Une histoire de Cradle of Filth

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’étant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[La fois où] j’ai foutu la chienne au chanteur de Cradle of Filth

Ben oui, chose. J’ai crissé la chienne ou―comme diraient les gars de Gojira―foutu les jetons du frontman de Cradle of Filth, un mec qui, le plus souvent possible, tente de tout son être d’effrayer le monde entier du haut de ses 5.5 pieds―à peine plus grand que la plantureuse Samantha Fox, alors que la rebondie Elvira ne le dépasse que de quelques centimètres. Quand même un poil absurde et surréaliste qu’un jovialiste aie fait peur au cabalistique Dani Filth… EN PLEIN JOUR en plus.

Eh oui, ça s’est passé par un beau samedi d’été en fin d’après-midi. Sur l’ensoleillée terrasse des Foufounes Électriques. Le 21 juillet 2001, plus précisément. D’emblée, des aveux : non, je n’ai jamais été un immense fan de Cradle (pour les intimes), alias le plus populaire groupe de black métal de la planète. Et ce, même si cette bande d’Anglais à géométrie variable (le chanteur est la seule constante depuis la fondation du groupe en 1991) donne un sacré show, tant sur les planches qu’en studio ou en vidéo. Du shock rock démoniaque au vitriol, avec les meilleurs t-shirts blasphématoires de l’histoire : comment oublier leur « JESUS IS A CUNT » imprimé le plus grand possible dans le dos d’un chandail mettant en vedette une topless nonne se faisant beaucoup trop de fun.

Et pour me faire mentir, au moment même où je rédige ces lignes, je suis en train d’headbanger comme un cinglé en me tapant pour une énième fois d’affilée mon seul album de combo, soit l’excellent Midian, leur 4e long jeu, sorti en 2000. Le fait que la galette soit un fabuleux hommage à l’œuvre de leur compatriote Clive Barker (en particulier à ses classiques Nightbreed et Hellraiser), romancier-parfois-réalisateur aussi horrifique que fantastique, y est évidemment pour quelque chose. Le susmentionné album a même un invité très particulier, soit monsieur Doug Bradley, l’acteur sous les clous du croquemitaine à tête d’épingle surnommé Pinhead. Ça et le caractère glorieux et galopant de bon nombre des mélodies du susmentionné CD, rappelant le bon vieux Maiden d’antan et plein d’autres affaires s’appréciant le poing en l’air.

Pinhead

Ce fameux samedi soir de juillet, les astres étaient parfaitement alignés. Comme si j’avais signé un pacte avec le Diable pour passer une si belle journée. Je voyais enfin en concert ce groupe déjà légendaire, qui promouvait un album impec, alors que dehors régnait un oppressant soleil de plomb : il devait bien faire 30 degrés Celsius à l’ombre. Ensuite, au Spectrum (RIP), malgré que l’astre enflammé ait été se coucher, c’était encore pire que dans un purgatoire sans climatisation. On se serait cru comme dans la fournaise à Freddy Krueger (ou comme dans le cul d’un ours, dixit les anciens de mon patelin saguenéen). Comme si l’enfer s’était déchaîné sur terre, pareil comme dans le troisième film de la franchise Hellraiser (celui avec Motörhead sur la trame sonore!).

Parlant de cinéma, heureusement que personne n’avait encore visionné cette infâme chose filmée intitulée Cradle of Fear (2001), une petite série B bien fauchée, grotesque et évidemment NSFW, lié par le sang à la bande de nos ménestrels sataniques préférés. Un film aussitôt sorti, aussitôt oublié, réalisé par ce tâcheron de Alex Chandon (responsable pour Inbred, un fromageux hommage à The Texas Chain Saw Massacre aperçu au festival Fantasia en 2012). Mais pourquoi ce long paragraphe portant sur un ennuyant bien que sanguinolent film à sketch de qualité VHS?

Je vous le donne en mille : Filth, ou Daniel Lloyd Davey pour sa mère,  joue l’un des rôles principaux de ce film qui allait sortir quelques semaines plus tard direct en vidéo. Qui plus est, même si plusieurs membres de sa troupe de l’époque se fendent également de quelconques caméos, et qu’une couple de leur pièces figurent sur la B.O. (dont la puissante Lord Abortion), rien de justifie réellement son visionnement, sauf peut-être l’argument du « so bad it’s good » ou de la curiosité morbide. Ou encore un petit côté maso. M’enfin, vous ferez bien ce que vous voudrez, si vous avez une couple d’heure à tuer. Fin de la parenthèse série B nulle à chier.

DaniFEAR

Même si Bradley n’était pas sur la tournée, on put tout de même entendre les pistes de sa terrible et véhémente voix tonner à travers les hauts parleurs de la salle ce soir-là. Ça faisait monstrueusement bien la job, comme qu’y disent. Surtout avec des succubes contorsionnistes cornues, sur échasses et vêtues de lycra rouge comme accompagnement visuel. Qui plus est, avant même de s’engouffrer dans la pénombre de la salle de spectacle, on avait pu brièvement croiser la route des cosplayers cénobites formant Cradle of Filth, qui ont trinqué à peine à quelques pieds de nous et pendant un bon moment, avant d’aller livrer un rutilant concert qui surpassa nos attentes les plus exigeantes. Sérieux, que demander de mieux? En ressortant peu avant minuit de la salle de spectacle, nos visages affichaient des sourires déments, tels ceux des pécheurs ayant survécus à un séjour dans les profondeurs des ténèbres.

