Une histoire de Vincent Peake

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[La fois où] j’ai performé du Motörhead avec un emblématique rockeur d’ici… en suit de mari (yé !)

Ben oui chose, Vincent Peake, l’homme fort du rock lourd made in Québec, à mon mariage. La fois où j’ai dit oui à la plus douce et cool rockeuse du monde entier (Marie-Chantal, je t’aime !). Le samedi 27 août 2016, une parfaite date que je viens de rayer de mon calendrier mais que je suis très loin d’oublier – Alzheimer vient-en, m’as te sacrer toute qu’une une volée !  Sérieux, à peine un mois plus tard, j’en suis encore trop flabbergasté. Fier. Honoré. Reconnaissant. Choyé. Pis toute. Évidemment, on va rembobiner la cassette pour l’aspect « comment ça que M. Peake s’est retrouvé sur scène à ton mariage pour spinner des records ET faire ce qu’il fait de mieux, soit rocker sa vie ? ».

Et hop, pour plus de contexte, on saute dans la DeLorean pour atterrir il y a une couple de décennies à Jonquière, patrie de Piggy, alias le guitariste intergalactique Denis d’Amour (Voïvod, Aut’Chose ; 1959-2005). Mais pourquoi diantre se rendre dans cette ville aussi isolée qu’industrielle, alors qu’on parle de Groovy Aardvark, inclassable groupe de rock fondé en 1986 à Longueuil beach? Parce que c’est précisément là qu’on a pu voir et entendre en concert ladite troupe pour la toute première fois.

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Plus exactement, au Caverne Club sur la St-Do, qui, à l’époque, avait un look beaucoup plus grotte et alterno qu’approprié pour le pop rock de la bande à Ringo (celui de Liverpool, UK, n’a rien à voir avec celui-ci). Ça devait être en 1996. En fait, c’était soit le samedi 16 mars ou le vendredi 20 septembre, selon le très pratique car historique livret d’Exit Stage Dive  (l’album en concert de Groovy Aardvark, sorti en 1999, qui inclut la liste exhaustive de tous les shows du « Fourmilier Tripatif » entre le 24 novembre 1994 et le 16 octobre 1997).

‘Faudrait bien que j’aille fouiller dans mes vielles boites rangées au sous-bassement, pour retrouver l’affiche photocopiée 11’’ x 17’’, que j’avais nerveusement (malgré mon enivrement) fait autographier par tous les membres du groupe après leur set de feu. Fait cocasse : Danny Peake, frère de l’autre, avait inscrit en dessous de son nom « le drummer c’est le meilleur », bien qu’ironiquement, il fut remplacé quelques temps plus tard par Pierre Koch.

C’était la même année que le lancement de leur album classique Vacuum. En vrac, avec des pièces comme Rowdy Road People, Scrape et leurs reprises de T’é Triss (oui, le thème du jeu vidéo Nintendo, dérivé du folk russe) et Le P’tit Bonheur de Félix Leclerc (avec Marc Vaillancourt de B.A.R.F., qui avait aussi repris jadis de fort belle façon Le P’tit Poisson de Damnation), on ne se tanne (toujours) pas. Mes chums et moi, on avait adoré leur premier, Eater’s Digest (1994), avec ses fantastiques Ear Throb (spatial !) et autres Localvitie (et ses toasts).

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Or, Vacuum sonnait en s’il vous plait, un vrai truc de pro, ça fessait dans le dash comme un solide cuite le lendemain d’un passage aux Foufounes Électriques. Jamais personne n’avait rendu un si bel hommage à notre folklore traditionnel tout en lui insufflant un bonne part de rock bien actuel, de type alternatif et contemporain en mode métal, doté d’une verve et d’un humour parfaitement grinçant. Unique. Inégalé. On ne peut plus puissant. Parfaitement décalé.

