King Diamond: la rétrospective

Kathy Flynn, WickedGoddessPhotography.com

C’est quoi King Diamond? C’est le nom de scène du chanteur Kim Bendix Petterson et de son groupe éponyme. Qu’est-ce qu’il font? Des contes d’horreur chantés de façon théâtrale sur du heavy métal.

Leurs compositions sont légèrement atypiques pour le style. Sans être prog, certaines tounes ne s’appuient pas sur le traditionnel refrain-couplet, on voit surgir des narrations impromptues, parfois trois ou quatre solos de guitares par chansons. Les jeux de cordes sont d’ailleurs menées par une main de maître depuis le début par Andy LaRocque. On a des claviers lugubres et old school à l’occasion… et bien sûr, un registre large de styles vocaux, avec toujours une bonne dose de fausset à en fendre les tympans.

À l’aube de la sortie du treizième coup d’éclat de King Diamond, The Institute, je me suis dit qu’on était dû pour une rétrospective de leurs accomplissements musicaux, question de se remémorer leurs bons coups et donner un kit de départ complet pour les ceuzes qui souhaitent les découvrir. Plutôt que de faire un déchirant classement « du pire au meilleur », je passe au travers les histoires fantastiques racontées sur chacun des albums, je vous donne subjectivement mon appréciation globale de l’oeuvre et vous propose une sélection de mes trois meilleures chansons. Vous êtes prêts?

Fatal Portrait -1986

Le premier album de King Diamond ne raconte pas d’histoire en continue au fil des chansons, alors je ne m’étendrai pas trop longtemps pour le décrire. C’est un excellent disque qui lance le bal avec l’énergie et le vocal si unique à King Diamond. The Candle est encore jouée régulièrement en spectacle, Dressed in White est entraînante et glorieuse, et tin pour varier, The Jonah, qui a un rythme plus lent, je l’aime ben parce que j’arrête pas d’avoir des visions du chanteur Jonas déguisé comme King Diamond quand je l’entends.

Maintenant, on se lance pour vrai!

Abigail – 1987

Avez-vous déjà fait l’acquisition d’une maison avec des vices cachées? Infiltration d’eau,  murs lézardés, voisins qui se baignent en faisant jouer du reggaeton pis en buvant des Breezers? Consolez-vous, parce que Jonathan LaFey et Miriam Natias ont vécu pire: en 1845, ils ont hérité d’un manoir abandonné où traînait dans une crypte le cadavre de Abigail, bébé mort-né possédé par un esprit maléfique. C’était l’ancien proprio, le comte Lafey, qui avait tué cet enfant. 

Bah finalement c’est peut-être une coche moins pire que du reggaeton avec des Breezers

Le sort s’était scellé  le 7 juillet 1777 quand le comte s’était rendu compte (quel début de phrase atroce) que sa femme portait un enfant qui n’était pas de lui. N’est pas Joseph qui veut pour prendre ça chill, le bonhomme a poussé sa femme en bas des marches, elle s’est cassée le cou, le foetus est sorti, pis le sympathique comte l’a momifié en lui disant « Je te prénomme ABIGAIL pis tu vas reposer dans la HONTE». On a connu mieux comme début de vie!

Dès que le jeune couple s’installe dans leur nouveau nid douillet, des ombres rampantes envahissent leur maison… trop tard, le mal est fait. Le lendemain, le fantôme du comte Lafey apparaît à Jonathan! Il le guide jusqu’au sarcophage de Abigail et lui explique, ben relax, qu’il doit à son tour pousser sa femme en bas des mêmes escaliers, parce qu’elle est maintenant possédée et va ré-accoucher de Abigail. Jonathan ne réagit pas à temps et la prophétie de l’aïeul se réalise: Abigail prend les commandes à partir du ventre de sa maman, qui finit elle-même par crisser Jonathan en bas des marches. Miriam hurle en fixant les yeux jaune de Abigail et meurt après l’accouchement. Abigail, née une deuxième fois, privée de lait maternelle, décide, pour se donner des forces, d’aller manger le cadavre de son ancien corps dans le sarcophage. Une DME audacieuse qui n’est pas, à mon grand dépit, recommandée dans le guide «Mieux Vivre avec son enfant de la grossesse à deux ans».

Pour finir l’histoire, des chevaliers noirs emportent le bébé pour une cérémonie dans une chapelle, dans le bois…

Tout ça est raconté de façon très graphique à travers neuf chansons. 

