Entrevue avec Niklas Kvarforth de Shining

Shining

Niklas Kvarforth et son groupe Shining, provoquent et sèment la controverse avec son black métal suicidaire depuis 1996. Et Niklas est tout un personnage. Depuis que je fais des entrevues pour Boulevard Brutal, il faisait partie de ceux avec qui je tenais absolument à avoir un entretien. La discussion porte sur le nouvel album (IX: Everyone, Everything, Everywhere, Ends), l’automutilation, le steak et l’entrejambe féminin… Bref, tu vas aimer ça. Question d’horaire, je n’ai pas pu parler physiquement avec Niklas, donc je lui ai envoyé une série de questions par courriel et j’ai traduit ses réponses. Toutefois, j’ai pris la peine de mettre la version originale anglaise de l’échange en bas de page.

Boulevard Brutal: Tu étais à Montréal récemment lors de la Messe Des Morts. Comment fut le spectacle et en quoi le public canadien est-il différent du public européen?

Niklas Kvarforth: Jouer à Montréal fut vraiment une bonne expérience, bien meilleure à ce quoi on s’attendait. Je dois admettre que c’était bizarre de jouer avec un autre batteur (Rainer « Raikku » Tuomikanto, batteur de la formation suédoise, n’avait pas le droit d’entrer au Canada), mais heureusement Jarle Byberg, qui a joué avec nous il y a quelques années, est très professionnel et nous n’avons pas eu besoin de pratiquer avant le spectacle. Le public canadien est très différent du public européen mais dans le bon sens du terme. Et comme il y a des tonnes de gens qui n’attendent que de nous voir dominer l’Amérique du Nord, j’espère que ça va nous aider à étendre notre croisade dans votre coin de pays.

Boulevard Brutal: Quand tu as fondé Shining, croyais-tu alors que tu serais toujours bel et bien vivant en 2015?

Niklas Kvarforth: Je ne croyais certainement pas que je serais encore vivant, mais quelconque personne étant pessimiste pense de la même manière à un plus jeune âge. Pour ce qui est d’être «bien», je dirais que c’est plutôt exagéré…

Boulevard Brutal: Tu as eu des problèmes de santé récemment et tu as réduit ta consommation d’alcool… Serais-tu capable de faire un spectacle sans ta légendaire bouteille de Jack Daniel’s?

Niklas Kvarforth: Je n’ai jamais vraiment aimé le bourbon, je suis plus du type whisky, préférablement du whisky d’Islay. Toutefois pour une raison quelconque, j’ai toujours préféré une bouteille de Jack sur scène contrairement à une bouteille de Laphroaig par exemple. Le Laphroaig me fait chanter terriblement mal… Mais oui, pour résumer, je bois beaucoup moins ces temps-ci, seulement en tournée pour être capable de vivre entouré de gens, ainsi que les rares occasions où je me fais servir un surlonge de steak médium-saignant…

Boulevard Brutal: Shining a une image plutôt controversée. Penses-tu que ça jette une ombre sur votre musique?

Niklas Kvarforth: Je crois qu’effectivement ce ne fut pas à notre avantage à date… Mais encore là, il y a une raison derrière tout ce que nous faisons, ce que certains voient comme de la «controverse», contrairement à moi. Toutefois, tout ça constitue la base même de Shining.

Boulevard Brutal: Félicitations pour le nouvel album (IX: Everyone, Everything, Everywhere, Ends), c’est un disque très intense mais beau en même temps… Comment se déroule la composition d’un album de Shining et est-ce vraiment aussi douloureux que ça en à l’air?

Niklas Kvarforth: Tout d’abord, merci. L’écriture se passe toujours différemment d’un album à l’autre à plusieurs points, mais la base demeure toujours la même. Je crois sincèrement au cliché que chaque grand art est créé à partir de souffrance et je suis aussi du genre à croire qu’il est possible de déceler si cette dite souffrance est authentique ou non en quelques minutes, juste à prêter l’oreille à une quelconque musique qui joue. Donc je te dirais que oui, le processus créatif est douloureux, tellement qu’on en a fait un film…

Boulevard Brutal: Pour les textes, qu’est-ce qui t’inspire, particulièrement pour le nouvel album?

