Entrevue avec KORPIUS

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J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec le groupe sherbrookois KORPIUS. Leur premier album, Shades of Black, est sorti le 4 avril dernier et ils viennent tout juste de sortir un premier clip pour la pièce Awaking Terror. Nous avons jasé du groupe, de la politique, de la scène locale et d’une certaine anecdote avec le chanteur de Belphegor.

La première question qui me vient en tête : Au tout début, comment s’est passée la recherche du chanteur et à quel moment avez-vous décidé de faire la job à deux chanteurs? Avec le résultat hyper brutal que vous obtenez toi et Maxime, j’imagine que ce n’est même plus une option de trouver un chanteur?

Phil : Au tout début du groupe, en 2003 on a eu un chanteur pendant quelques mois. Pour notre premier spectacle en tant que Korpius on jouait deux covers et deux compositions originales au talent show de notre école secondaire. La journée du show, le chanteur nous a lâchés. Un de nos amis l’a remplacé pour le show mais on a finalement décidé de ne pas prendre un cinquième membre dans le groupe. À ce moment on s’est dit qu’on pourrait très bien se pratiquer et chanter nous-mêmes. Max et moi on a des voix tellement différentes que ça prit un certain moment s’adapter pour que le mélange passe bien. Pourtant dès nos premiers shows un des commentaires qui ressortait le plus était la différence étonnante entre les deux voix (très high pitch et très low).

Max : Maintenant ce n’est effectivement plus une option pour nous de chercher un chanteur. Au fil du temps on a essayé quelques personnes, mais on n’était jamais satisfait par leur voix. On cherchait un bon frontman avec une bonne voix et on n’a jamais trouvé quelque chose qui n’aurait pas été un compromis. En plus, le fait de jouer la guitare et de chanter en même temps nous permet de développer des lignes vocales qui se marient bien à la musique et ça, c’est très important pour nous.

Votre album Shades of Black est produit par le groupe. Il sonne très bien! Je crois que Philippe a eu un gros rôle à jouer dans l’enregistrement. Phil, peux-tu nous parler un peu de ton background musical? Travailles-tu dans le domaine de la sonorisation?

Phil : J’ai toujours aimé l’enregistrement et j’en fais depuis des années, mais seulement comme passe-temps. J’ai suivi des cours de sonorisation au CÉGEP et à l’Université, mais ce n’est pas le genre de chose qui s’apprend sur les bancs d’école. Depuis les débuts du band j’enregistre les pré-prod en améliorant ma technique de travail un petit peu à chaque fois. Pour Shades of Black toutes les pièces avaient été préproduites et je me sentais à l’aise de les enregistrer pour l’album. Les gars m’ont fait confiance et je pense qu’on a trouvé notre méthode de travail. Ça nous a permis de couper dans les coûts de production et donc de se payer un meilleur mixage!

J’ai vraiment l’impression que les grosses structures d’enregistrement seront de moins en moins requises. De plus en plus de groupes assurent la production et il y a toujours un « geek » quelque part qui peut opérer la console en plus de mixer. Qu’est-ce que vous pensez de l’industrie musicale, des labels et des nouveaux modèles de promotion?

Max : C’est vrai que les bands peuvent de plus en plus s’occuper d’eux-mêmes. Pour la promotion, il y a une montée fulgurante d’outils disponibles sur internet avec Facebook, MySpace, Reverbnation, YouTube, les blogues, etc. Il suffit de savoir comment bien faire sa publicité et de tirer le meilleur de ses outils. Pour ce qui est de l’industrie de la musique, on ne peut pas se cacher qu’à la base les grands joueurs sont là pour l’argent. Ils visent les groupes qui se démarquent le plus ou qui ont le plus de chance de connaître un succès commercial. C’est sur qu’un groupe qui vit de sa musique doit s’adapter et s’assurer que leur produit va générer assez d’argent pour vivre. Dans notre cas, faire de la musique c’est avant tout une passion et on peut donc se concentrer à faire ce qu’on aime, sans se plier aux exigences d’une industrie qui carbure souvent à la « sauce du jour ».

Phil : Par contre, on a toujours cherché à avoir un label indie pour sortir nos albums. Plusieurs groupes décident de s’en passer parce qu’on peut justement promouvoir un album soi-même de nos jours. Pour nous, avoir l’appui d’un label c’est avoir un partenaire qui investit temps et argent dans notre projet. C’est évident qu’une compagnie qui décide de mettre de l’argent dans un groupe va tout faire en son pouvoir pour rentabiliser son investissement et donc promouvoir l’album et le groupe au meilleur de ses compétences. Dans notre cas, on n’a jamais eu besoin de faire de concessions pour un label. Le groupe reste géré à l’interne par ses membres, mais on a l’appui de notre compagnie de disque dans nos projets.