Alors bienvenue dans l’univers de King Diamond la gang. Il me reste 10 autres albums à décrire, faque si vous aimez pas ça, y’é encore temps de rebrousser chemin pour aller écouter, je sais pas, du Brigitte Boisjoli ou du Claude Bégin

Abigail est souvent classé par les critiques comme étant le meilleur album de King Diamond. Ça se comprend, il y a le plus épique trio de chansons de toute sa carrière: Mansion in Darkness, Family Ghost et The Black Horsemen. Il y a quelques chansons moins marquantes, mais l’ensemble de l’oeuvre dégage une atmosphère terrifiante et le tout est franchement génial. King Diamond tentera de renouveler la formule dans les albums subséquents.

THEM – 1988

Dans le bon vieux temps, quand une vieille virait folle, on la shipait pas croupir en CHSLD comme dans notre siècle désincarné. On l’envoyait en vacances lui refaire une santé, pis on refaisait une beauté à sa maison! 

Et là, c’est pas clair: il appert que King Diamond, sa soeur et leur mère ont déménagé dans la maison de leur grand-mère pendant son séjour, qui est peut-être finalement pas un séjour en Floride, mais bien dans un asile. La grand-moman, à son retour, laisse sous-entendre qu’elle avait apporté, avec elle, sur son site de villégiature, une couple d’esprits de sa maison, qu’elle désigne comme étant «THEM». Aussitôt rentrée dans sa chambre dans le grenier, elle retrouve d’autres esprits, toute sa gang est réunie et le party pogne. Ça réveille King Diamond, qui va espionner: il entend des voix qui ricanent, mais oh surprise, sa grand-mère est seule avec des tasses de thé qui lévitent autour d’elle! «Et voilà, tu connais mon secret: cette maison, qui s’appelle Amon, leur appartient». 

La mémé kidnappe sa propre fille, l’endort dans sa chaise berçante, lui coupe la main et prépare un thé infusé avec son sang, qu’elle donne à King. Dès la première gorgée, le King entend les esprits de Amon chaleureusement lui raconter des légendes, il tripe, c’est comme du Fred Pellerin sur la MDMA. Le lendemain, la maman de King est malade, mais sous envoûtement, il refuse de lui venir en aide. Missy les pogne à faire un autre rituel de thé au sang maternel, elle s’insurge, la grand-mère tente de la battre, Missy brise la théière. Les esprits de Amon s’en mêlent, la garrochent en bas des marches (on voit un pattern ici). King se sauve, reprend un peu ses sens -la théière fracassée a atténué le pouvoir des esprits sur son corps- puis regarde par la fenêtre: les esprits font voler une hache, tuent Missy, allument un feu et la brûlent. King capote, va chercher sa grand-mère, l’amène dans le bois et, comme il n’a pas d’armes sous la main, l’assassine en lui croquant la gorge. Il se sauve, toujours avec l’impression d’être encore possédé.  

Un certain Docteur Landau le retrouve le lendemain à moitié fou. Et là, pardonnez-moi, je ne suis pas certain s’il l’incarcère dans un asile sans permission de sortir ou s’il a droit à sa liberté, parce que, en guise de conclusion, on apprend que King retourne cogner à la vieille demeure pour y retrouver Missy et sa grand-mère avec le cou tranché, pour déguster une autre bonne tasse de thé avec tous leurs amis invisibles. Est-ce son être de chair, ou seulement son esprit qui vagabonde ainsi dans le monde des morts? On nous laisse sur cette note terrifiante…

Them est l’album de King Diamond qui offre le plus de consistance d’un bout à l’autre en terme de qualité de compositions, mais au niveau de la production… bah faut être honnête, cet album sonne un peu cheap! Toutes les tounes sont excellentes, avec en tête de liste une plus connues: Welcome Home. Pour compléter ma sélection je vais y aller avec Tea, parce qu’une chanson métal qui parle de prendre le thé avec une grand-mère, surtout un thé au SANG, c’est métal en sacrament, pis pour finir, A Broken Spell, pour les trois solos du guitariste virtuose Andy Larocque.

Conspiracy -1989

Conspiracy est un des albums les plus survoltés de King Diamond, avec son lot de riff rapides et échevelés. L’histoire l’est tout autant; c’est dur à savoir si on est rendu dans un rêve, dans le monde des morts, en présence d’esprits ou en présence de vrai monde évoluant réellement dans cette vraie vie de marde. 

