Entrevue avec Eric Forrest (E-Force, ex-Voivod)

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Le nom Eric Forrest te dit sûrement quelque chose. Le gars originaire de Toronto roule sa bosse avec son groupe E-Force depuis déjà 2001. J’ai appris d’ailleurs en exclusivité que le nouvel album intitulé Demonikhol sortira en juin prochain. J’ai eu la chance d’en entendre un extrait et ça bûche en baptême!!! Mais Forrest est aussi reconnu pour avoir été le chanteur/bassiste de la formation québécoise Voivod de 1994 à 2001. Outre un disque «live» et une compilation, Forrest a participé à deux classiques plutôt méconnus du groupe, soit Negatron et Phobos. Donc on a parlé pendant plus d’une heure (!?), Eric étant un type extrêmement sympathique qui a pris le temps de répondre à mes nombreuses questions. Voici un condensé de notre entretien. Enjoy dude.

Boulevard Brutal: Eric, E-Force a sorti l’album The Curse (Of The Cunt) l’an dernier et j’apprends ce matin que tu as déjà un nouveau disque à sortir bientôt… Ça s’est fait vite tout ça!

Eric Forrest: Oui en effet. Mais je dois préciser que j’ai dû retirer le «Of The Cunt» du titre original parce que la compagnie de disques m’a forcé à le faire, j’ai donc dû faire un compromis. Mais c’est le titre de la dernière chanson de l’album. Et la pochette dit tout tsé… Donc oui, déjà un nouveau disque qui s’intitule Demonikhol et qui sortira en juin en Amérique.

Boulevard Brutal: À quoi peut-on s’attendre de Demonikhol? C’est un album-concept je crois…

Eric Forrest: Oui, comme The Curse d’ailleurs… Le concept est cette fois-ci basé sur l’alcool. Pas juste sur le fait de prendre de l’alcool dans un party… Je veux que les gens en tirent leur propre conclusion, mais ça traite des bons et des mauvais côtés. Exemple, un gars qui se saoule la gueule et tue quelqu’un en voiture, le lendemain va être plutôt difficile, tsé… Musicalement, ça va encore être très heavy. J’ai plusieurs invités sur le disque, j’avais d’ailleurs Glen Drover (Megadeth, King Diamond) sur le dernier. Sur celui-ci j’ai invité pleins de guitaristes pour faire les solos. On y retrouve des gars de talent dont Vincent Agar (Yotangor, Lust), Tomáš Skořepa (Exorcizphobia), le guitariste néo-classique Antonello Gilliberto, Dan Baune (Monument) et Rob Urbinati (Sacrifice) qui a remplacé Dan Lauzon (Entropy). La chanson Debauchery parle un peu d’ailleurs de mon amitié avec Dan (rires). Donc ça va sonner comme du black-thrash, thrash ‘n’ roll, dur à dire en fait.

Boulevard Brutal: Tu as créé E-Force ici en 2001 et quelques années plus tard, tu as quitté pour la France… Heu… Pourquoi la France???

Eric Forrest: (Hésitation)… Je vais être honnête. J’avais beaucoup de difficultés à survivre à Montréal pendant cette période. J’ai eu l’opportunité de partir et je l’ai fait. J’aurais pu retourner en Ontario mais j’ai choisi la France. Quand je faisais des tournées avec Voivod en Europe, la réception était incroyable. Et ça m’aide aussi avec E-Force, on a visité 18 pays en tout à date. Je ne dirais pas que c’est nécessairement plus facile en Europe, mais à chaque sortie d’album, on réussit à faire au moins 35 spectacles, ce qui est quand même pas mauvais. Faire ça au Canada est difficile au niveau des coûts. Tsé engager des agences de promotions et tout le reste… Je fais ma business d’une manière underground, disons-le. Je fais tout moi-même. Plus facile comme ça.

Boulevard Brutal: Penses-tu qu’il y juste trop de bands en ce moment?

Eric Forrest: Fuck… Oui!!! Il y a juste trop de trucs qui sonnent pareil. Il y a tellement de genres et sous-genres maintenant comparé à il y a 20 ans que c’est impossible de tout suivre ça. Je t’avoue que je n’écoute pas beaucoup de nouvelle musique depuis quelques années.

Boulevard Brutal: En tant que musicien, es-tu capable de vivre de ta musique? Je sais que tu as un groupe de covers aussi (Lust)…

Eric Forrest: En fait j’en ai plusieurs!!! (rires) Je fais des reprises de Jimi Hendrix, AC/DC, Pink Floyd, Deep Purple, ZZ Top… J’ai pas le choix de faire ça pour survivre.