Niklas Kvarforth: Les paroles de Shining ont toujours été un fil rouge et ce depuis les débuts du groupe. Toutefois chacun de nous évolue, alors je dirais que mes textes sont peut-être un peu moins abstraits depuis les deux ou trois derniers albums. La ligne directrice des textes de Shining est la glorification de tout ce qui est négatif dans ce monde de merde dans lequel on vit, avec comme but de placer l’auditeur dans le même état que moi lors de l’écriture. Sur le dernier album toutefois, les textes ont abouti un peu plus hostile et sinistre qu’à l’habitude, mais j’imagine que c’était difficile de faire autrement, considérant les circonstances dans lesquelles elles ont été écrites.

Boulevard Brutal: Comment te prépares-tu avant un spectacle? Es-tu nerveux avant d’embarquer sur scène?

Niklas Kvarforth: Il y a certains rituels que je dois faire avant mon entrée sur scène, mais je ne me sens pas à l’aise d’en discuter publiquement. Évidemment il y a toujours cette anticipation un peu nerveuse avant une prestation, mais je serais honnêtement encore plus nerveux si je ne la ressentais pas.

Boulevard Brutal: Tu t’automutiles sur scène. Ressens-tu un plaisir en faisant ça ? Si oui, comment l’expliqueras-tu?

Niklas Kvarforth: Je n’ai jamais ressenti de plaisir à m’automutiler et si c’était le cas, cela irait directement en contradiction avec tout ce que je crois ainsi que le message que je m’efforce de livrer à mon public.

Boulevard Brutal: Quelle serait ta définition du «bonheur»?

Niklas Kvarforth: Ça pourrait être un bon steak, boire un bon verre de vin, ou lécher une chatte (pussy) fraîchement rasée. Ça dépend toujours du moment. Mais pour répondre globalement à une question très difficile à répondre, je te dirais que le sentiment du devoir accompli est ce qui se rapproche le plus du vrai bonheur à mon avis.

Boulevard Brutal: Tu dis avoir une haine envers l’humanité, ressens-tu la même haine envers ton public?

Niklas Kvarforth: Être un fan de Shining ne veut pas dire nécessairement que je te hais, comme bien des gens semblent le croire. Mais je m’oppose à tout être vivant à part quelques rares, très rares exceptions. Donc évidemment, que tu sois fan ou non du groupe, tu me dégoûtes juste par le fait d’être un organisme vivant qui respire.

Boulevard Brutal: Tu mentionnes que le groupe a passé à travers une période difficile durant les deux dernières années et que dans une telle situation, la plupart des groupes auraient abandonné… Que s’est-il passé exactement?

Niklas Kvarforth: Je disais qu’il y avait un documentaire sur l’enregistrement du dernier disque, alors concernant ce sujet, je vais laisser la chance à ceux qui sont toujours en vie de le constater de leurs propres yeux…

Boulevard Brutal: Tu as mentionné récemment que tu étais absolument incapable d’entendre la chanson Framtidsutsikter (tirée du nouvel album) mais que pourtant tu allais la jouer en spectacle… En quoi est-ce si difficile de l’entendre et comment est l’expérience de la faire sur scène?

Niklas Kvarforth: Nous ne l’avons pas encore fait en spectacle, alors il est impossible de répondre à ta question. Mais oui, cette chanson possède un côté intime plutôt pervers envers moi personnellement, donc la faire sur scène sera très difficile, mais je vais m’essayer. Ça pourrait donner quelque chose de très intéressant.

Boulevard Brutal: Avec Shining, tu essaies de blesser mentalement ton auditoire… As-tu peur qu’un jour ta propre musique te blesse?

Niklas Kvarforth: Ma musique a commencé à me blesser personnellement en 1996. Comment serait-il possible de blesser les autres sans avoir commencé par soi-même? Qui peut écrire un poème sur la mer sans l’avoir déjà vu? Ça se passe d’explication, et je considère cela comme un léger sacrifice considérant le nombre de dommages que nous avons effectué jusqu’à présent…

Boulevard Brutal: Tu as fondé le groupe alors que tu n’avais que 14 ans (31 aujourd’hui). Étais-tu déjà attiré par le côté sombre des choses à cet âge?