Il s’agit de la suite de l’histoire de Them: King Diamond, après un séjour en asile, semble maintenant habiter dans Amon, qu’il a bel et bien cédé aux esprits (THEM) grâce à un pacte. En même temps, il suit des thérapies chez Docteur Landau, auprès de qui il tente de passer pour un homme équilibré, même s’il entend encore des voix chanter toute la nuit. Il n’a jamais revu sa mère et il erre dans les cimetières en tentant de rapatrier l’esprit de sa soeur décédée, mais finalement c’est le fantôme de Missy qui lui apparaît drette à côté de son lite pour lui dire en rêve: fais attention man! Docteur Landau s’est acoquiné avec notre mère et le prêtre du village pour te trahir et reprendre la maison! Le Doc et la maman piquent King avec une seringue pour l’endormir et le mettent dans un sarcophage, avec l’aide du prêtre, qui a comme rôle de tenir une croix pour pas que le démon sorte – oui monsieur, trois ans à Nicolet pour apprendre cette technique de contention- ils le brûlent et le dompent dans le cimetière à côté des restes de sa soeur. Comme on est dans le monde du métal, c’est certainement pas les chrétiens qui vont gagner, et King fait la promesse de retourner hanter tout ce beau monde. 

Comme pour Abigail, on a ici des compositions épiques et des chansons un peu plus faibles, mais l’ensemble est excellent. On choisit quoi pour le top 3 de ce grand classique du métal? Sans hésiter, la pièce d’ouverture At The Graves, un neuf minutes de rock déchaîné, d’enchaînement de riffs saccadés, un must en show; L’incontournable et intense Sleepless Nights, dans le top 10 des meilleures chansons de la carrière de King Diamond; et allons-y pour A Visit From the Dead, pour son séduisant refrain.


The Eye -1990

King Diamond nous paye un voyage historique chez nos cousins de la FROOOONNNCE pour nous plonger dans cette période sombre que fût l’Inquisition. King utilise des faits et personnes réels dans ses chansons, ouf, ça donne la chair de poule. À quand une histoire d’un livre de la série Chair de Poule chantée par King Diamond, QUAND? 

The Eye, c’est le nom de l’amulette que portait Jeanne Dibasson en guise de collier lorsqu’elle a été condamnée au bûcher. On y voit des choses atroces quand on regarde le coeur, le centre, l’OEIL de ladite garnotte. Le collier est retrouvé plus tard par Madeleine, une jeune femme ayant pêchée, résolue à laver son impureté en se faisant soeur au couvent de Saint-Louis. Dès qu’elle enfile le bijou, soudainement tout change autour d’elle… le Père Pierre David meurt pendant la communion et la direction de l’institut est transférée au père Mathurin Picard, qui se révèle être un profanateur,  sorcier crucifieur de bébés! La débauche envahit la place. The Eye c’est vraiment comme un collier pur noisetier mais qui attire le mal au lieu de faire le bien. Finalement Madeleine et Father Picard seront arrêtés.



Êtes-vous attirés par la perversité, la débauche… les crimes… et bien vous serez tentés de prendre l’amulette et le regarder drette dans le The Eye, mais King Diamond ne veut pas partager son précieux avec vous!

Cet album est classé toujours assez haut par les fans de longue date. Musicalement, The Eye est un album définitivement plus digeste que Conspiracy: il déploie des structures de chansons plus traditionnelles et davantage de vers d’oreilles faciles à capter dès les premières écoutes. Tout le stock est bon et se vaut pas mal, sauf pour quelques petits moments de narration qui ralentissent la cadence. Le son du drum machine est un peu daté (the Eye est le seul album de King Diamond sans batteur humain) et les guitares auraient eu besoin d’un peu plus de force, mais les claviers enrobent bien le tout et l’ambiance générale qui se dégage de l’album est réussie. On ne peut ignorer le premier morceau Eye of the Witch, qui n’est pas mon meilleur de l’album, mais qui est joué régulièrement en spectacle. C’est plutôt Into the ConventBehind These Walls et 1642 Imprisonment qui ont réussi à me charmer.

The Spider’s Lullaby -1995

Après un hiatus de cinq ans et du temps consacré à son autre groupe Mercyful Fate, King Diamond se remet au travail avec Andy et d’autres musiciens! On a six pièces indépendantes et quatre pièces formant une petite histoire: celle de Harry, un homme ayant la phobie des araignées qui décide de se faire soigner au sanitarium de Devil Lake par le docteur Eastmann. Il semble plutôt s’y faire torturer et une araignée pond des oeufs dans la tête de Harry alors qu’il était attaché à son lit. Était-ce une de ces fameuses veuves noires trouvées dans les sacs de raisins verts de l’Ontario? Le pauvre en crève. Merci bonsoir! 

