Une histoire de Mastodon (deuxième partie)

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

[La fois où] j’ai rasé de me faire autographier le menton par les poings du rouquin guitariste de Mastodon – DEUXIÈME PARTIE

C’est alors que Brann vint cueillir les invités, pour les acheminer dans l’espace abritant les loges du Métropolis. En arrivant, on constata que la grande salle commune avait à peu près la taille et l’allure sobre et défraîchie d’une petite cafétéria de bureau. Donc, pas du tout le luxe qu’on pourrait s’imaginer, quand on pense aux rock stars du monde entier tel qu’Hollywood se plait à nous le romancer. S’y tenait une bonne trentaine de rockeurs trentenaires, la plupart un tantinet éméchés, après s’être pris en pleine tronche pas mal de décibels, tout en s’enfilant plusieurs bières pas trop bonnes presque au double du prix habituel, hélas le lot de la plupart des salles de spectacles de cet acabit, et ce même si c’est quand même moins pire qu’au Centre Bell, oui.

2016-02-MASTODON_VIPpassEn bons Saguenéens d’origine, on alla tous saluer Jean-Yves Thériault dit Blacky (Voïvod) qui était là, fidèle à son habitude, aussi loquace que flegmatique. Je me souviens* l’avoir félicité d’avoir invité Dopethrone (le secret le mieux gardé du sludge montréalais) au culte festival néerlandais Roadburn. C’est que Voïvod était curateur d’une soirée – nommée Au-delà du Réel ― lors de l’édition 2012, qui allait avoir lieu quelques mois plus tard. *Je dois avouer que c’est à peu près à ce moment-là que la soirée commence à être nébuleuse et que ce qui suit est un mélange de souvenirs embrouillés et des commentaires de Klimbo et co.

Si Troy Saunders (bassiste hirsute de profession au sein de Mastodon) jasait avec d’autres gens dans l’autre coin de la pièce, Bill est passé nous voir afin de nous offrir des Heineken, en plus de nous montrer ses nouveaux picks avec sa face dessinée sur l’un des côtés. Même si son collègue possédait un aura de trouble comme peu d’autres, mon enthousiasme débordant ne m’empêcha aucunement d’aller saluer le dénommé Brent Hinds, afin de lui serrer la pince et surtout le remercier pour l’excellent concert qu’il venait de livrer.

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Oui, cet ex-menuisier, sans-abris dans une autre vie et tatoué-dans-face de Hinds était un solide fumeur de pot notoire (il l’est toujours) doublé d’un fauteur de trouble slash délinquant récidiviste qui s’en calice. Sérieux. En 2007, le dude a même fait un tour dans le coma ― il a même failli y rester ― pour avoir solidement niaisé un gars (apparemment un pote de Shavo Odadjian, bassiste de System of a Down), qui ne l’a pas trouvé drôle du tout.

Aux Video Music Awards, un Hinds complètement saoul aurait enlevé son chandail pour ensuite fouetter Odadjian et son ami avec, ce qui a vraisemblablement très mal tourné. Comme les galas semblent l’inspirer, il s’est fait également jeter dehors des Grammys en 2015. En tous cas.

Or, dans mon enivrement tout ce qu’il avait de plus enjoué, je n’avais pas du tout pensé à son passé. Le fait est que je suis un gars ultra (trop ?) chaleureux, un close-talker qu’y disent, dont la bulle est minuscule, alors que celle du susmentionné guitariste est surdimensionnée. Donc, vous comprendrez qu’il est aisé de s’y retrouver sans avoir réellement été invité.

Après ladite poignée de main et les remerciements d’usage, le bon Hinds me retourna la pareille en m’invitant à en griller un, histoire de décompresser post-concert tout en socialisant amicalement dans cet espace mythique. On était comme sur une autre planète. Dans la quatrième dimension. Avec les gars de Voïvod, Dillinger, Red Fang et Mastodon, dans le backstage enfumé du Metropolis. On n’y avait mis les pieds qu’à deux reprises auparavant, soit en 2002 pour rencontrer la bande à Rob Zombie (on y reviendra prochainement), alors qu’en 2008, c’était le tour des gars de Fear Factory, Prong, Meshuggah et Ministry (l’histoire est pas pire aussi).

