Entrevue avec OKTOPLUT

oktoplut entrevue

On connaissait le duo Oktoplut pour sa puissance de frappe, ses références nichées et savamment exploitées et pour son sens indéniable du hook et du refrain exquis. Trois ans après Pansements, période durant laquelle Larry et Mathias ont trimbalé leur punk / stoner aux quatre coins de la province, ils reviennent avec Le démon normal, solide proposition qui amène en tous points leur son vers de nouveaux cieux.

Le Boulevard les a rencontrés pour jaser de ce Démon normal, de créativité débordante, de Rush (!) et de scène locale, le tout autour de quelques pintes de session IPA à la station Ho.st, à Montréal.

Boulevard : vous avez mentionné à la blague dans un post Facebook que Le démon normal était votre album phare (NDLR : les gars sont des p’tits comiques, y’a un phare sur la pochette). Comment vous l’analysez, votre rejeton?

Mathias : Y’a une portion de nous autres qui est foncièrement nihiliste pis qui nous fait dire : «bah, on s’en crisse». Ça occupe genre 99% de ma tête, mais le petit 1% qui reste, il est plus fort, tsé celui qui dit «enwouaille don’». C’est comme ça que je me sens avec l’album.

Larry : Dans le paysage musical dans lequel on évolue, pour le temps dans lequel on l’a fait, moi je pense que c’est le meilleur album qu’on pouvait faire. On a rien négligé. Oui, il y a des moments plus catchy, mais on est sur Le démon normal là où on doit être.

M: Tu sais, Pansement, c’était nous autres à l’âge qu’on avait et même si je me demande encore ce que Choisir fait sur l’album, on est fiers pareil. Je compare ça à des tatouages : ça témoigne de qui t’étais à une certaine époque.

L: Là où on a mieux réussi le nouvel album par rapport au précédent aussi, c’est que même si les tounes s’en vont dans des directions différentes, il a une unité et ça je suis content qu’on soit arrivés à faire ça.

C’est bien vrai ce que dit Larry. Le démon normal est incontestablement un disque cohérent tant pour l’équilibre de ses ambiances que pour ses thématiques, et ce, même si le disque a été composé en trois séances distinctes sur une période d’environ trois ans.

L: Après La sorcière de roche (sortit mars 2016), on avait quasiment trente tounes de montées pour le nouvel album, il était temps qu’on fasse de quoi avec ça.

M: On travaille pas mal tout le temps chacun de nos côtés. Laurence lui il compose, mais moi je fais plus d’arrangements.

L: Le son d’Oktoplut c’est toute lui.

M: Donc même si on jam pas, moi chez nous, j’ai de quoi à faire.

L: Ça fait que les choses avancent pas mal tout le temps.

Les gars l’ont évoqué, mais c’est ce constant besoin de créer du nouveau matériel qui les a poussés à travailler sur cet ambitieux projet qu’a été La sorcière de roche, épique chanson de quelque 17 minutes.

L: Ça faisait un an et demi que Pansements était sorti, et nous on voulait recommencer à créer. Mathias voulait depuis longtemps faire une toune qui prendrait tout le côté d’un vinyle, pis moi je voulais faire une toune qui s’appelle La sorcière de roche depuis longtemps.

Ah oui? Comment ça?

L: Ah, bin parce que je trouve que le chanteur de Rush chante comme une sorcière. Il a l’air aussi d’une sorcière, fak la sorcière de Rush, ça donne la sorcière de roche en français.

Haha, bin voyons! C’est bin cave!

M: Ouais, mais tsé l’idée est cave, mais après on enclenche la vraie démarche, mais au départ pas mal toute c’qu’on fait est une joke. Mais pour vrai, on fait des jokes, mais on est assez acharnés au travail et on fait les choses jusqu’au bout.

L: On se prend pas au sérieux à la base, même par rapport à notre musique, mais le travail qu’on fait au local, en studio, on est appliqués.

Et le produit fini en témoigne. L’exercice a grandement fait avancer la démarche d’écriture et le son du duo.

L : On s’est toujours dit qu’Oktoplut ça pourrait être quelque chose d’épique comme ça et je pense qu’on a réussi avec Le démon normal.

M: Pour moi le critère j’pense, c’est que je suis pas mal blasé des albums qui sonnent comme la même chanson du début à la fin, ça me parle pas tant que ca. Dans la dernière année, j’ai écouté pas mal de Smashing Pumpkins et sur les albums, tu passes de tounes juste au mellotron à des tounes qui sont heavy que le criss. Moi, ça, c’est de quoi qui me jase bin gros. Pis on s’entendait avec Larry qu’on voulait cette liberté-là sur l’album.