Un très bon disque, mais ce n’est peut-être pas le plus essentiel de King Diamond. Il ne contient pas de grands classiques adulés par les fans et sa saga écourtée est plus ou moins bien scriptée. L’album est moins enchanteur que son prédécesseur The Eye, mais les guitares sonnent plus grasses et King Diamond est revenu avec un vocal plus criard, glauque, grave et torturé. Personnellement j’aime bien ce virage, qui va s’accentuer pour ses prochains faits d’armes, mais certains puristes et fans de la première heure se sont mis dès lors à le dédaigner et persistent à ne jurer que par les cinq premiers opus.

On passe de bons moments sur Spider’s Lullaby: Killer demeure un de mes meilleurs morceaux de KD. The Poltergeist et Room 17 valent également leur pesant d’oeufs d’araignées. 

The Graveyard -1996

King Diamond incarne dans The Graveyard un pauvre motté injustement incarcéré par le maire du village, qui se révèle être un gros crotté qui bat sa fille. King s’échappe de l’asile à moitié fou, se réfugie dans un cimetière et va kidnapper Lucy, la fille du maire. Il l’enterre et appelle le maire pour qu’il vienne essayer de la retrouver. Tout le long de l’histoire, King est jamais certain s’il est sain d’esprit ou pas.

C’est de même dans vie tsé, quand tout le monde t’accuse injustement, tu passes ton temps à te démener à prouver ton innocence et tu finis par passer pour un radoteux, et le radotage est le premier pas vers la folie! Si j’avais été au Cégep en cinéma, j’aurais faite un crossover entre The Graveyard et le procès de Kafka comme projet de fin de dec sois-en certain. 

Pendant que le maire creuse pour essayer de retrouver sa fille, King décide de l’assommer et de l’amener dans la chapelle du cimetière pour le torturer. Il libère Lucy, mais elle fait accidentellement tomber une vitre et ça coupe le cou de King. Ce dernier croit que si on est décapité dans un cimetière, notre esprit migre vers notre tête et en reste prisonnier pour toujours. C’est ce qui lui arrive, mais heureusement, Lucy emporte la tête dans son sac à dos, pour qu’il puisse vivre avec elle pour toujours! 

Ouin! 

The Graveyard est un album mal aimé de la discographie de King Diamond. C’est que notre personnage d’évadé d’asile déconne vraiment: ricanements idiots, cris stridents à en pu finir, hurlements, gloussements de fou furieux, soliloques débiles. King Diamond s’auto-parodie et il a l’air sur la brosse. Ça peut taper sur les nerfs, mais moi j’haïs pas ça. La musique est twistée su un estie de temps et les guitares sonnent plus lourdes que sur ses albums précédents. Toutefois, c’est un peu long, ça s’essouffle vers la fin et on perd le fil de l’histoire; on aurait pu couper quatre-cinq chansons et le produit aurait été plus efficace. 

Ce qui fait la spécificité de cette oeuvre, c’est les chansons lentes beurrées de pure folie: on retiendra Sleep Tight Little Baby, Digging Grave et Up From The Grave. Je rajouterais pour compléter ce trio la chanson qui raconte le boute où King stalk la fille du maire en l’attendant après l’école: I’m Not a Stranger, des paroles malaisantes à souhait qui m’ont fait passer (encore) pour un pervers quand je l’ai chantée une fois dans un karaoke (en chantant par-dessus une vidéo YouTube là, oublie ça tu verras pas ça dans un grand cahier à côté de Provocante de Marjo). 

Voodoo -1998

Côté histoire, Le Roi Diamant commence à avoir ses grades d’agent immobilier. Dans Voodoo, il s’agit encore de déménagement dans un gros manoir où, oh surprise, le beef va pogner. Cette fois, ça se passe en Louisiane en 1932 et le maléfice provient d’un cimetière vaudou planté drette à côté de la demeure, la LOA House. David Lafayette, sa femme Sarah, enceinte, ainsi que son pépé, habitent donc désormais dans la maison de feu Jean LeNoir, un Houngan dont l’esprit se promènent encore dans la maison. Est-ce que c’est parce qu’il est rappelé régulièrement au monde des vivants par des adeptes du vaudou qui dansent en buvant du sang de poulet dans le cimetière? Parmi les cultistes, Lula, une femme aussi sombre qu’une ombre et Salem, le majordome de la LOA House.