Parlant de succès commercial, que pensez-vous des groupes du Heavy MTL? Pensez-vous qu’il faudrait faire une meilleure place aux groupes d’ici question de les faire rayonner au milieu des groupes majeurs?

Phil : C’est sur que le festival pourrait miser davantage sur quelques bands québécois pour que le festival porte vraiment son nom de Heavy MTL. Par contre, c’est pas toujours facile de faire concorder l’horaire des bands et ça doit rapidement devenir un casse-tête. L’an passé je trouve que les groupes d’ici étaient bien représentés. Ça reste quand même un festival à saveur international donc c’est sur que les gros groupes viennent en majorité de l’extérieur.

Je peux donc comprendre que Korpius n’a pas reçu d’invitation pour ce festival?

Max : Non, on n’a pas été contacté pour jouer au festival.

Vous avez eu la chance de partager la scène avec des groupes bien établis sur la scène métal. Parmi ceux-ci, il y a le groupe autrichien Belphegor. Un peu à l’image de Watain ou Deicide, ils trainent une réputation de gars pas très commodes. Avez-vous eu une bonne expérience?

Phil : C’était sur la tournée Krisiun/Belphegor en 2007. Personnellement, j’avais aimé leur album Pestapokalypse donc j’étais content de les voir jouer et de partager la scène avec eux. Ce n’est pas un band avec qui on a eu beaucoup de contact, mais il n’est rien arrivé de très grave au show (aucun sacrifice humain, pas d’offrande à Satan). Fait cocasse : je leur ai laissé un message sur MySpace quelque temps après le show concernant la nouvelle d’un nouveau batteur et il doit avoir mal été interprété parce que j’ai reçu un message personnel d’insultes de la part de Helmuth. Je me suis senti assez privilégié!

Hahahaha, c’est exactement ce que je disais. Tu es effectivement très chanceux de pouvoir recevoir un courriel haineux de sa part. Parlant de batteur, le vôtre, Paul Bérard, représente la compagnie québécoise Vaudou Drums. J’aimerais qu’il me parle un peu de sa relation avec la compagnie. Comment cette relation professionnelle a-t-elle commencé?

Paul : Il y a près de deux ans, je cherchais à m’acheter un nouveau kit de drum que je pourrais garder toute ma vie, peu importe le prix. Je voulais le meilleur kit possible. J’ai donc essayé les grosses marques (Gretch, DW, Tama, Pearl, Ayotte, etc), mais rien ne faisait totalement mon affaire. Finalement, c’est un ami à moi qui m’a dit de regarder la compagnie québécoise Vaudou Drums. J’ai contacté Éric Gazaille (propriétaire) et j’ai pu essayer un de ses kits. Jamais je n’avais entendu un kit qui sonnait autant. J’ai pu commander un drum custom exactement comme je le voulais. J’ai beaucoup parlé avec lui et il m’a laissé savoir qu’il cherchait un employé à sa shop. J’ai suivi mon cours en body d’auto donc je savais que je pourrais lui être utile. Je suis devenu son premier employé et je suis maintenant commandité par la compagnie. C’est un produit d’ici dont je suis extrêmement fier!

Question de rester dans le produit québécois. Qu’est-ce que vous pensez de la scène locale ces dernières années?

Phil : La scène québécoise est vraiment exceptionnelle, il y a tellement de bons bands. Plusieurs critiques de Shades of Black à l’international font mention de la quantité de bands qui sortent d’ici. Comme tel la seule chose que je déplore c’est qu’on dirait que la nouvelle génération de bands extrêmes ont de la difficulté à s’imposer dans les gros shows… On entend souvent chialer que c’est tout le temps les mêmes gros groupes qui sont dans les Metal Fest un peu partout en province et ça peut devenir tannant. Je pense qu’on est une gang de bands « de la relève » qui méritent qu’on leur prête attention.

J’ai parfois l’impression que les gens portent attention à certains groupes une fois qu’ils ont réussis à l’étranger. On dirait qu’on a de la misère à juger de la qualité avant que le produit soit « exporté ». As-tu cette impression?