Ce qu’on peut en avoir mis du Groovy ― comme on appelait affectueusement le groupe jadis ― à la radio étudiante du CÉGEP de Chicoutimi. À l’époque, on les comptait sur les doigts d’une main les groupes d’ici qui brassaient un petit peu ou en sapristi dans la langue de Plume Latraverse ET dont les mélodies réussissaient à traverser le Parc des Laurentides jusqu’aux Bleuets. En plus du déjà culte – et très populaire – Jean Leloup, il n’y avait que Groovy, Grimskunk et B.A.R.F., that’s it (on pourrait bien aussi parler de Basta et T.S.P.C. également, mais ça n’a pas duré ben ben longtemps, hein ?). Dommage que Voïvod ne nous poussait rien d’intersidéral-en-version-française-originale dans le lobe frontal.

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Le 14 août 1997, au Stade Richard Desmeules de Jonquière, P.Q., dans le cadre de la tournée Pollywog (en quelque sorte notre Lollapalooza à nous), Groovy s’était arrêté dans notre coin de pays pour un concert extérieur sur un terrain de gravier ‘slash’ de baseball, en compagnie de B.A.R.F. et Anonymus, alors que l’année d’après, même heure même poste même festival, c’était nul autre qu’Anthrax qui coiffait le dessus de l’affiche du festival itinérant (alors qu’en 2001, c’était Lofofora et Cannibal Corpse, qu’on avait pu voir au Parc Jeanne Mance !).

Durant l’été de l’an de grâce 1999, on recroisa Vincent par hasard au 2e étage de l’accueillante terrasse des Foufounes Électriques, qui, durant la belle saison, fut longtemps notre deuxième maison. D’emblée, une couple de chums et moi, on estima ne pouvoir faire autrement que d’aller à sa rencontre afin de le remercier personnellement pour tout le bon rock produit par Groovy, tant sur CD qu’en concert. Le chanteur-bassiste s’était alors montré aussi ouvert et humble qu’aimable, prenant le temps en deux gorgées de nous jaser, afin d’en savoir un peu plus sur cette bande de rockeurs du Saguenay transplantés depuis peu dans la grande cité.

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Par la suite, chaque fois qu’on se croisait, Vincent et moi, dans un show de rock, on prenait des nouvelles en jasant de musique, bière en main… toujours plaisant. Vraiment. Vite de même, la première fois, ça devait être au Café Campus un peu avant le show de Queens of the Stone Age, tournée Rated R  (le 27 juillet 2000, un mardi). Comme je me disais que tout le monde devait l’accoster comme on l’avait fait aux Foufounes, telle ne fut pas ma surprise lorsque que je m’aperçus qu’il se souvenait de mon nom. Yep.

Rapidement, de fil en aiguille, s’est bâtie une relation basée sur le respect, le fun et le rock (duh), mêlant connivence instantanée, valeurs communes, terre-à-terre authenticité, flagrante passion, positivisme avoué… bref, aucune bullshit et plein de sourires, entre deux trippeux qui savent apprécier la vie pour ce quelle est.

Évidemment, Groovy, je les ai vus souvent en maudit depuis mon immigration montréalaise juste avant le non-bogue de l’an deux mille. J’y étais, au Spectrum, le 3 novembre 2000, lors du lancement de leur album « souvenir » Fast Times at Longueuil High [1986-91] (composé de reprises de leurs premières chansons, dans le tapis en mode thrash crossover à la D.R.I., avec l’alignement original), pour un concert en deux parties, qui fut très fun.

Quelques temps plus tard, j’étais aussi de ce show aux Foufounes, gratuit et beaucoup trop populeux, monté gracieuseté par la défunte station de radio Cool FM… pendant Boisson d’Avril, on a vraiment cru que le balcon allait céder. Ensuite, je les avais attrapé plusieurs fois aux Francos, autant dehors (en 2004, avec les Loco Locass et Marc de B.A.R.F. comme invités spéciaux) qu’à l’intérieur : leur concert d’adieu (au Metropolis en 2005) fut aussi épique qu’inoubliable… plus de 4 heures sans aucun temps mort.