Les Lafayette souhaitent se débarrasser du cimetière vaudou pour que l’oppression des morts et le son des tambours vaudous cessent de peser sur leur demeure. Imagine, t’es en 1932, pis t’endure déjà de la nuisance nocturne comme si t’habitais au-dessus du Millenium Night Club en 2001. Ils en font part à Salem, qui tripe pas à l’idée d’abandonner ses afterhours. Il les trahit en empoisonnant David avec une morsure de serpent et le grand-père et Sarah avec du Goofer Dust (un filtre malveillant à base de bouette de cimetière: recette ici). Alors qu’ils sont tous fiévreux, le majordome explique à Sarah qu’on ne peut détruire un cimetière vaudou, lieu sacré, au risque de ne jamais trouver le repos lorsqu’on meurt. En bonne occidentale, elle rejette ces sornettes du revers de la main. 

Elle avait oublié qu’elle vivait dans un album de King Diamond, et que les mauvais sorts et esprits malveillants sont choses aussi courantes que de croiser un écureuil à Montréal ou un F150 en Abitibi. 

Suite à une cérémonie menée par Docteur LeCroix dans le cimetière, des esprits de morts entrent dans le corps de Sarah. Le grand-père panique en voyant Sarah parler comme Dan Bigras, signe d’une possession grave. Il appelle l’abbé Malone pour pratiquer un exorcisme, mais le soldat de Dieu moffe son coup quand Lula apporte en douce la croix du Baron Samedi pour que Sarah puisse le frapper. Le grand-père, remis sur pieds, le mauvais sort de Salem n’ayant eu que peu d’effet sur lui, voit l’abbé en sang, puis, tadaaaam… étrangement, Sarah est dépossédée d’une shot, tout s’arrête; oui on est rendu à la douzième et dernière chanson, fallait une fin abrupte. La police et l’ambulance arrivent, tout le monde braille et se ramasse à l’hôpital. 

On apprend en guise de conclusion que la police croyait Salem mort depuis plusieurs années… que faisait-il donc à servir les Lafayette!!!? Encore un mort revenu à la vie!?! Comme dirait Richard Martineau: Allô?????????? On apprend aussi que Sarah a accouché d’un bébé qui parle à l’envers… eh oui, le vaudou est bel et bien réel.

En plus de faire étalage d’un champ lexical très amusant sur la religion vaudou, l’album déploie comme sur The Graveyard un jeu de guitare pesant et efficace avec des mélodies mystiques. Côté ambiance, on est bien gâté avec les claviers, l’orgue, voix ensorcelées et autres enrobages sonores fantomatiques. Y’a pas de banjo, mais c’est très louisianais pareil, on se sent vraiment comme dans un épisode de Cocotte Minute, mais grim. On constate, pour ce troisième album depuis sa pause, que les envolées mélodieuses de voix magique style opéra, caractéristique du King Diamond des années 80, ont définitivement cédé du terrain au profit de sa voix plus grave, nasillarde et lugubre. 

On est loin des radotages déments de Graveyard, mais l’histoire prend parfois le premier rôle devant la musique, créant des passages avec des narrations plus ou moins chantées,  ce qui fait de Voodoo une oeuvre pertinente à écouter d’un bout à l’autre. 

Même si j’ai constaté que les fans le mettent rarement dans le top de leurs listes, moi c’est un de mes meilleurs de King Diamond.

Trois incontournables: 

LOA House. C’est LA plus HEAVY et MA meilleure toune de KD. Hey! Je ne comprends pas pourquoi ils ne la performent pas en show :((

Ils préfèrent se tourner sur scène vers la un-brin-gossante-mais-festive chanson thème Voodoo. Coudonc! Elle est le fun pareil!

One Down Two to Go est aussi un peu comique, je l’adore. 

House of God – 2000

Et encoooore une histoire à dormir debout qui se dérrrrouuule en FROOOONNNCE! Ouais! À Rennes-le-Château semble-t-il! Dans la HOUSE OF GOD!!!

Cette bâtisse aurait été fondée par « quelqu’un qui s’est fait crucifié et torturé, mais qui n’est finalement pas mort », genre que Jésus se serait caché dans une cale de bateau pour aller fonder une église païenne en Europe avec sa Marie-Madeleine et que les successeurs de sa dynastie sont des loups-garous qui gardent son cadavre caché pour éviter qu’il ne revienne sur Terre. En veux-tu du complot en vlà! Trois ans après la sortie de House of God, le livre Da Vinci Code était publié… hum!  