Phil : C’est peut-être ça. Un band local qui réussit à l’étranger va aussi faire parler de lui beaucoup ici parce que ça reste quelque chose d’impressionnant! Ça permet à certains de découvrir un band qui vient d’ici.

Avez-vous des plans pour aller jouer à l’extérieur du Québec?

Max : Avec le label (Maple Metal Records) qui est situé à Toronto, on regarde pour quelques dates en Ontario. Rien de confirmé pour le moment, mais c’est dans nos plans. C’était aussi un peu ça le but de signer avec eux, puisque ça nous ouvre des portes pour un coin du pays sur lequel on a pas encore misé.

Phil : Pour ce qui est des É.-U. ou même de l’Europe, ce n’est pas un projet à court terme, mais ça demeure un objectif à plus long terme. Je pense qu’avec le clip qui vient de sortir pour Awaking Terror on pourra avoir une meilleure visibilité à l’extérieure de la province!

Est-ce que le groupe est prêt à tout sacrifier pour partir en tournée et éventuellement vivre de la musique? Je ne sais pas où vous êtes rendu dans vos vies, mais j’vois souvent des membres sauter quand vient le temps de faire un gros move. C’est quoi votre position là-dessus?

Max : Tous les membres du groupe ont bien entendu un travail ou sont encore à l’école. Pour ce qui est de la tournée, si elle est bien organisée et toute planifiée d’avance je crois qu’on n’aurait pas besoin de tout sacrifier par rapport à notre carrière hors band pour pouvoir concorder les deux en même temps. On est tous très flexibles sur ce plan là.

Phil : Pour en avoir déjà parlé tout le monde ensemble, on est tous prêts à partir, mais pas à n’importe quel prix. Embarquer sur un bill avec des bons groupes qui nous offrirait une bonne visibilité on ne refuserait pas, tant que ça sert à l’évolution du groupe. À notre niveau ce qui se fait le plus c’est des petites tournées indie et ça se planifie bien même pour du monde qui a d’autres obligations dans la vie de tous les jours!

Quelle serait la tournée de rêve pour Korpius?

Max : Je crois qu’on aurait une tournée de rêve différente pour chaque membre du groupe. Pour ma part, ma vraie tournée de rêve serait d’aller jouer au Japon et d’ouvrir pour Arch Enemy a Tokyo. Mais de façon réaliste, une tournée de rêve pour Korpius d’après moi c’est une tournée qui nous permettrait de vivre de notre musique pendant la tournée et faire des shows de 250-300 personnes chaque soir.

Paul : Pour moi une tournée de rêve serait avec des bands comme Dimmu Borgir, Opeth ou encore Gojira!

Félix : Pour moi une tournée de rêve serait d’être pris sous l’aile d’un gros band de la région pour aller détruire un peu partout au Québec et en Ontario. Ensuite, pourquoi pas terminer avec un mois de shows intenses en Europe et aux States! C’est toujours permis de rêver.

Question de mettre un peu de piquant à cette entrevue, qu’est-ce que vous pensez des récentes élections? Le métal et la politique ont souvent fait bon ménage, vous vous situez où dans tout ça?

Phil : On n’est pas vraiment un band politisé. C’est bien d’avoir des groupes qui mêlent la politique et les enjeux de notre société au message qu’ils essaient de passer, mais je trouve que certains sujets ne sont pas nécessaires dans le style de musique qu’on fait. Ceci étant dit, ce qui me fait rire le plus avec les élections récentes c’est le mouvement de masse qu’il y a eu avant le vote en faveur du NPD (dans les médias, sur internet, etc.) puis au lendemain des élections, les mêmes qui prônaient le NPD se sont ravisés et on entendait plutôt parler des candidats « poteaux » du parti, de leur manque de « programme », etc. Comme si certains qui y croyaient à priori étaient finalement déçus que cette grosse vague ait passé! Pour ma part je pense qu’un changement s’imposait au Fédéral et le parti de Jack répondait très bien à ce besoin des Canadiens (et surtout des Québécois). Reste à voir comment ils arriveront à faire leurs classes en tant que Parti de l’opposition officielle pendant les quatre prochaines années.