Tout en boucanant joyeusement, je ne m’arrêtai pas de jaser, en bon verbomoteur que je suis, bombardant Hinds de questions en tout genre, comme par exemple en m’informant de l’attitude de la foule du show de la veille à Toronto, et cetera et cetera. Jusqu’à ce que le rouquin ménestrel se tanne (sans que je m’en rende compte : il tentait apparemment de se distancer… en vain). Et qu’est-ce que ça fait un maître ès six-cordes aux tatouages faciaux quand un fan légèrement (lire : pas mal) étourdi/entêté et beaucoup trop énergique pour lui ne saisit pas les signaux et n’arrête pas de lui jaser intensément avec son gros accent du Saguenay de plein d’affaires à deux pouces du nez ?

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Et bien, ça explose verbalement (heureusement), en me balançant en pleine gueule un…

« MAN ! YOUR FACE IS LIKE A PUNISHMENT ! »

…bien senti, afin que je comprenne enfin que je devais sortir là, maintenant, subito-presto, de sa bulle ou ç’allait barder. TA FACE EST COMME UN CHÂTIMENT. Come on! Mon nez, y’est pas si gros, t’sais…

À ce moment, on aurait pu entendre des criquets (ceux de la cour en arrière de chez Philip H. Anselmo, le sujet de notre prochaine chronique) ou une mouche volent, avant d’entrer dans la machine à Brundle ― à cet instant précis, on l’aurait bien utilisé le rutilant télépod de Cronenberg pour disparaitre vite fait bien fait. Ouch.

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Sous le choc (beaucoup plus surpris que mes amis, quoique proportionnellement moins humilié : ma mère a toujours dit « si on ne vaut pas une risée… »), en réalisant tout haut que le problème était principalement la proximité, je reculai de deux pas, en prenant soin de placer un pote entre le gueulard et ma grosse face de châtiment, en lui demandant si c’était mieux ainsi, avant de m’excuser platement. Brent acquiesça et dérougit tranquillement. Quant à nous, on finit rapidos nos broues, penauds et honteux, pendant que les conversations reprennent (enfin !) autour de nous.

Vous comprendrez que même si le ridicule ne tue pas, on ne s’est évidemment pas éternisé, notre niveau de fun ayant drastiquement chuté suite à cet enchainement impromptue des six susmentionnés mots… qui sont, on doit l’avouer, digne des meilleurs films de Bob Clark ― sérieux, ça rivalise avec le « YOU’LL SHOOT YOUR EYE OUT » de A Christmas Story, non ? Je ne peux nier le fait que je l’avais probablement (vraisemblablement) cherché : bien que mes souvenirs sont légèrement embrouillés (on dirait une cassette tapée de cinquième génération !), on s’imagine très bien tournoyer autour de Hinds comme une mouche à marde, tel que mes potes se sont plait à me raconter en détails par la suite, en se marrant de ma gueule. 😉

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En quittant, comme je déteste toute forme de conflits, après être allé remercier Bill et Brann pour l’invitation/hospitalité, j’allai prudemment voir Brent, afin de m’excuser une fois de plus du malentendu, et lui expliquer que je suis du genre affectueux, que veux-tu. J’en profitai pour lui souhaiter une excellente journée de congé et un bon thanksgiving, comme Mastodon n’avait pas de concert le lendemain, qui se trouvait aussi à être le jour de cette fête chère aux Américains. Défâché, il me serra la main, sans rancune (je l’espère, du moins), et je pus repartir soulagé, l’orgueil légèrement égratigné, tout en ayant le sentiment d’avoir eu un sacré moment, avec un des gars de Mastodon. Ma face est un châtiment, ‘est bonne en sacrement. Ça ne s’invente pas, oh non. Il me manque juste un selfie avec Brent pour fermer la boucle. Si je suis chanceux, qui sait, je vais peut-être tomber sur Brent au bar VIP d’Heavy Montréal cet été…

Kristof G.

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PHOTOS : KRISTOF G.

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Lorsqu’il ne te parle pas de préoccupations métalliques, Kristof G. t’invite dans les coulisses des tribulations journalistiques d’un fan de métal perspicace et autodidacte, s’ayant médiatiquement taillé une petite place, en balançant son infectieux enthousiasme dans ta face.

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