeun, il n’était vraiment pas, comme dirait Yoda. Oh que non mon gars. On y reviendra un peu plus bas.

Car il y a aussi l’horreur pure, qui l’a frappé droit au cœur. En décembre 2004, son ex-collègue Dimebag fut assassiné sous les yeux horrifié de son batteur de frère Vinnie Paul Abbott (ex-Pantera, Hellyeah), pendant un concert de leur nouveau groupe Damage Plan. Nouvelle réellement atroce, s’il en est une. On parle de quatre décès et de sept blessés au total. L’instable tueur (ex-militaire) aurait tenu responsable les frères Abbott de la séparation de Pantera, suite à la lecture d’une alors récente entrevue avec Anselmo, pour le magazine Metal Hammer. On doit avouer que ce dernier n’avait pas été très tendre à l’endroit du défunt guitariste : il y déclare que « physiquement, évidemment, [Dimebag] mérite d’être battu sévèrement »). Ouch. Le mauvais timing de ces déclarations plus que gratuites écorchèrent une fois de plus la réputation du chanteur suite à cet événement plus que tragique, et ce, même si les frères Abbott n’avaient pas non plus laissé leur place dans l’engueulade médiatique qui suivit la mort de Pantera.

Quelques années plus tard, on put revoir un Anselmo pétant le feu dans la métropole en 2007, alors que Down se produisit en ville deux fois plutôt qu’une. Soit au Centre Bell avec Megadeth et Sabbath époque Dio (renommé Heaven and Hell) et quelques mois plus tard tout seul au Métropolis. Les deux fois, il m’avait semblé moins en maudit, plus gentil. Plus zen, nus pieds sur scène, pas de haine dans le micro mais plutôt des interventions limite peace and love, yo. Bref, on aurait presque juré qu’il venait d’aller se faire baptiser ou lobotomiser. Cependant, la première fois que je, sous-signé, Kristof G., ai pu le rencontrer, fut en 2013 lors de son passage au festival Heavy Montreal avec son tout sauf doux projet solo.

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Lorsque j’ai eu vent que Philip H. Anselmo and the Illegals (son band solo) allait être en ville, je me suis dit que c’était ma chance de faire une pierre deux coups : rencontrer Anselmo pour l’interviewer sur son Housecore Horror Film Festival, et soumettre l’idée à Fangoria, l’iconique magazine américain spécialisé en horrifique cinéma. Le rédacteur en chef adora l’idée d’emblée et confirma son intérêt à publier mon futur papier dans le premier numéro de la version réanimée de sa publication sœur nommée Gorezone, qu’il allait relancer quelques mois plus tard.

J’allais pouvoir jaser de films de peur avec une légende du métal pour GZ #28. Je ca-po-tais. Son tout nouvel événement mêlant films d’horreur et concerts métalliques allait inclure plusieurs projections de films cultes (comme Evil Dead, Suspiria et plusieurs autres classiques du genre), ainsi que des concours de nombreux groupes, incluant GWAR, Goblin, Repulsion, Down et plusieurs signés sur l’étiquette d’Anselmo, Housecore Records. Évidemment, faire une demande d’entrevue pour un média imprimé et distribué à l’international, c’est, disons, assez convainquant. On nous prend au sérieux. Un peu plus, du moins. En particulier lorsque le sujet n’est pas commun. Clairement que la plupart des demandes d’entrevues avec Anselmo portent normalement sur sa musique, de son band solo à ses multiples autres projets, incluant bien évidemment son passé avec Pantera. Pas celle-là. Moi, j’y allais en tant que fan, incontestablement, mais surtout comme fanatique de cinéma de genre, des années 70 à aujourd’hui, autant américain qu’européen… bref, exactement dans la palette de goûts d’Anselmo.

Cependant, sachez qu’une rencontre avec ce genre de personnalité ― de la catégorie « connue mondialement » ― ne se cédule pas en criant « hollow » (haha) ou en envoyant un petit meeting Outlook avec une importance haute. Oh que non. Une bonne trentaine de courriels échangés plus tard, avec pas moins de quatre intervenants (en plus de Corey Mitchell, l’instigateur-organisateur du HHFF, une des relationnistes du Heavy Montreal, qui passa la puck à l’agente d’Anselmo et finalement sa tour manager), je figurais enfin dans l’horaire d’Anselmo, à 17h20 le lendemain, peu après son show avec son band solo.