Niklas Kvarforth: J’avais 12 ans en fait. Tous les gens, qu’importe ce qu’ils disent ou font, sont d’une manière ou d’une autre attirés par le côté sombre de la vie. Rarement le sont-ils d’une manière aussi extravagante que la mienne toutefois. Mais cette noirceur peut tous nous attirer parfois, spécialement les jeunes quand ils se voient confrontés à faire un choix de vie. Nous sommes tous des déviants sexuels à la base, tout le monde retire quelque chose d’un film d’horreur à un certain moment de leur vie également. La liste d’exemples est sans fin, c’est juste que moi, j’en ai fait ma priorité.

Boulevard Brutal: Est-ce que ton projet Skitliv (avec Maniac, ex-Mayhem) est toujours vivant?

Niklas Kvarforth: Oui.

Boulevard Brutal: Tu ne considères pas Shining comme un groupe de black métal… Alors comment décrirais-tu votre musique?

Niklas Kvarforth: Une représentation auditive de la noirceur schizoïde de la vie de tous les jours.

Boulevard Brutal: Dernière question: Tu fais carrière depuis relativement longtemps, quel serait le point fort et le point faible de ce parcours selon toi?

Niklas Kvarforth: Des points faibles, il y en a eu, ça je peux te le dire. Mais étonnamment, beaucoup de points forts aussi… Mais je ne tiens pas à «spoiler» ceux qui veulent voir le documentaire qui s’en vient bientôt…

Boulevard Brutal: Un mot pour tes fans du Québec?

Niklas Kvarforth: J’espère que l’on va se revoir bientôt. En attendant, assurez-vous de vous procurer le nouvel album and supportez-nous en achetant notre marchandise sur notre site web.

www.shiningasylum.net

www.shininglegions.net

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VERSION ANGLAISE

Boulevard Brutal: You were in Montreal recently as part of the Messe Des Morts festival. How was the show and how different is a canadian crowd vs a European crowd?

Niklas Kvarforth: Playing in Montreal was truly a good experience, way better than anyone of us had anticipated. I have to admit it was quite weird to have a stand-in drummer for Raikku as he couldn’t enter your country, but luckily Jarle Byberg, who used to play with us a few years back, is as professional as one can get and therefore no rehearsals were needed. The Canadian crowd differs quite a lot from the ones in Europe, in a good way, as there have been tons of people waiting to see us dominate the North American territory, and hopefully this means we’ll be able to expand our crusade further into other close-by regions as well.

Boulevard Brutal: When you first started Shining, did you think you’d still be alive and well in 2015?

Niklas Kvarforth: I certainly did not believe I would be alive, but then again no one who is pessimistic in nature does that when being a minor. As for being « well », that’s quite a bit of an exaggeration I would say.

Boulevard Brutal: You had some health issues recently and said that you slowed down on alcohol… Would you be able to perform live though without your legendary bottle of Jack Daniels?

Niklas Kvarforth: 
I have actually never really liked bourbon, I am more of a whisky guy, preferably Islay whisky. Nonetheless, for some reason I have always preferred the Jack bottle while performing as a bottle of Laphroaig for example would probably make me sing terribly. But yeah, to sum up, I don’t drink much these days, only when touring to be able to cope with being around people and the rare occasions when I am being served a medium rare sirloin steak.

Boulevard Brutal: Shining has quite a controversial image, do you think that it creates a shadow on your music?

Niklas Kvarforth: It has definitely not been to our advantage but then again, there is a purpose and an ideal behind what we are doing and thus, what some might label as being « controversial », which I don’t, is the foundation of this band.

Boulevard Brutal: Congratulations for IX: Everyone, Everything, Everywhere, Ends, it’s really intense but beautiful at the same time… What’s the songwriting process for a Shining album? Is your music that painful to write?

Niklas Kvarforth: First of all, thank you. The song-writing process always differs from album to album in several ways, but obviously the core remain the same. I strongly believe in the cliché that all great art is created out of suffering, and I also believe one can easily tell if that suffering is genuine or not in a matter of minutes by simply lending your ear to whatever album. So my answer is yes, my creative process is a truly painful one, so painful that there is even a movie being made about it.

Boulevard Brutal: Lyrically, what influences you, especially for the new album?

Niklas Kvarforth: 
Shining’s lyrical themes have always been pretty much a red thread since the debut single. However, one obviously evolves and I would say that I’ve managed to write some less abstract lyrics for the last couple of albums. Shining’s lyrics mostly deal with the glorification of everything negative in this disgusting world of ours, trying to put the listener in the same mood as I myself was in when writing them. On the new album though, the lyrics ended up with a slightly more hostile and sinister edge than usual, but I guess that was unavoidable considering the circumstances under which they were written.