Rembobinons donc la cassette, afin de mettre un peu de lumière sur cette rencontre plutôt singulière. Une demi-douzaine d’heure plus tôt, nous étions assis ‘confortablement’ sur le mobilier de plastoc de la terrasse des Foufounes Électriques. On n’était pas trop pressés de bouger, parce qu’on se foutait pas mal des premiers groupes qui joueraient ce soir-là (God Forbid et Kralizec) et que, de toute façon, la terrasse de cette institution de la culture underground montréalaise, c’était un peu notre deuxième maison, à l’époque (ah, la vingtaine!).

Toujours est-il que durant notre suintant 5 @ 7 passé à se rafraîchir le gosier à grand coup de petites 50 bien frettes sous un soleil de plomb, on remarqua l’arrivée d’une bande d’anglos à l’accent britannique et au look très métal : rien que du jeans et/ou cuir clouté, aussi  noir que ton âme, bien évidemment. Rapidement, parmi la dizaine de métalleux, on reconnut le petit homme aux verres contacts immaculés, comme ne sont pas légions ceux arborant ce genre d’accessoires à ce temps-là de l’année, plusieurs lunes restant à arriver avant que le 31 octobre ne daigne se pointer.

« C’est ben maudit, les gars de Cradle of Filth dans notre bar favori, faut fêter ça » qu’on s’est aussitôt dit avant de beugler « à boire tavernier! » (ou quelque chose du genre) à notre serveuse attitrée. Comme on était tous trop gênés pour aller parler au groupe, une fort appropriée bière Maudite de chez Unibroue fut tout de même envoyée à monsieur Saleté, en guise d’offrande. Bien qu’à priori flatté et agréablement surpris, ce dernier n’en but qu’une gorgée avant de grimacer, pour ensuite la faire circuler parmi sa clique. Hélas, le groupe n’apprécia que le diable figurant sur l’étiquette, étant vraisemblablement habitués à de la petite ale anglaise faible en alcool. Que voulez vous.

CoF-Midian

Je me décidai enfin à aller serrer la pince du vocaliste, comme ce n’est pas tous les jours que des artistes de cette trempe se produisant en ville passent à « mon » bar d’aller performer (habituellement, c’est plus aux alentours de minuit que ça se produit―on s’en reparlera dans une prochaine chronique, promis). En arrivant depuis l’arrière de la terrasse, je m’arrêtai à côté de lui, m’accroupi (afin d’être à sa hauteur, car je le dépasse d’une couple de tête, oui), pour lui demander s’il pouvait me crayonner son nom sur mon billet de spectacle (faute de mieux, comme une pochette d’album), histoire de le personnaliser, le rendre unique… bref, pour mieux se souvenir du moment, car la mémoire est une faculté qui oublie, non?

En sursautant au moins aussi haut que sa propre diminutive altitude, le ti-Filth me beuglant un…

« MAN! YOU SCARED THE SHIT OUT OF ME!! »

…on-ne-peut-plus stupéfié, avec ses yeux de possédés en mode écarquillés, tel une Wendy lorsque poursuivie par un Jack voulant l’hacher menue dans les corridors d’un gigantesque hôtel (vous savez lequel), avant d’éclater d’un rire franc et peu rancunier.

Car vous vous doutiez bien que le trippeux de chemises hawaiiennes que je suis ne l’avait pas fait exprès, étant d’un naturel tout sauf épeurant, et ce, pas mal en tout temps, hein ? Inintentionnel, mais non moins sensationnel. Le gueulard ne m’avait clairement pas vu venir malgré le soleil, je devais être dans son angle mort, ‘faut croire. Ses lentilles de contacts « blancs épeurant » ne devaient pas aider, mettons. Shit, il s’est presque chié dessus!

Évidemment, je m’excusai platement, un tantinet gêné (quoique diablement amusé par l’absurdité de la chose), avant de changer de sujet, pour lui mentionner que c’était ben l’fun de prendre quelques broues sur la même terrasse que lui et son groupe, surtout avant d’aller les voir sur scène le même soir. Je lui confirmai également que la grosse bouteille de Maudite (qui trônait encore beaucoup trop pleine au milieu de leur table) lui avait été offerte par un pote à moi, que je pointai du doigt pendant que Filth le remercia d’un hochement de tête.

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Une poignée de main et un coup de crayon Bic bleu plus tard (après que j’eus la confirmation que le groupe jouerait la délicieuse Lord Abortion), je repartis m’assoir avec mes potes, afin de leur raconter la marrante petite frousse de Filth. Je ne sais pas du tout pourquoi diantre notre chantre était si stressé, plusieurs heures avant le lever du rideau, lui qui avait au moins une dizaine d’année d’expérience. M’enfin. Je suis peut-être un ninja au pas feutré qui s’ignore, tiens. Ou étais-je encore une fois entré dans une bulle trop grande, comme celle de Brent ? Lorsque j’ai recroisé Filth dans l’escalier menant aux poisseuses toilettes souterraines des Fouf, on s’est souri, complices d’un instant dont je vais me souvenir longtemps. Cradle of Fear, qu’y disaient…

Kristof G.

PHOTOS : KRISTOF G.

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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