Parce que Vincent a pris le pari (risqué et parfois casse-gueule, oui), de vivre de son art, il a su, au fil des années, se tenir plus qu’occupé. En plus de fonder autour de 2007 le combo kraut-prog Kosmos (avec Michel « Away » Langevin de Voïvod, notamment), il a également tenu le manche de sa quatre corde pour les rockeurs de chez Galaxie (alors Galaxie 500) et Xavier Caféïne, alors qu’il le fait toujours sporadiquement pour Colin Moore et le légendaire groupe de prog rock de Lucien Francoeur, Aut’Chose, sans oublier les tout aussi iconiques Grimskunk, dont il a joint les rangs peu après le raccrochage de patins de Groovy.

Toute une feuille de route, yessir madame. Surtout qu’on doit y ajouter ses gigs en tant que batteur. Car oui, Vincent est une section rythmique à lui seul, ayant été derrière les peaux pour une couple d’autres groupes (en album comme en show), comme Sabbath Café (son band de reprises baroques – on y reviendra plus loin) et Floating Widget. À l’aube d’un concert de ces derniers (au défunt Green Room, avec l’ex-Kyuss Brank Bjork) qui fut finalement annulé, j’avais d’ailleurs passé une partie de soirée avec Vincent au cordial Verre Bouteille en juin 2007, pour jaser de tout et de n’importe quoi, mais surtout de son band de « stoner » rock.

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De cette houblonnée conversation à trois (en compagnie de son collègue Alex Leclerc) résultat un papier virtuel pour le compte de feu-BangBang. Subséquemment, suite au départ du vocaliste du combo, Vincent a assuré la position avant, plutôt naturellement, soit le poste de bassiste-chanteur. En février 2011, un peu avant le concert réunion de Groovy pour les 10 ans de Bande à Part (R.I.P.), Vincent m’avait reçu chez lui, dans son modeste appart’ de la rue St-Laurent pour faire le point sur cette réunion, à savoir si ce n’était qu’un petit tour et puis s’en vont ou reparti pour de bon. Ensuite, en août de l’année suivante, on s’était jasé juste avant le suintant show de Groovy (oui !), dans les confortables coulisses du Petit Théâtre de Rouyn, dans le cadre du FME.

Quelques mois plus tard, j’avais eu l’idée de génie de booker l’ex-leader de La Bottine Souriante Yves Lambert ET Groovy pour un petit stunt au party de Noël à saveur trad’ d’Ubi MTL (en tant que chargé de projet événements), avant que Vincent m’apprenne qu’il partait en voyage à Bali, rejoindre sa bien-aimée, quelques jours avant la date de mon événement. Dommage, même si le mini-concert offert par Lambert et compagnie (son Bébert Orchestra) fut mémorable en maudit!

Évidemment, Vincent et moi, quand on ne se « jase » pas sur Facebook (connectés sur le réseau social depuis 2008) de décibels ou de show pas annoncés, on se croise encore souvent à des concerts de rock lourd. Comme lors du passage en ville du « super-groupe » Them Crooked Vultures (mai 2010), du retour de Gros Mené (novembre 2012), ou encore lors du passage du fraîchement reformé Sleep (janvier 2016), pour n’en nommer qu’une poignée.

Le 17 octobre 2014, au concert de King Diamond à l’Olympia, lorsque mon amoureuse et moi avons croisé Vincent et sa charmante douce moitié Morèna, on leur a annoncé nos fiançailles, sans avoir le temps de leur parler en détail de notre événement, qui serait sous le signe du rock à travers le temps. Un genre de « festival rock around the clock ». Le lendemain, lorsque j’envoyai un message à Vincent pour lui lancer l’idée qu’on serait plus qu’honorés s’il acceptait de performer lors de notre mariage, il me répondit aussitôt, et de façon ultra enthousiaste : « wow, quel honneur, ça me ferait plaisir mon chum !! ».

