Entrevue avec Appalaches

Le quintette instrumental Appalaches a lancé il y a près de deux semaines Cycles à Montréal, au Ritz PDB. Le groupe débarque vendredi au Scanner à Québec pour présenter ses nouvelles chansons. Ils seront accompagnés de C H R I S T pour cette soirée post-rock à ne pas manquer.

Notre chroniqueur post-toute pour Boulevard Brutal, Jean-Simon Fabien, s’est entretenu avec Mathieu Salvail, volubile guitariste de la formation.

appalaches post rock

BB – Parle-moi du processus d’idéation de ce nouvel album.

Il faut remonter trois ans en arrière quand Mat a quitté la formation d’une manière abrupte après le précédent album. À ce moment-là on cherchait à le remplacer, mais aussi à ajouter un membre supplémentaire. On a ajouté Anthony et Jared et l’écriture allait bien quand Ugo a ensuite décidé de partir. On aurait été prêt à enregistrer à ce moment-là, mais avec un batteur en moins avec le genre de musique qu’on fait, tsé le drummer c’est le conducteur du train, ça devenait difficile d’aller de l’avant.

Quand Max est venu jammer au drum par contre, ç’a vraiment marché comme sur une première date.

BB – Cycles respecte votre univers, mais appuie davantage votre formule, plus lourd dans les moments lourds, plus sombres dans le sombres et plus vaporeux dans l’ether. C’est l’album de la maturité ?

Oui, c’est deux ans et demi d’aboutissement. On a revisité les maquettes et on a ensuite cherché quelqu’un pour rendre ce travail-là comme on l’avait en tête. C’est dans ce contexte-là qu’on a rencontré Thierry Amar.

On voulait une facture qui soit différente de celle du post rock américain. Tu sais, le son cristallin, plus proche d’un feeling live, on voulait s’en écarter. On voulait capter les chansons en conservant les moments imparfaits. Au final, ça nous donne une densité intéressante.

BB – Votre son est vraiment bien défini, j’entends du Russian Circles un peu pour la rondeur de la basse. C’est long atteindre la bonne sonorité en studio ?

Pour vrai, c’est pas tant difficile à paramétrer parce qu’on a quasiment pas d’overdub. Jared le guitariste, il vient d’une école de guitariste un peu différente. Il traînait dans la scène alternative late 90’s aux États-Unis. Son son est plus sale, plus chaotique et ses mélodies existent seulement à l’intérieur d’un mur de son qu’il crée lui-même. C’est un élève de la méthode Thurston Moore. Ça fitait avec là où on s’en va.

Moi mon rôle c’est les lead hyper mélodiques avec les délais et les reverbs. Anthony a les sons plus clairs. Donc on ne joue jamais les mêmes parts.

Pour la basse, c’est vraiment la fondation harmonique du groupe, merci à Sébastien pour ça. Il joue sur une 5 cordes, donc quand il tombe dans les graves, elles sont graves longtemps.

Bref, tout a été capté de manière naturelle à l’Hotel2Tango pour avoir cette densité-là, la sentir présente avec la poussée d’air.

BB –  L’album a beau être tout récent, quels sont les plans pour la suite du «cycle de Cylces»?

Présentement on est à l’aube d’une campagne de financement pour un vinyle. Comme le disque fait 47 minutes, on doit faire un double, parce que pour un son optimal, on suggère de ne pas dépasser 19 minutes par côté. Bon, oui, tu peux pousser, mais plus t’as des sillons, plus t’as des pertes. Bref, mais comme on fera un double, on va se booker un autre recording pour le vinyle : on va rejouer deux chansons de Mòn – celles qu’on se fait demandé tout le temps le plus – mais  avec le line-up actuel pour compléter le temps de lecture.

BB – Vous ne voulez pas aller vers un label quand on pense aux coûts et aux délais de la porduciton d’un vinyle?