Boulevard Brutal: En écoutant la toune Debauchery tout à l’heure, je me disais que tu aurais la voix parfaite pour faire du black métal…

Eric Forrest: Un projet avec d’autres musiciens pourrait être intéressant… Je fais des trucs musicaux assez épiques avec ma blonde aussi. Je ne sais pas si tu connais Project: Failing Flesh? C’est un projet auquel j’ai participé avec deux gars de la Virginie, les frères Tim et Kevin, qui mélange le métal et l’industriel, c’est complètement débile! Tu te dois t’entendre ça, man. Ces gars-là font plein de trucs, ils ont même fait la trame sonore de Twilight! Project: Failing Flesh est sans contredit un des projets dont je suis le plus fier.


Boulevard Brutal: E-Force sonne vraiment comme les albums de Voivod sur lesquels tu as travaillé. As-tu écrit beaucoup pour Negatron et Phobos?

Eric Forrest: Oui, et ça s’est fait naturellement. J’ai fait ce que j’ai toujours fait tsé. Il n’y avait aucune stratégie derrière ce qu’on écrivait… Donc effectivement E-Force sonne comme du Voivod parce que Voivod fait partie de moi.

Boulevard Brutal: Crois-tu que Negatron et Phobos n’ont pas obtenu toute la reconnaissance qu’ils auraient dû recevoir?

Eric Forrest: Tu ne peux pas savoir comment on me mentionne ça souvent… Je ne veux pas faire de compétition avec les autres disques du groupe, mais beaucoup de gens me disent que ces deux albums sont parmi leurs préférés du groupe. C’est certain que nous n’avons pas reçu le succès escompté, mais ce fut une très belle période pour moi. Il y a plein de disques qui n’ont pas le mérite qui leur est dû… Je joue encore du Voivod dans mes spectacles. Les gens me le réclament évidemment, et pourquoi pas?

Boulevard Brutal: Savais-tu que Voivod a joué Forlorn (Phobos) en spectacle il y a quelques années?

Eric Forrest: Non, mais c’est très cool qu’ils aient fait ça. J’ai une bonne relation avec les membres actuels. J’ai d’ailleurs monté sur scène avec eux il y a quelques années en France pour jouer Tribal Convictions. Je te dirais que tout est cool avec eux.


Boulevard Brutal: Blacky a quitté Voivod l’été dernier. Je ne sais pas si on t’as approché à ce moment-là, mais aurais-tu aimé revenir dans la formation?

Eric Forrest: Je n’ai pas été approché… Mais je ne sais pas si j’aurais accepté. Ce serait une décision difficile. Musicalement, ce que je fais est bien différent des récents albums de Voivod. Mais c’est certain que les gros festivals, les autobus de tournées… C’est le rêve ultime du musicien tsé. Mais je ne sais vraiment pas si j’aurais accepté de rejoindre le groupe.

Boulevard Brutal: Tu fais carrière dans l’industrie de la musique depuis fort longtemps… Le meilleur et le pire moment de ta carrière à date?

Eric Forrest: Le meilleur? Jouer avec Voivod au Centre Bell en première partie de Maiden, c’était malade… Quand nous avons fait le Dynamo Festival également. Je venais de me joindre au groupe et je n’avais jamais joué devant autant de monde et sur une si grosse scène. C’était spécial. On avait rien pour accorder nos instruments et j’ai demandé à Piggy «qu’est-ce qu’on fait?» et lui me répond «j’sais pas» en éclatant de rire… C’était notre moment Spinal Tap… Le pire moment est bien sûr l’accident en Allemagne en 1998. (Eric fut blessé à une jambe pendant un accident en tournée, ce qui a cessé les activités du groupe pendant un long moment.)

Boulevard Brutal: Comment c’était de travailler avec Piggy?

Eric Forrest: C’était un honneur et un privilège. Les gens l’appelaient Piggy, moi je l’appelais le Riff Master, pour des raisons évidentes. J’ai énormément appris de lui, ainsi que d’Away d’ailleurs. Piggy était un gars humble, facile à vivre… Un genre de gentil géant si tu veux. Parfois même il me faisait penser à un personnage de bande dessinée. Il était très professionnel mais c’était en même temps facile de travailler avec lui. C’était un rêve de faire de la musique avec Piggy et tu ne peux pas savoir les bons moments que nous avons eu ensemble…

Boulevard Brutal: En terminant, aurais-tu quelque chose à dire à tes fans au Québec?

Eric Forrest: Tabarnak, câlisse!!! (rires) Je les ai entendu souvent ces mots-là!!! Merci de votre temps, j’espère pouvoir aller vous voir bientôt et aller consulter la page Facebook de E-Force, le nouvel album arrive le 6 juin!!!

E_FORCE

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