Entrevue avec le bon Steve Von Till de Neurosis

steve von till neurosis

«Pour l’entrevue avec Steve, il va falloir que ça soit après 8 h pm, heure de l’est. C’est parce que Steve enseigne au primaire en Idaho et le temps qu’il rentre chez lui avec le décalage…» écrit la personne qui s’occupe des communications pour Neurot Records.

Attends quoi ? Steve Von Till de Neurosis enseigne au primaire ?

«Ouais, depuis 17 ans. Là, cette année, j’ai une classe de 4e année. Mes élèves ont 9 ans» de confirmer le bon Steve.

Étonnant.

Donc bref, je m’installe après le souper, heure de l’est, pour jaser de Harvestman avec Steve, son projet exploratoire-incantatoire.  C’est un gars disponible, intéressé et sympathique qui me répond à l’autre bout du (sans) fil.

D’abord, pour les non-initiés, c’est quoi Harvestman dans la discographie de Steve Von Till? Si je paraphrase, c’est des bouts de jams automatiques enregistrés sur plusieurs années par le multi-instrumentiste et rapiécés selon leur cohérence et leur similitude en un album. Dans le cas du dernier exercice, Music For Megaliths, ça donne un tout cyclique, pesant et méditatif.

«Plus globalement, Harvestman me permet d’utiliser les moyens modernes d’enregistrement pour explorer des environnements, des sons et des espaces anciens. Les pièces sont en quelque sorte mes réflexions sur ces espaces et leur temporalité», m’explique Steve.

Ça colle avec Music For Megaliths. Dès le premier morceau, The Forest is our Temple, on se sent en Écosse prémoderne, à l’âge des savoirs païens et de l’empirisme sensoriel des phénomènes naturels.

«Ce que je fais avec Harvestman, c’est comme les cercles de pierres et les reliques du monde ancien que j’admire… Il y a une dimension presque spirituelle, magique à ça. Les jams viennent, j’enregistre et quand je réécoute des fois je n’arrive même pas à savoir que c’est moi qui a joué ça.»

Cette dimension automatique complète donc la démarche de Steve en tant que songwriter, tant du côté de Neurosis que de ses projets solos sous son propre nom.

«Cette approche intuitive, me permet de remplir le vide créatif qui demeure quand j’écris des trucs plus structurés, conceptuels», ajoute-t-il.

Bon là, je veux parler de Neurosis un peu. Parce que Fires Within Fires était excellent et qu’il marquait un retour à un son plus direct, dans ta face, pour le légendaire groupe. Justement, il semble que la démarche de ce dernier Neurosis, soit à l’opposé de celle de Music For Megaliths.

«C’est juste arrivé de même. Tu sais, on habite vraiment loin les uns des autres maintenant. Donc on a pris un week-end ensemble en 2015 pour voir ce qui se passerait. En prévision de ça quelques gars se sont vus la semaine avant et avec une préparation minimale, on a extrait de ce week-end-là le squelette de ces six chansons. Tu parles que c’est un album plus direct, on ne voulait pas faire un disque plus expéditif ou plus court, mais avec ce matériel-là, on s’est posé la question : est-ce qu’on a besoin de plus ? La réponse était non.»

La suite de son explication devient plus qu’intéressante. Steve me dit en gros que le format CD a changé la manière de Neurosis de faire de la musique : «Avec le CD, c’est plus un vinyle de 45 minutes dont tu disposes, tu peux faire, 60, 75 minutes si tu veux. On faisait des albums aussi longs, parce qu’on le pouvait», me dit-il. Mais de son propre aveu, le guitariste confie qu’en tant que mélomane, il trouve ça dur passer à travers un album de cette longueur.

«J’ai grandi et appris à aimer la musique en passant au travers d’albums qui ne faisaient pas plus que 45 minutes. Je trouve ça rafraîchissant d’être revenu à cette forme avec Fires.»

Je voulais finir l’entrevue avec Steve sur une note un peu plus méta. J’aime ça moi le méta. Avec plus de trente ans de carrière musicale sans compromis derrière la barbe, Steve et Neurosis inspirent chez leurs fans le respect pour deux grandes raisons : leur longévité et leur intégrité. Mais Steve, c’est pas là deux manière d’expliquer votre ADN punk au final?

Le bon Steve a aimé la question.

«Moi je pense que quand tu veux acheter un fer à cheval, tu vas chez le forgeron. Tu vois notre musique, c’est pareil. On s’est promis il y a trente ans de faire de la musique sans égo, sans complexe. Et on a toujours été farouches à laisser la business entrer dans le mince équilibre qu’on a entre la tournée, nos familles et nos jobs.»

La métaphore est bonne. Neurosis forge l’éthique DIY et l’esprit punk au sens libre, sans attache, depuis maintenant plus de 30 ans.

Et Steve est reconnaissant de cette rencontre fortuite qui a donné lieu à cette association intègre et pure. «C’était quoi les chances qu’on se rencontre et qu’on passe toute notre vie adulte ensemble?», demande-t-il comme si j’avais la réponse.

Une chose est sûre c’est que Steve a beau remercier le dieu païen de son choix (ou une quelconque structure de pierres), lui et son groupe construisent un peu plus chaque jour le monolithe qu’est leur héritage pour la culture métal, punk et pour l’indépendance musicale en général.

Un héritage duquel, à l’instar des Stonehenge de ce monde, on parlera un jour en termes mystiques, comme celui d’un groupe qui a fait de la liberté à tout prix son leitmotiv.

Il n’y a pas à dire, on parlera de Neurosis comme d’un groupe d’un âge ancien.

Merci Steve.

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About Jean-Simon Fabien

Journaliste, chroniqueur @CamuzMontreal, clé à molette, fan de stoner-rock et des Maple Leafs du Toronto (mettons...). J'ai mon bac brun dans #RosePatrie aussi