Félix : Au niveau du gouvernement majoritaire élu au Cananda, je dirais qu’on (et j’inclus tout le monde du milieu artistique) s’enligne vers une grande noirceur. Les nouveaux venus auront plus de difficulté à percer vu les coupures en subventions artistiques de tout genre. Nous avons élu un groupe d’individu pour qui l’humain n’est qu’un payeur de taxe. Alors, leur demander d’allonger l’argent, pour subvenir aux besoins d’un artiste qui ne cherche qu’à crée la beauté ou à apporter par l’entremise de son art, de nouvelles idées dans le but de faire changer les choses… on frappe incontestablement un mur! Essayez donc de trouver les mots qu’il faut, pour émouvoir un seul dollar.

De quoi parlent vos chansons au juste?

Max : Sur Shades of Black les paroles sont liées entre elles parce qu’elles explorent toutes un côté sombre de la vie. Disons que le titre reflète bien le fait que, pour nous, rien n’est complètement blanc ou noir, il y a beaucoup de mal qui se fait et cela sous différentes formes.

Phil : On a des pièces avec un sens plus direct, dont une qui prend position sur la religion (Stigmatized), une qui parle de la guerre (The Final Charge), mais je pense qu’en général on laisse assez place à imagination avec nos paroles. Ce qu’on essaie de dire ne sera certainement pas capté de la même façon par tout le monde. Je pense que pour vraiment s’imprégner du message qu’on voulait passer il faut lire les paroles et y trouver son propre sens.

À part le métal, qu’est-ce qu’y vous fait triper musicalement? Réussissez-vous à trouver des sources d’inspiration dans d’autres styles?

Max : À part le métal, Pink Floyd est le groupe qui me fait triper le plus. Pour moi ce groupe est encore bon 40 ans plus tard et sera toujours aussi bon pour les 30 prochaines années et même plus. Je n’écoute pas seulement du métal, j’essaye d’écouter plusieurs styles musicaux, mais à la fin de la ligne le seul groupe qui revient toujours est Pink Floyd.

Paul : Personnellement, j’écoute du métal à 85 %. J’ai fait beaucoup de drumcorps depuis que je suis jeune et mon drumming en est donc beaucoup influencé. J’aime beaucoup la musique classique.

Phil : De mon côté, je découvre depuis quelques années des styles de rock instrumental avec des bands comme Red Sparowes, Russian Circles ou Pelican. Ce n’est pas une expression que j’aime beaucoup utiliser, mais les styles « post » (post-rock, post-harcore, etc.) me plaisent beaucoup ces temps-ci. Des groupes comme Cult of Luna, Isis ou Mastodon sont en rotation constante chez moi!

Est-ce que ces inspirations risquent d’influencer votre musique? Un album concept peut-être?

Phil : Je pense que nos sources d’inspirations transparaissent un peu sur Shades of Black bien que certaines pièces soient aussi vieilles que 5 ans! Le prochain album sera le premier à être composé avec le lineup actuel puisque Paul et Félix sont arrivés après que la majorité de l’album ait été composé. Un album « concept » peut être risqué, mais une chose est sûre, tous les membres du groupe auront quelque chose à apporter dans la création du prochain album et la maturité que nous avons prise avec Shades of Black nous permettra sans doute de repousser nos propres limites.

Max : Nous avons toujours eu en tête de créer un album concept, mais je pense qu’il faut que tous les éléments soient en place et ce n’est pas toujours possible. Il ne faut pas nécessairement forcer les choses pour que les pièces d’un album deviennent concept. C’est quelque chose sur lequel nous travaillerons peut-être pour le prochain opus.

On a déjà hâte d’entendre ça! Quoi qu’il faille encore prendre le temps d’apprécier Shades of Black! Je vous laisse la parole pour finir cette entrevue. Un coup de coeur, un coup de gueule, une primeur ou simplement pour saluer vos fans.

Phil : Un gros merci à Boulevard Brutal pour l’entrevue, c’est vraiment cool de voir qu’il y a un webzine francophone au Québec qui s’intéresse aux bands d’ici et qui leur laisse une place pour s’exprimer. Sans trop dévoiler de primeur, il y aura peut-être quelque chose en lien avec le re-issue d’un certain EP de Korpius maintenant sold out, mais rien d’officiel encore pour l’instant. Faudra rester à l’affût pour plus de détails prochainement!

Max : Merci aussi à nos fans qui ont fait du nouveau vidéoclip un succès; continuez à en parler et allez le voir sur YouTube si vous ne l’avez pas encore fait! Pour toutes les nouvelles sur le bands vous pouvez nous suivre sur Facebook ou visiter notre site korpius.com; toutes les nouvelles concernant le band y seront mises à jour.

Site officiel du groupe
Site du label

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