Métal en rafale : Benighted, Woods of Desolation, Dephosphorus, Morbus Chron, Artificial Brain et Black Fast

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CarnivoreSublimeBENIGHTED – Carnivore Sublime
Season of Mist | février 2014

7.8

Réglons le cas de la pochette de ce plus récent disque du groupe français Benighted. Ça n’entre pas trop dans mes goûts. À la limite, je dirais même qu’elle a quelque chose de démodée (surtout en comparaison aux précédents Asylum Cave et Icon). Mais au-delà de mes préférences en matière de couvertures d’albums, vous avez peut-être eu vent du mini-scandale causé par le sein qu’on retrouve sur ce Carnivore Sublime. Un prétexte assez important selon facebook pour fermer la page officielle du groupe, alors que les pages « pornstars » et « AK-47 » sont toujours bien actives et attirent encore plus de gens (merci à No Clean Singing de l’avoir soulevé ici). Bref, si vous avez besoin d’évacuer votre rage faute de toute cette absurdité d’une hypocrisie sans nom, le contenu musical de Carnivore Sublime pourra vous faciliter la tâche. Entremêlant grindcore, death métal tout en incorporant ça et là quelques touches de metalcore, Benighted continue de faire dans l’extrême et la brutalité avec une aisance peu commune. Bien entendu, l’originalité est mise à l’écart, mais c’est au profit d’une énergie d’une telle efficacité qu’on ne peut demeurer stoïque. Quelques arrangements un peu plus étoffés surgissent de temps à autres (Experience Your Flesh et les percussions sur Carnivore Sublime), ce qui évite de laisser cette impression de redondance qu’on retrouve parfois avec ce genre de groupe. La performance vocale déjantée de Julien Truchan impose également le respect, alors que ce dernier passe d’un vocal où on a l’impression qu’une truie se fait égorger, à des rugissements aussi hargneux que caverneux comme si de rien n’était.

https://benighted.bandcamp.com/album/carnivore-sublime

AsTheStarsWOODS OF DESOLATION – As The Stars
Northern Silence Productions | février 2014

8.1

Troisième disque de ce projet initié par le musicien Australien D. (ex-Grey Water et ex-Forest Mysticism), As The Stars de Woods of Desolation devrait intéresser ceux et celles qui ce sont pâmés à l’écoute de Sunbather de Deafheaven. En écrivant cela, j’ai le sentiment que je risque de perdre quelques joueurs, mais vous ne devriez pas rebrousser chemin aussi rapidement. Au-delà de cette comparaison, Woods of Desolation donne dans un black/shoegaze incroyablement accrocheur. D’ailleurs, sachez qu’As The Stars comporte des titres dépassant rarement le cap des 5 minutes, donnant des morceaux certes plus condensés, mais allant surtout droit au but. À la fois mélodique et lumineux, cet album envoûtant possède son lot de passages mélancoliques, conférant à l’ensemble de l’oeuvre un côté dramatique assez puissant qui pénètre jusqu’aux entrailles. Parmi les faits saillants, on retrouve les titres Like Falling Leaves, This Autumn Light, Withering Filed ainsi que la pièce Anamnesis,qui ramène directement à Katatonia dans sa période Brave Murder Day-esque. En attendant de pouvoir entendre cette merveille sur vinyle, et malgré son cachet de prodution lo-fi, je me satisfais pleinement de la version numérique qui ne se trouve uniquement que sur bandcamp.

https://woodsofdesolation.bandcamp.com/album/as-the-stars

DephosphorusDEPHOSPHORUS – Ravenous Solemnity
7 Degree Records | février 2014

7.9

De l’astrogrind, ça te dit quelque chose? Eh bien, moi non plus! Ou plutôt, ça ne me disait rien, jusqu’à ce que je tombe sur Dephosphorus. C’est par le terme « astrogrind » que se définit ce groupe issue de la scène métal en Grèce. Ouin. Donc, si j’ai bien compris, les musiciens semblent tripper sur des concepts de méditation permettant à l’esprit une forme d’ouverture universelle, appliquant leur philosophie sur une musique extrême. Genre. Mais au-delà de leur démarche astrale, Dephosphorus nous plonge, musicalement parlant, dans un univers aussi sombre qui diversifié. Si essentiellement, le groupe alterne principalement entre grind, hardcore et death, à peu près tous les sous-genres finissent par être entendus dans l’une ou l’autre des 14 pièces qui composent ce disque. Je vous invite par la même occasion à porter une attention toute particulière au jeu à la fois énergique et subil du batteur John Votsis. Pour les fans de Napalm Death, Enslaved et Gorguts. Notez que si vous achetez la version numérique de ce très bon Raveous Solemnity, vous obtiendrez en bonus un cover de Discharge (The Blood Runs Red) assez fidèle à l’originale, sans toutefois la surpasser (évidemment!).