On respecte notre éthique DIY, c’est pour ça qu’on reste indépendant. On a eu des discussions, mais c’est rare que tu te retrouves en position de partnership avec un contrat. On a toujours runné ce groupe-là selon nos conditions et ca nous permet d’y aller à notre rythme.

BB – Avez-vous peur que ça change votre orientation artistique aussi ?

On s’est posé la question avec l’arrivée d’Anthony qui joue des claviers; on est pas très «synth» à la base, mais des bands comme Mogwai par exemple, ont réussi à les intégrer dans quelque chose qui nous intéresse. On veut se donner la liberté de faire ce qu’on veut et on a beaucoup de respect pour les bands qui se crissent des attentes.

BB – Vous êtes associé au courant post. Y’a beaucoup de groupes qui refusent cette étiquette. T’en penses quoi ?

Sérieusement, je pense pas qu’on attribue de l’importance à l’étiquette qu’on nous appose. On voulait faire de la musique instrumentale, mais tu sais, les gens ont besoin de guide, donc je peux pas dire non plus qu’on réfute l’étiquette. Ça crée des conversations, ça attire l’intérêt des gens qui font des recherches par style.

Pour notre part, on fait de la musique instrumentale avec des tounes qui durent entre 5 et 15 minutes, super lourdes ou tantôt super artsy… Je pense que c’est un spectre assez large pour travailler.

Pour ce qui est de Tortoise et de Godspeed, oui ils avaient le loisir de refuser l’étiquette, parce que justement ils voulaient faire de quoi qui n’existait pas. C’était des pionniers et je comprends que quand tu es un précurseur tu ne souhaites pas être «tagé». Les bands de notre génération, on s’inscrit là-dedans parce qu’on en a écouté et qu’on est des épigones. Mais ultimement, on se dira pas qu’on fait que ça.

BB – Justement ce style a été pas mal populaire sur la scène montréalaise. Comment tu évalues sa vitalité maintenant ?

Je suis pas prêt à dire qu’il y a une scène. Tu fais ce que tu fais du mieux que tu peux, mais faut pas se le cacher, le post rock, c’est pas la saveur du mois.

BB – N’empêche à Québec vous jouez avec C H R I S T. Ça va être LA soirée pour les fans du genre ?

Ouais, c’est la première fois qu’on joue avec eux, un groupe avec qui on a un lien naturel, mais avec qui ça n’avait pas encore adonné. C’est un band qu’on a tous aimé et j’aime ça jouer avec des bands que j’admire parce que je suis incapable de jouer de la musique avec ce pace-là. C’est comme un band dans un no man’s land : ils peuvent jouer avec n’importe qui.

Mais pour revenir sur la «scène avec pas de scène» prends un band comme Atsuko Chiba, ils ont beau jouer pas mal ici, mais  t’as pas le choix d’aller voir ailleurs pour faire connaître ta musique là où le public est. Notre salut va passer par l’Europe, un peu d’ailleurs comme ç’a été le cas pour Godspeed. Les scènes sont vivantes là-bas et tu peux faire plusieurs dates dans des villes relativement rapprochées.

Il faut aussi voir ce qui est possible du côté du festival dunk! de Belgique s’installe aux States cette année [NDLR : une première édition au Vermont en octobre].

BB – Quand on parle de vous, on fait souvent mention de votre fameuse phrase : on est Appalaches et on joue fort. Quand avez-vous commencé à dire ça ?

C’était un peu comme notre leitmotiv pour installer sur scène qui on était. Ça nous donnait une identité simple et efficace. C’était pour statuer qu’on voulait jouer le plus fort possible. D’ailleurs nos items promo qui vendent le plus, c’est nos bouchons! Mais là c’est bien installé, on a plus besoin de cette «catch phrase» du premier album. Les gens le savent. On aime mieux les pitcher sur le cul. On trippe quand quelqu’un se met les mains sur les oreilles et court s’acheter des bouchons.

BB – Ça l’avantage d’être clair. Merci Mathieu. À vendredi.

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