Cette volonté se matérialise sur le captivant triptyque Océan, coeur thématique du Démon normal.

L: Sur l’album, il y a comme un thème aquatique et j’aime ça, parce que ça me permet d’appliquer une cohésion dans les thèmes des tounes. Vers la fin de la composition, je peux faire des liens entre les tounes avec des métaphores.

M: Océan nous a permis ça. Au début on avait juste Océan 3, en fait c’était juste Océan à ce moment-là, mais les thèmes se recoupaient avec une autre composition, qui est devenue Océan 1. Il manquait juste comme un pont entre les deux pour que la transition se fasse musicalement et c’est là qu’on a écrit Océan 2 qui est finalement ma préférée maintenant, je pense!

L: Mais ça c’est venu fourrer le pacing de l’album : les trois sont indissociables, pis ça dure 12-13 minutes ensemble, ça prend de la place sur un vinyle.

M: Oui, mais quand on a commencé à jammer Océan 2 j’ai dit : non non, ça s’arrête là, ça va sur l’album. Moi pis mon amour de faire des longues tounes, j’tais comme, c’est malade esti, on fait ça!

Ce thème s’est finalement imposé jusque dans le choix artistique de la pochette.

M: Mon ami Pierre-Marc Duguay qui a fait tout le artwork du groupe sauf pour le EP, il est marin et graphiste et il prend beaucoup de photos. On a fait appel à lui en lui disant qu’on voulait quelque chose d’aquatique parce que l’eau est un thème important sur l’album, et on voulait de quoi de rouge. Il nous a fait 3-4 propositions et quand on a vu le phare, on le savait.

Mathias parle de son ami qui est l’auteur des pochettes d’Oktoplut, mais ce n’est pas la première fois que le duo salue le travail de ses pairs. Au contraire Mathias et Larry ne ratent jamais une occasion pour donner un coup de chapeau à leurs amis.

M: Tout ce monde-là avec qui on partage la scène ou le local, c’est toute du monde vraiment smatt. On s’est fait des amis comme Jet Black à Québec, Hashed Out, C H R I S T ou Black Love.

L: Et ceux qui sont le plus smatt, c’est ceux qui en font le plus, sans compter. Le monde qui se permet de pas être smatt c’est du monde qui ont pas pogné leur mur. Nous on l’a pogné souvent.

M: De shows bruns, on en a fait quoi, 50 au début de Pansements?

Comment ça ?

M : Parce que les shows étaient pas rodés, on avait pas l’expérience de prévoir ça, fak les premiers shows ont été pénibles.

L : Une chanson comme Animaux, on l’avait jamais joué live. On était capable de la jouer pas de paroles, mais quand on a commencé les shows, c’était difficile.

M : C’tait pas grave anyway, y’avait personne ! Mais c’est ça, ça nous a pris un temps avant d’être vraiment satisfait…

L : On sortait de là, on était comme: cool, on vas-tu boire?

M : Mais y’avait clairement pas de high five qui se donnaient après les shows. Mais à Saint-Hyacinthe, le high five est sorti!

Le démon normal a beau être encore fraîchement atterri dans les bacs, Mathias et Larry ont déjà la tête pleine d’idées. Mathias mentionne un concert interactif au Planétarium en ambiophonie. «Le but serait de composer quelque chose en fonction du lieu avec notre twist à nous autres, ça serait une expérience, qu’on pourrait faire une couple de fois, 50 places genre à la fois, dit-il comme à lui même.

Larry se contente de confirmer que l’exercice qu’a été La sorcière de roche n’était pas qu’un one shot deal et que le groupe compte bien continuer à créer entre ses albums.

Mais d’ici là, on savoure Le démon normal pour ce qu’il est : un objet musical audacieux, poignant et qui se tient seul en position de réclamer le titre de meilleur disque rock à sortir du Québec cette année.

*Oktoplut présentera les pièces de son Démon normal au Club Soda le 25 novembre prochain avec Rouge Pompier et invités.

Advertisements

About Jean-Simon Fabien

Journaliste, chroniqueur @CamuzMontreal, clé à molette, fan de stoner-rock et des Maple Leafs du Toronto (mettons...). J'ai mon bac brun dans #RosePatrie aussi