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Lorsque le jour J arriva, le 11 août 2013, j’étais fin prêt, nerveux mais surtout assez excité. Man, j’allais rencontrer un de mes chanteurs métal préférés. Un des plus grands frontman du genre. Ça allait se passer près de la zone média sur le site du festival. Vous auriez dû voir l’ambiance dans le secteur, où une poignée de chanceux allaient pouvoir interviewer (brièvement) Anselmo. Je crois qu’on n’était que trois. J’étais le dernier sur la liste, juste après Jason Rockman de CHOM (aussi chanteur de Slaves on Dope). Il devait bien y avoir une bonne vingtaine d’autres journalistes dans les parages, dont les ti-gars de Boulevard Brutal. Tous me demandaient comment j’avais réussi ce coup de circuit, en espérant pouvoir apercevoir le monument et peut-être même lui serrer la main. La fébrilité était à son comble. Les mains moites pis toute.

Dès qu’on me signala que mon tour était enfin venu, on prit soin de m’avertir que je n’aurais qu’à peine plus de « 5 minutes (not really) alone » avec Anselmo et ses Illegals. Un petit 10 minute top chrono. La troupe, munie de canettes de Coors Light (ou l’équivalent), était assise autour d’une table à piquenique tout sauf privée. Tout le monde nous regardait jaser. C’était disons… assez… spécial de conduire une entrevue en ces circonstances. Or, ce fut tout de même très fun et ma treizaine de minutes a passé en un rien de temps. D’emblée, il m’a félicité pour mon franchement trash t-shirt de Cannibal Holocaust. Je l’avais évidemment fait exprès, t’sais. Ça partait salement bien. La programmation de son festival me semblait vraiment cool, et je connaissais pas mal tous les films qui y seraient présentés. Discuter des films gorissimes de Lucio Fulci ou des trames sonores de Goblin, c’était réellement du bonbon. Bref, on parlait le même langage et on a vite « bondé », comme y disent dans le sud.

Bien qu’il avait manifestement déjà descendu post-concert plusieurs petites cannettes de bière, ça ne l’empêchait pas d’être ultra chaleureux. Lorsqu’on vint nous dire que c’était hélas déjà terminé, même Anselmo m’avoua qu’il aurait préféré jaser de films d’horreur toute la soirée, avant que je ne lui fasse signer quelques albums (dont mon vinyle de Far Beyond Driven : « tu savais que c’est moi qui avait choisi cette pochette, avant qu’elle ne soit censurée ? »). Ensuite, il fut presqu’offusqué en apprenant que je n’avais jamais vu le film italien The House with Laughing Windows, qu’il me somma de visionner en m’empoignant solidement par le collet « You haven’t seen The House with Laughing Windows ? », qu’il me répéta par trois fois, en me secouant telle une vulgaire poupée, pendant que j’éclatais de rire comme un damné. Tellement surréel. Je n’en revenais juste pas.

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Quelques photos avec Klimbo plus tard, le chanteur nous a fait des câlins bien virils et même des gros bisous dans le cou (sans niaiser!) avant de nous quitter. Sur cette finale grand-guignolesque, je revins à moi (accompagné de Klimbo, Patrik et son Kodak), pour aller jaser de cette rencontre du troisième type avec Burn et Sebbrutal, qui étaient toujours à trois pas de là.  J’ai même pu avoir Anselmo au bout du fil une couple de semaines plus tard pour un petit quart d’heure supplémentaire, histoire de pouvoir discuter plus en profondeur des liens unissant horreur et métal, de cinéma italien (bis) et de ses prochains projets. De plus, j’avais même pu obtenir les commentaires du cinéaste ― et ami d’Anselmo ― Jim Van Bebber (The Manson Family, Deadbeat at Dawn), qui était invité festival, en plus d’un Q&A avec Mitchell (également auteur et journaliste métal pour Metalsucks), avec qui j’avais pu connecter sur Facebook. D’ailleurs, sans les manigances en coulisses de ce dernier, ça aurait fini en « phoner », ou entrevue téléphonique.

Le papier (2 pages !) fut publié tel qu’entendu dans ledit numéro 28 de Gorezone, que je reçus par la poste un bon trois mois plus tard. Enfin ! Évidemment, mes écrits furent édités, mais pas au point de perdre l’essence même de mon style, fort heureusement. Bref, j’étais pas mal fier de ce doublé (Anselmo + Fangoria’s Gorezone)… mais j’étais loin de me douter qu’une couple d’années plus tard, j’allais vivre quelque chose de bien plus brutal, mettant en vedette monsieur Anselmo.

Suite… demain !

Kristof G.

PHOTOS : KRISTOF G. (PHA and the Illegals, live au Heavy Montreal, 2013)

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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