Top 10 pesant de Daniel Thibault (TSPC)

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J’ai décidé de faire un top 10 de chansons. Un album c’est, sauf en de rares occasions, une collection de chansons de valeurs inégales. Pourquoi recommander trois bonnes tounes et sept tounes plates?

Y a des pièces là-dedans qui n’appartiennent pas à la planète métal. Il s’agit davantage d’un top 10 de tounes pesantes. Je ne crois pas que je pourrais monter un top 10 de chansons métal, point; c’est un style qui finit par m’agacer lorsqu’il se confine au canon du genre.

Alors voilà, dans le désordre le plus assumé :

 

TIME’S UP – LIVING COLOUR

La chanson qui a tout changé pour moi, qui m’a fait entrer de plein fouet dans le giron du métal. Ado, j’ai tripé Kiss, Rush et Alice, mais, jeune adulte, c’est Laurie Anderson, Brian Eno, David Sylvian qui avaient la cote dans mon — oui — walkman. Jusqu’à cet album de Living Color, qui a mal vieilli, disons-le. La chanson-titre, par contre, fesse encore comme une tonne de briques sur un testicule rasé. La virtuosité des musiciens m’a happé, la décharge électrique dans la colonne vertébrale m’a achevé. J’me demande encore où le bassiste prend tous ses doigts pour jouer ça?

COMBUSTION — MESHUGGAH

C’est LE band metal dont je suis un fan inconditionnel et fini. Même si le chanteur m’énarve. Même s’il y a toujours des fillers archiplates sur chaque album. Même si leur dernier opus m’a, en général, déçu. Ils ont carrément inventé une nouvelle façon d’interpréter le rythme. Thomas Aake joue du 4/4 sur son hi hat pendant que tout le monde autour, y compris son autre bras et ses deux jambes, te brainfuck allègrement. C’est d’une complexité rythmique inouïe, mais, plus incroyable, ça groove quand même! Paradoxalement, la chanson qui me plaît le plus dans leur corpus, c’est celle-ci, qui file en ligne droite comme une balle dans la jugulaire. Mais les riffs sont si profondément originaux et dévastateurs que j’y reviens toujours, fasciné.

FIX YOUR FACE — DILLINGER ESCAPE PLAN 

Je n’aime pas tout de Dillinger Escape Plan, réputé pour être les maîtres du math metal, loin s’en faut. Tant de complexités recouvertes d’autant de hurlements de porc égorgé finissent rapidement par me tomber sur la rate. Mais ces deux minutes de rage épouvantable, comme si elles avaient été tricotées par un orfèvre psychopathe qui souffre à la fois de génie et de déficit d’attention, sont absolument époustouflantes. Bonus, ils jouent ça live avec une intensité du tabarnak. Si vous ne tombez pas en bas de votre chaise en regardant cette performance, c’est que vous êtes attachés dessus, ne m’expliquez pas pourquoi, votre vie sexuelle ne m’intéresse pas.

SCAPEGOAT – KYLESA

En pérégrinant sur YouTube, j’ai découvert la filière sludge avec un paquet de groupes qui torchent solide comme Low Rider, Black Cobra et les délicieusement nommés Alabama Thunderpussy. C’est à ce moment que l’album Static Tensions de Kylesa a attiré mon attention. Pas un moment faible sur ce disque, sale comme une cuvette de toilette dans un truck stop. Oui, il y a un batteur de trop dans ce band — pas clair que ça ajoute à leur son d’avoir deux fesseux —  mais ce qui attire vraiment l’attention, c’est leur habilité à créer de gros riffs puissants. À ce titre, Scapegoat, qui ouvre l’album, est la plus achevée du lot, une bombe larguée avec rage et aplomb. J’y reviens à chaque fois que j’ai une colère à exorciser. Si vous préférez méditer, je vous plains…

HEALER – TORCHE

Toujours dans la filière sludge, voici un groupe de Miami qui a pondu en 2008 un de mes albums préférés dans le genre : Meanderthal. Healer est peut-être la chanson la moins métal ici, mais diable que ça torche (jeu de mots). Deux minutes de stoner pop où chaque note, chaque beat, chaque inflexion musicale comptent. La réverbération est envoûtante et donne l’impression que le band joue dans une réalité éthérée. À écouter en boucle en arpentant les rues désertes d’une mégapole rasée par une apocalypse de zombies.