King Diamond traverse une forêt à cheval et rencontre une apparition: un loup aux yeux bleus parmi des loups aux yeux jaunes. La bête l’amène non pas à un souper-spaghetti de la Meute, mais bien dans une église délabrée, la House of God. Le loup se transforme en femme de rêve et lui ordonne de ne plus jamais le quitter! C’est l’amour! Ils boivent du vin, mangent et fourrent, de graves péchés point de vue catholicisme! Alors que King et la madame role-playaient un prêtre avec une pécheresse, cette dernière revient brutalement à la réalité pour lui annoncer en larmes qu’elle a signé un pacte. Il doit à son tour le signer afin de la libérer, mais il sera à son tour prisonnier de la maison de Dieu et ne pourra en sortir qu’en se transformant à son tour en loup et en ramenant une autre proie. S’il ne le signe pas (avec son sang, dois-je spécifier), elle mourra dans sept jours. Faque il signe et est pogné à croupir et débuzzer seul dans l’endroit damné, jusqu’à ce qu’il découvre un passage vers rien de moins que l’ENFER où il rencontre une momie couronnée d’épines camouflée dans une statue de la Vierge Marie. Ah ben ah ben! Il décrisse de là et comprend que cette église n’est ni celle de Dieu ou de Satan, mais bien d’entités supérieures qui contrôlent TOUTE! Le Grand Chaos au-dessus du bien et du mal! Ayant découvert tout ce complot, il perd le goût de vivre et il se pend. FIN! 

Sans être totalement mauvais, House of God est à mon avis l’album le moins inspiré de King Diamond. L’histoire nous laisse sur notre faim et certaines chansons tombent à plat. King Diamond a toujours su se distinguer des autres bands de même famille heavy avec un certain raffinement au niveau des riffs et des constructions de chansons, mais ici il applique la recette traditionnelle sans trop de convictions. Faut dire qu’on est rendu en l’an 2000 et le style heavy metal en a vu passer du grattage de guit dans les vingt dernières années, c’est dur de faire du neuf! Il aurait pu se rattraper avec des ambiances, claviers et enrobages sonores, mais il y en a peu… bref, pas de touche magique pour rattraper la sauce.

Malgré toutes ces remontrances, y’a quand même du bon métal ici. D’abord, un duo de chansons en trois contre quatre style shuffle (est-ce le bon terme point de vue langage musical? Entéka je veux dire que c’est des pièces ayant pour ancêtre direct Children of the Grave de Black Sabbath):

The Pact, en pensant à tes meilleurs amis pour qui tu donnerais ton sang un rein un poumon et ta collection de vinyles. 

C’est très cool de fredonner The Trees Have Eyes en se promenant dans le bois pas de flashlight.

Et je rajouterais l’avant-dernière pièce, qui conclue l’histoire, qui offre une construction musicale plus intéressante que les autres: This Place is Terrible. Chaque fois que je suis pogné en quelque part où je me sens pas bien, mettons en file pour aller manger chez Régine le dimanche matin, je la chante.

Abigail II: The Revenge -2002

Coup de théâtre! 15 ans plus tard, on a droit à la suite de l’histoire d’Abigail! C’est plutôt fourrant parce qu’on apprend qu’Abigail est en fait la réincarnation de la MATANTE de Jonathan et que son fantôme bébé est toujours en vie. La Abigail née dans l’autre album (en 1845) a maintenant 18 ans et a été élevée dans une chapelle par les fameux chevaliers noirs, au milieu de la forêt, où, comme toujours, la noirceur a l’air d’être vivante. Une tempête halloweenesque 2019 l’emporte jusqu’au manoir où le bébé fantôme damné (qui se trouve à être son âme jumelle, le bébé Abigail originel de 1777) pleure la nuit en cherchant sa mère. Bébé fantôme Abigail prend possession de Abigail 18 ans, qui comprend dès lors qu’elle doit briser le sort pour que le bébé fantôme puisse retrouver le fantôme de sa maman Miriam! Le pauvre vieux Jonathan, quant à lui, est maintenant en chaise roulante après sa chute dans les escaliers et, lorsqu’il voit Abigail, croit à une réincarnation de sa femme Miriam. Il l’amène dans sa chambre pour «produire un héritier», une scène franchement dégueulasse. Elle se venge en lui servant un dîner où les cubes de sucre ont été remplacés par du verre concassé, causant des douleurs stomacal contre lesquels les Rolaids ne peuvent rien, une scène franchement satisfaisante. Abigail lui vole ensuite sa canne, le tabasse et le crisse en feu. «Tripatif», comme aurait dit Jacques Languirand. Le manoir brûle, Abigail brûle aussi, les esprits qui ont vécu dans cette maison sont libérés… sauf la petite jumelle de Abigail, qui a été oubliée par sa grande soeur. En effet, le feu n’atteint pas l’humide et profonde crypte où elle séjourne. Le bébé fantôme cherche sa mère, éternellement, mais on apprend à la toute fin, si j’ai bien compris, que c’est ELLE qui est sa PROPRE MÈRE. Ainsi se clôt l’histoire d’Abigail, jamais vu un tel repliage d’espace-temps pour créer pareil casse-tête incestueux. 

