Critique de Unrelenting Fucking Hatred – Rage Nucléaire

Je n’oublierai jamais cette sombre soirée d’hiver de 1994 dans un bar minable de Jonquière où j’ai découvert le chanteur Lord Worm avec son band de l’époque, Cryptopsy. Non seulement je n’en revenais pas de voir ce grand type lugubre bouffer des vers de terre sur scène, mais ce qui m’avait encore plus étonné, c’était cette voix complètement démoniaque qui ferait passer la p’tite fille dans L’Exorciste pour Tinky Winky. Depuis son départ du groupe, nous n’avions malheureusement pas beaucoup de nouvelles de Lord Worm, mais le voilà de retour plus violent et disjoncté que jamais avec son nouveau projet black métal, Rage Nucléaire.

Le groupe existe depuis déjà l’année 2000 mais ce n’est que tout récemment que Rage Nucléaire a lancé son premier album intitulé Unrelenting Fucking Hatred, un titre qui résume assez bien la musique, c’est le moins que l’on puisse dire. La formation québécoise n’y va pas avec le dos de la main morte avec son black métal crasseux et c’est un produit qui n’est pas accessible à tous, il faut être fan du genre. Si je peux me permettre une comparaison quelque peu boiteuse, j’irais avec le premier opus d’Anaal Nathrakh. J’ai d’abord dû me taper ce disque à au moins cinq ou six reprises pour être capable d’embarquer et pouvoir saisir les mélodies (!?). Si le but de Rage Nucléaire est de déstabiliser son auditoire, et bien c’est une réussite sur toute la ligne. À première écoute, ça ressemble à un gros vomi sonore de 50 minutes composé de blast beats, de cris infernaux et de guitare «fuzzy» à l’os, tout ça sur une couche de claviers sinistres et de samplings apocalyptiques.

L’exercice demande de la patience certe, mais en bout de ligne en vaut le coup. J’aime bien Unrelenting Fucking Hatred, malgré le fait que la musique de Rage Nucléaire soit extrêmement homogène. Comme je le mentionnais plus tôt, j’avais l’impression de toujours entendre la même chanson aux premières écoutes, cependant les mélodies se développent lentement à chaque audition. Et honnêtement, je n’avais pas été très convaincu des extraits disponibles avant la sortie du disque. C’est donc un album qui se savoure dans son intégralité malgré sa longueur. Pour ce qui est des comparaisons avec l’ancien groupe de Lord Worm, mis à part la voix, Rage Nucléaire ressemble autant à Cryptopsy qu’il peut ressembler à 3 Gars Su’l Sofa. Donc rien à voir avec la troupe de Flo Mounier. Le chanteur l’a mentionné à maintes reprises, il préfère de loin le black au death métal et il se paie toute une traite avec ce projet. C’est d’ailleurs lui qui vole le show sur Unrelenting Fucking Hatred. Sa voix est encore aussi spéciale et troublante, ses cris sont démentiels et son débit ne cadre pas toujours avec la musique. Le gars gueule sa haine selon ses émotions, ce qui selon moi fait tout le charme de Mr. Worm.

Ce bal de l’horreur débute de manière violente avec la convaincante Violence is Golden, pas de dentelles ou de préliminaires avec Rage Nucléaire. La mélodie omniprésente des claviers, les blast beats effrénés et les bruits de sirènes à la fin glacent le sang. Ne cherchez pas de ballades ou de rhythmes plus mid-tempos, c’est dans l’tapis tout le long. Rage Nucléaire est un enfant maudit. Et comme si la musique n’était pas assez intense comme ça, on retrouve à travers ce disque des samplings de filles qui pleurent, des cris de cochons, de bruits mitraillettes et j’en passe, bref ces sons arrivent de nulle part et nous font littéralement sursauter tellement ils sont à un volume élevé dans le mixage. Un autre titre qui se démarque est The Gift Of Furnace où Lord Worm, un peu à la manière de Slayer sur Angel Of Death, prend la position du bourreau nazi. Le sinistre personnage se défend bien d’être raciste envers les juifs ou quelconque race, il se prétend plutôt raciste envers l’humanité entière. C’est d’ailleurs évident en lisant les textes (tout à fait inaudibles) sur Unrelenting Fucking Hatred. Pas le genre d’album à écouter dans la voiture en ballade familiale du dimanche après-midi, mettons.

La réalisation quant à elle est totalement appropriée à la musique. C’est bruyant, cacophonique et opaque. La guitare de Dark Rage (Frozen Shadows) se tient en arrière-plan alors que les claviers de Alvater (bassiste aussi de la formation) sont très présents et donnent le ton à la musique. Bien sûr la voix de Lord Worm est mise en évidence et le résultat est absolument saisissant. C’est d’ailleurs ce travail à la réalisation qui semble en rebuter plus d’un si je me fie aux critiques parues à date. Chacun ses goûts, je trouve personnellement que ça cadre parfaitement avec l’esprit du groupe. L’accent est mis sur la brutalité et non la technicalité. Rage Nucléaire propose ici un vacarme sans merci à couper le souffle.

Unrelenting Fucking Hatred est un excellent premier album pour Rage Nucléaire. Le groupe a d’ailleurs déjà un nouvel album en chantier, il sera intéressant de voir si ces tortionnaires seront capables de maintenir ce train d’enfer. Si vous cherchez une trame sonore pour votre fin du monde, c’est drette ça. Pour oreilles averties, je vous aurai prévenu.

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