https://dephosphorus.bandcamp.com/album/ravenous-solemnity

Morbus-Chron-Sweven-608x608MORBUS CHRON – Sweven
Century Media | mars 2014

8.2

Il suffit d’être plus ou moins attentif pour que ce disque paraisse ennuyeux au premier abord. C’est que, ce second enregistrement de Morbus Chron intitulé Sweven n’abonde pas dans la même direction que leur précédent Sleepers in the Rift. Il faut préciser que Morbus Chron s’éloigne du death « à la Entombed », pour livrer un album beaucoup plus nuancé, voire exploratoire. Les musiciens suédois ont de tout évidence travailler afin de mieux définir leur identité musicale. Sweven s’avère ainsi un disque introspectif qu’il faut apprivoiser, devenant de plus en plus attreyant avec le temps. Alternant fréquemment entre guitares acoustiques ou cleans et des riffs heavy, les interventions vocales se font discrètes, voire presque rares. On semble cette fois vouloir miser davantage sur les ambiances en laissant place à de longues phrases instrumentales ou figures rythmiques qui reviennent même d’une pièce à l’autre. Par exemple, la fin de It Stretches In The Hollow ramène à la pièce d’ouverture, Berceuse. Le changement de cap de Morbus Chron peut s’apparenter à celui de Tribulation avec leur Formulas of Death qui venait agréablement déstabiliser les fans de l’album The Horror. En revanche, les influences musicales sur Sweven sont toutes autres et très diversifiées, alors que l’on peut songer autant à Voïvod que Cormorant ou encore Sabbath. Pour apprécier Sweven à sa juste valeur, l’immersion complète est suggérée.

LabyrinthConstellationARTIFICIAL BRAIN – Labyrinth Constellation
Profound Lore | février 2014

9.1

C’est encore un peu tôt (à la limite risqué) pour me prononcer de la sorte, mais si Labyrinth Constellation d’Artificial Brain ne se retrouve pas parmi les pôles positions de mon palmarès de fin d’année, c’est qu’il y aura des sorties crissement hallucinantes au cours des prochains mois. Sans déconner, ce projet du guitariste Dan Gargiulo (Revocation) et du chanteur Will Smith (ex-Biolich) se rapproche dangeureusement de la perfection. Dans la même veine que Gorguts, avec un intérêt pour des thématiques empruntées à la science-fiction, ce qui n’est pas sans rappeler l’imaginaire de Voïvod, le groupe basé à New York catapulte l’auditeur dans un violent tourbillon qui fait décrocher la mâchoire. Artificial Brain y va donc d’un death métal technique de haute voltige, aussi brutal que saisissant, qui est beaucoup plus accessible qu’on ne peut l’imaginer à la première écoute. En effet, malgré de nombreux changements et plusieurs accords dissonants, les structures des pièces demeurent assez conventionnelles. Enfin, disons que chacune des sections s’imbriquent à merveille et sont si bien écrites, que les points de repères deviennent rapidement très clairs. De plus, au-delà des qualités musicales et d’exécution, les musiciens ont eu la brillante idée de requérir les services de Colin Marston (Gorguts, Vaura, Krallice) à la prise de son, au mix et au mastering. Son style de réalisation se fait clairement entendre et on ne peut que s’en réjouir. Ce gars-là a une feuille de route des plus intéressantes et son travail, tant à titre de musicien que d’ingénieur du son est exemplaire. C’est simple, Artificial Brain est l’une des meilleurs choses qui soit arrivé au métal américain ces dernières années.

https://profoundlorerecords.bandcamp.com/album/labyrinth-constellation

StarvingOutTheLightBLACK FAST – Starving Out The Light
Indépendant | août 2013

8.1

Chuck Shuldiner te manque. À moi aussi. Sa mort prématurée laisse encore un vide dans le monde du death métal… Pour moi en tout cas. Et là, je ne sais pas si le musicien disparu est une source d’inspiration pour Black Fast, mais bon sang que son aura plane sur ce Starving Out The Light. Particulièrement en ce qui a trait à la voix d’Aaron Akin, aussi guitariste de cette formation du Missouri. Par contre, musicalement parlant, Black Fast donne davantage dans le black et le thrash. D’ailleurs le style de picking se rapproche de ce qu’on entend parfois dans Skeletonwitch. On compare également le groupe à des bands tels que Vektor ou Coroner, ce qui n’est pas faux. L’attribution du terme « progressif » que l’on accorde au groupe vient probablement des multiples changements de riffs qu’on se fait balancer d’un morceau à l’autre et ce, toujours avec une cohérence étonnante. Et puis, il y a tous ses solos über cool, dignes de ce que Friedman et Mustaine pouvaient livrer à l’époque de Rust in Peace. Ça risque de vous achever solide. Malgré une production au spectre sonore un peu mince, la pièce Obelisk devrait vous convaincre de vous taper l’opus en entier. Avec une durée totalisant l’âge du Christ, mais en minute (pas en âge, t’sais!), vous n’aurez pas trop le temps de vous ennuyer à l’écoute de Starving Out The Light.

https://blackfast.bandcamp.com/album/starving-out-the-light

About Alexandre Duguay

Rédacteur, intégrateur et développeur web. Autrefois musicien (violoniste et guitariste). Toujours mélomane, cinévore et audiophile. Collectionneur de vinyles, cassettes et VHS.

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