EXACTLY WHAT YOU WANTED – HELMET

Faut croire que j’aime ça court, car voici une autre perle qui ne fait pas trois minutes. L’album Aftertaste a sonné le début de la fin pour ce groupe défini à tort comme les pionniers du nu-metal, et pourtant! C’est un disque que j’ai usé à la corde à force de réécoutes. Tout y est exécuté avec intelligence, goût et concision, comme le démontre la pièce soumise ici. J’écoute rarement le métal pour les paroles, habituellement indigestes, mais les textes de Page Hamilton font preuve d’une finesse d’observation psychologique rare :

I’m not so good realizing
Who I can or cannot trust
It’s best to keep what matters vague
With harmless lies I can adjust

Toute la tragique distance imposée par les relations humaines, résumée par-dessus un groove qui arrache tout : c’est comme headbanger sur du Proust, je vous dis.

DIAMOND EYES – DEFTONES

J’aurais pu recommander tout Adrenaline, Around The Fur et White Pony de ce groupe qui est l’un de mes préférés dans le genre. Si j’inclus cette pièce relativement récente (2010) dans ce palmarès, c’est pour une raison précise : un band qui arrive à composer de cette façon après plus de 20 ans d’existence mérite une criss de grosse étoile dans son cahier. Cette chanson est pesante et mélodique, mature et vitale; c’est un coup de poing enrobé de caramel fondant, une baise passionnée avec un ours griffu et malpropre. Sur une île déserte, je me looperais les 20 dernières secondes pour les écouter sans fin jusqu’à ma mort et j’aurais ainsi tout ce qu’il me faut de métal dans la vie.

TURN IT OUT – DEATH FROM ABOVE 1979

Le métal, c’est du riff pesant et du cri primal. Comment voulez-vous classer dans une autre catégorie cette toune-là, je vous le demande? La basse de Keeler est testiculaire à souhait et sert des riffs qui pourraient en remontrer à tous ces poilus de services qui s’imaginent choquer avec des power chords entendus mille fois. Le chanteur miaule plus qu’il ne crie, mais il drumme en même temps, ce qui l’excuse un brin. Plus sérieusement, tout l’album Romantic Rights est une leçon de riffage absolument hallucinante; c’est mon album des années 2000. Cette pièce l’ouvre en déflorant les tympans tel un Ron Jeremy acoustique.

MARCH OF THE PIGS – NINE INCH NAILS (Live – Beside You In Time)

Écouter du métal chez soi, ça libère les chakras. Voir un spectacle métal, ça les kick en enfer. Encore faut-il que l’énergie y soit. Pour un Pantera, combien de band de death concentré sur leurs manches de guitares? J’inclus ici cette performance live de l’une des incarnations les plus dangereuses de Nine Inch Nails. Une seule raison : le guitariste Aaron North, fou furieux sur scène et dans la vraie vie. Cette version de March of the Pigs donne à l’original des airs de comptine française. Paraît que la scène lors de cette tournée n’était pas un endroit très sécuritaire à fréquenter…

FINITE — ORIGIN

Tout ce qui m’irrite dans le death metal est ici. Tout le monde joue vite, en même temps, sur une mitraillette de kick, pendant que des cordes vocales cancéreuses éructent absolument n’importe quoi par-dessus. Pourquoi alors j’adore cette pièce-ci? Je n’en ai aucune idée. Peut-être qu’ils ont pris le concept et l’ont amené tellement loin que ça en devient bon? Peut-être que la complexité de ce qu’ils jouent est si impressionnante que j’en découvre une couche à chaque fois? Peut-être qu’il y a un Cro-Magnon qui ne demande qu’à s’exprimer en moi? Je ne sais pas, alors j’arrête de penser et je monte le son…

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Mention finale à LONGUE ROUTE de YOUNG GODS, groupe suisse diablement précurseur qui savait comment faire grafigner les machines.

Suivez Daniel Thibault sur Twitter

 

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