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Fou. Raide. Pas que je m’attendais à un refus, mais on ne sait jamais. On était déjà trop contents qu’une légende de la musique d’ici embarquait dans notre trip de mélomanes amoureux. Six mois plus tard, alors qu’on commençait à discuter de lieu et de date, Vincent me répondit qu’il ne pouvait sécuriser la date aussi longtemps d’avance (près de 18 mois avant la date initialement prévue), advenant qu’une tournée se pointe le bout du nez. On convint alors de s’en reparler en juin 2016, afin de confirmer le tout.

Je ne me souviens plus si j’ai croisé ou pas Vincent au Corona, à l’occasion de l’ultime concert montréalais du légendaire Lemmy Kilmister (1945-2015; R.I.P.), qui eu lieu le 18 septembre 2015. L’iconique chanteur-bassiste britannique longtemps basé à L.A. fut évidemment une influence majeure de Vincent, qui au par ailleurs l’honneur d’ouvrir pour Motörhead pour quelques concerts (dont celui du 28 avril 2002 au légendaire Medley), alors qu’il tenait la quatre-cordes non pas pour Groovy mais plutôt pour Voïvod, lors de la mini-tournée qui célébrait le retour de Denis « Snake » Bélanger. Ce n’est pas rien, non. Et dire que j’ai manqué ça. En tous cas.

Le 23 février 2016, ma rousse bibliothécaire et moi arrivions à nos places au Centre Bell pour dernier concert de Black Sabbath en sol montréalais, lorsqu’on aperçut, s’installant au même moment deux rangées derrière nous, Vincent et Morèna, accompagnés de deux potes rockeurs (vus au sein des groupes Madking Ludwig et Lumberjack), soit Stéphane Vigeant (qui fut de la première mouture de Groovy) et Stéphane « Flûteux » Bellemare, tous deux collègues de Vincent, respectivement avec Floating Widget et Sabbath Café.

J’avais omis de mentionner un détail (de taille, que je ne largue que maintenant, pour plus d’effet dramatique, t’sais) : en fait, ce qu’on avait demandé à Vincent pour notre mariage, c’était une performance de Sabbath Café, dans lequel il joue le rôle de Ward. Le quatuor met également en vedette nul autre que Denis Lepage (le guitariste des brutaux B.A.R.F., qui a un temps tenu la guitare pour Groovy au début des années 2000) à l’accordéon reprenant les riffs de Iommi, François Héroux à la contrebasse avec le groove de Geezer, ainsi que le susmentionné Flûteux à la flûte traversière, qui suivait les intonations de ce bon vieux Ozzy, croqueur de chauves souris. Le groupe parfait pour ne pas faire freaker les mononc’ et matantes plus âgés ET pour faire tripper ceux qui encore et toujours adooorent rocker.

Et le plus incroyable était que, par ce soir déjà très spécial (le show d’adieu d’un des plus influents groupe rock EVER), on croisait Vincent (avec son flûtiste, en plus !) qui, tout bonnement, nous demandait si ça marchait toujours pour le gig au Fourquet Fourchette de Chambly (lieu de l’événement, qu’on intitula MCB/CG).

Lorsqu’on lui répondit par l’affirmative, en lui rappelant qu’on comprenait qu’il ne pourrait nous confirmer le tout que dans plusieurs mois, on eut droit à un « ne-non, vous êtes la première date sur notre calendrier pour 2016, tout est arrangé avec notre booker (…) c’est un honneur pour nous ! », qui nous grava instantanément tous deux une gargantuesque banane dans le visage, digne des meilleurs shows de Mononc’ Serge et Anonymus.

Suite… DEMAIN !

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Kristof G.

PHOTOS : Groovy Aardvark au Montecristo (2017-07-17) par KRISTOF G., sauf la dernière (d’un quartette de rockeurs heureux lors du show de Sabbath).

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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