Les fans s’entendent généralement pour dire qu’à l’instar de plusieurs films, cette suite est moins réussie que le premier chapitre. La comparaison est inévitable: la chanson Mansion in Sorrow est bonne mais n’arrive pas à charmer autant que Mansion in Darkness. On n’a pas droit non plus à une fermeture en grandes pompes comme Black Horseman, on doit plutôt se taper la lancinante Mommy (une des moins bonnes du catalogue de KD selon l’avis de votre humble scripteur) et l’ambiance magique qui nous accompagnait dans Abigail 1 est moins convaincante. En contrepartie, on a davantage de muscle et de vitesse sur Abigail II: les guitares grattent des bons riffs heavy, y’a de la pédale de bass drum double et le King débite rapidement l’histoire avec son large éventail de voix. L’ensemble est chaotique, ça laisse peu de répit aux oreilles et c’est même étouffant par boute! J’ai comparé et calculé: c’est cet album qui présente la plus grosse moyenne de mots par minute. Ce n’est pas rien, comme dirait le chroniqueur de hockey François Gagnon. King Diamond et son équipe semblent revigorés et Abigail II: The Revenge est une oeuvre nettement supérieure à House of God 

Le trio du chef:

La très bonne The Storm donne le ton à cet album.

La première chanson que j’ai entendue de King Diamond est Little One, qui apparaissait en premier sur Lime Wire en 2003 quand on cherchait King Diamond, je l’ai toujours trouvée accrocheuse. 

J’aimerais tellement entendre en show l’effrénée et essoufflante The Wheelchair, clairement dans mon top 10 de mes meilleures de King Diamond, mais ils ne l’ont jamais performée. 

Pupper Master -2003

Une des histoires les plus terrifiantes de King Diamond: celle d’un marionnettiste budapestois qui présente des spectacles avec des marionnettes envoûtées créées à partir d’organes de vraies personnes, comme dans l’émission à Plein Temps

Lazslo le marionnettiste donne un show le soir de Noël. King y assiste et trouve ses marionnettes étranges. Après la représentation, il fait la rencontre de Victoria, avec qui il discute de l’étrange magie qu’ils ont vue sur scène. La flamme pogne et ils s’embrassent. Un an plus tard, toujours en couple avec King, Victoria se rend au théâtre mais ne revient pas à la maison. King part à sa recherche et croise Emerencia, la femme du Lazslo, qui arpente les rues avec un panier d’épicerie. Elle tue un sans-abri avec un couteau, en prenant bien soin de ne pas laisser écouler son sang. Elle rebrousse chemin et poursuit son itinéraire (hihi) jusqu’au théâtre. King la traque mais se fait faire prisonnier. En se réveillant, il se retrouve parmi les marionnettes humaines et reconnaît dans l’une d’entre elles le regard de Victoria. Suite à un rituel magique, il se fait capturer son esprit et est transformé en marionnette à son tour, suite à une chirurgie sanglante. L’esprit de King, sa peau, son sang et ses yeux sont greffés dans une catin, et il peut donc voir Emerencia domper sa propre carcasse aux vidanges. On est loin des plot twist de Bobino et Bobinette. Transformé en marionette, il ne peut parler ni bouger, lui et Victoria communiquent avec leurs yeux, assis face à face sur des étagères. Contre sa volonté, sans cachet UDA, il se voit forcer de se pratiquer dans son nouveau rôle de marionnette chaque fois que le Puppet Master lui injecte du sang pour lui donner momentanément la possibilité de bouger. Un évènement tragique surgit: pendant une pratique, Victoria brise des pot massons remplis de sang et est shipée à Berlin en guise de punition. Il jure de la retrouver…  mais… le temps passe… il est toujours sans nouvelle de Victoria et c’est Noël à nouveau… un Noël triste, comme celui de René Simard. Tel la Famille Dion à On a Pas Toute la Soirée, Diamond rate sa performance au show de Noël. On le renweille dans un magasin où il est cloué au mur, personne ne veut l’acheter, et en plus il effraie les clients en les suivant des yeux. Lui et Victoria sont séparés à jamais. Fin.

Oui, fin.

ÇA FINIT MAL. 

Aussi heavy mais plus sobre et contrôlé qu’Abigail 2, qui ruait dans toutes les directions, Puppet Master est un excellent album de King Diamond, assez solide musicalement. L’histoire est amusante, bien qu’elle s’étire vers la fin.