Boulevard Brutal: Do you still feel pleasure in mutilating yourself? If so, how would you explain that?

Niklas Kvarforth: I have never felt pleasure in mutilating myself, which if I did, would contradict essentially everything I believe in and more importantly the message I am trying to force-feed the listener.

Boulevard Brutal: 

How do you get prepared to get on stage? Do you feel nervous before a gig?

Niklas Kvarforth: There are a few ritualistic things I need to do before going on stage, but I don’t feel comfortable discussing those things in public. Obviously there is always a small sense of nervous anticipation in the air till the moment before it starts, and I would honestly feel even more nervous if I didn’t.

Boulevard Brutal: 

What would be your definition of «hapiness»?

Niklas Kvarforth: It could be feasting on a good steak, sipping a good glass of wine or even licking a newly shaved pussy. It all depends on the moment. But to give a universal answer to a very difficult question, I would say that having accomplished something must be the closest thing to true happiness in my opinion.

Boulevard Brutal: You claim to have hatred towards humanity, do you feel the same hatred towards your fans?

Niklas Kvarforth: Being a fan of Shining does not mean I hate you, as some tend to believe. I do oppose all forms of living creatures with a few, and then I mean very, very few exceptions, so obviously, whether you are a fan or not, you still disgust me for being a living and breathing organism.

Boulevard Brutal: You mentioned that the band went through tough times in the last couple years and that most bands would have quit… What happened exactly?

Niklas Kvarforth: The said documentary is based around that very subject so I’ll leave to those who are still around when it’s released to find out by watching it.

Boulevard Brutal: You said that the song Framtidsutsikter is unfucking bearable to hear, but you’re playing it live. Tell me why it’s so unbearable and how is the experience of playing it live.

Niklas Kvarforth: We haven’t played it live yet so I cannot answer that question. But yeah, the song has an almost perverse intimacy for me personally lyrically, so therefore performing it on stage will be very hard, but I’ll definitely give it a try. Could be quite interesting.

Boulevard Brutal: With Shining, you’re trying to mentally injure people… Are you afraid that your own music might mentally injure you one day?

Niklas Kvarforth: It began injuring me back in 1996. How would anyone be able to injure others without first being injured oneself? Who can write a poem about the sea without ever having seen the sea? It’s self-explanatory and a small sacrifice in my opinion considering the damage we’ve created till this point in time.

Boulevard Brutal: 

You started the band when you were only 14… Were you attracted to dark stuff already at such a young age?

Niklas Kvarforth: 
I was actually twelve. Everyone, no matter what they may say or think, is, in one way or the other, attracted to the darker side of life. Of course, it’s seldom that it manifests in such extravagance as it does in my case perhaps but the darkness does attract us all at times, especially in one’s younger years when we stand at those crossroads making on choices on how to live our life. We are all sexual deviants when you scratch the surface, everyone enjoys the thrill of a horror movie at some point in their lives. The list is endless, I just happen to have made it my priority.

Boulevard Brutal: 

You don’t consider Shining to be a black metal band… How would you describe your music?

Niklas Kvarforth: An audial representation of the schizoid darkness of everyday life.

Boulevard Brutal: 

Is Skitliv still alive?

Niklas Kvarforth: 
Yes.

Boulevard Brutal: Last question : You’ve been in the music business for quite a long time now, so what would be your highest and lowest point in your career so far?

Niklas Kvarforth: There are a lot of lows I can tell you that, and surprisingly quite a few ups as well. But discussing the subject in any detail might spoil the fun for those who want to see the upcoming documentary.

Boulevard Brutal: Any word for your fans in Québec, Canada?

Niklas Kvarforth: Hopefully we’ll meet again in a not too distant future. Meanwhile, make sure to get a copy of the new album and support us by ordering your merchandise at our webshop.

Tu peux me suivre sur Twitter ICI!!!!

There are 4 comments

  1. Le Best Ov 2015 de Steve Dallaire | Boulevard Brutal

    […] Niklas Kvarforth provoque, on le sait tous. Mais derrière cette façade se cache un compositeur exceptionnel et le dernier album le prouve encore une fois. Il faut être dans le mood toutefois. Dépressif en crucifix. Et Niklas remporte la palme de l’entrevue la plus fuckée que j’ai faite en 2015. Tu peux la lire ici. […]

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