Un gros gros hit: la chanson thème Puppet Master: du King Diamond comme je l’aime, savamment construit, des couplets et des bridges aussi accrocheurs que les refrains, s’éloignant des traditionnels couplet-refrain-couplet-refrain-solo-refrain-finale qu’on entend souvent dans le rock. 

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai mes tounes de Noël que je me repasse à chaque année. Quand j’étais jeune c’était le disque de Passe-Partout et Noël YÉYÉ de Michelle Richard. Maintenant c’est rendu Die in Winter de Wumpscut, Noel est un jour comme les autres de Mononc Serge et… Christmas de King Diamond!

Assez difficile d’en choisir une autre, outre les deux ballades, No More Me et So Sad, qui m’accrochent moins, toutes les tounes se valent, mais je sélectionnerais Blue Eyes... parce qu’elle est touchante. KIN!

Give Me Your Soul… Please – 2007

Hey! Enfin arrivé au bout du pèlerinage! Vous êtes maintenant de fins connaisseurs du Roi Diamant.

Give Me Your Soul… Please date déjà d’une douzaine d’années, on a hâte au prochain! On peut déjà se délecter du nouvel extrait Masquerade of Madness et moi je me peux pu d’attendre la suite!

Dans leur dernière production, le groupe concocte une histoire avec les mêmes ingrédients qui ont fait leur succès. King habite à Devil Lake… est-ce ce même coin de pays où le pauvre Harry a perdu la vie dans Spider’s Lullabye? Soudainement, la noirceur, qui a l’air de respirer -on connaît ça aussi- prend possession de la place et la maison de King vire hantée. Il fait tellement noir qu’il doit littéralement chasser la noirceur avec une chandelle dans les mains comme s’il s’agissait d’un Swiffer. Il fait la rencontre d’une petite fille en train de squatter sa propre maison et portant une robe pleine de sang. Elle l’entraîne dans la noirceur de la cave et lui exige de lui donner son âme. Il fait aussi noir que la face à Trudeau pendant un party d’Halloween et la noirceur reprend le dessus sur la chandelle. Il tente de la chasser de plus belle, mais ça marche pas, la noirceur est réélue majoritaire et King est épuisé, il tombe endormi. Il voit en rêve une scène sanglante: un papa qui tue son fils à coups de hache, étrangle sa fille et se suicide. Il se réveille, se débarbouille dans l’évier et croise une tête flottante et des bras invisibles qui tentent de le noyer. Tout mouillé tout glacé, il se réfugie dans une chambre, et le combat entre la lumière de sa chandelle et les ombres noires reprennent de plus belle. Il règne une noirceur plus noire que le noir. Si le Vantablack avait été inventé dans le temps, l’album se serait peut-être appelé comme ça, bref, King se trouve graine d’avoir été si curieux de suivre cette fillette pleine de sang, mais il souhaite aller au bout de l’histoire. Elle souhaitait finalement attirer à elle une âme pure pour la donner à son frère, afin qu’il puisse se rendre avec elle au paradis, ayant été injustement envoyé en enfer parce que les juges des morts ont cru qu’il s’était suicidé. Mais Diamond est un rocker, son âme est aussi impure que l’eau de la Yamaska, alors elle décide d’aller en trouver une autre… LA VÔTRE PEUT-ÊTRE??? La dernière chanson s’appelle Moving On. DÉMÉNAGE ESTI! Et une autre victoire d’agent immobilier derrière la cravate, Diamond va bientôt pouvoir rattraper le haut gradé en la matière Guy Spears

FIN! 

Give Me Your Soul… Please reprend là où Puppet Master nous avait laissé, guitares lourdes et compositions efficaces, mais y’a peu d’innovation et le résultat est moins convaincant. On ressent une certaine lassitude par moments, peut-être que c’est parce que l’histoire se passe en plein été et que la canicule tape même en pleine nuit à travers les chansons? L’album m’a apparu un peu fade par rapport au reste de la discographie de King Diamond aux premières écoutes, mais j’ai fini par l’apprécier. Un peu comme pour House of God, il lui manque une couleur propre, un assaisonnement spécial pour le rendre plus charmant.  

Malgré ces critiques, comme dans chaque album de KD, on peut se trouver un trio potable à envoyer sur la glace.

Never Ending Hill est jouissivement destructive quand il la joue en show (mieux que la plutôt drabe Shapes of Black , qui fait aussi partie de son répertoire live). Mirror Mirror et la chanson titre, Give me your soul….please. sont également très bonnes.

Merci de m’avoir accompagné pour cette grande épopée
Il est temps pour moi de continuer à écrire
Une autre histoire d’horreur
Celle de ma propre vie
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À la prochaine


Mat St-Onge